Abrahma A l'heure d'Alcohsonic, patronyme sous lequel le quartet francilien a sorti deux albums il y a quelques années, l'"époque" musicale du groupe était à la déconne, son rock branché stoner burné appuyé par une certaine légèreté de ton (de graphisme aussi) lui conférait une couleur 90's et l''inscrivait alors dans la mouvance revival des Black Stone Cherry et autres The Answer. Cette époque-là est terminée. Quasiment auto-sabordé (le terme est un peu fort...) puis relancé quelques temps plus tard pour faire le deuil d'un passé révolu, absolument pas renié mais désormais de plus en plus éloigné de ses aspirations actuelles, la quartet a joué les phoenix renaissant de ses centres pour briller de mille feux au coeur de la scène Rock avec un grand R. Place donc à une nouvelle "entité", avec le même casting mais un nouveau scénario, celui d'Abrahma et d'un Through the dusty paths of our lives inaugural... déjà incandescent.

Pas le temps de se poser de question que déjà l'évidence se fait jour d'elle-même en l'espace de quelques riffs. Le groupe a eu raison de changer de nom. Non pas qu'il ait radicalement modifié son approche stylistique, mais parce que sa nature l'a amené à profondément évoluer pour proposer quelque chose de vraiment différent. Car "Alpha", "Neptune of sorrow" ou "Tears of the sun" mettent en quelques instants cet album sur une orbite heavy psychédélique vs stoner-rock "organique" de premier choix, le dernier-cité inaugurant par ailleurs la valse des guests de luxe (Pascal Mascheroni des Rescue Rangers, Ed Mundell de Monster Magnet et un Thomas Bellier échappé un temps de Blaak Heat Shujaa étant venus apporter à un ensemble qui ne manque certainement pas de corps) et Abrahma pose ses ambiances. Des atmosphères particulièrement ciselées, homogènes, parfois marécageuses, d'autres fois plus spatiales, rendant hommage à l'esprit rock des 70's sans oublier de sonner bien grunge, avec une légère couche de blues en nappage et un riffing stoner aussi ardent que rocailleux ("Honkin' water roof"), qui n'oublie pas les mélodies vénéneuses au fin fond du canyon ("Dandelion dust").

L'album sort chez Small Stone Records et autant dire que vu le pedigree du label américain (Dixie Witch, Dozer, Greenleaf, Hackman, Lo-Pan, Sasquatch, The Glasspack...), les petits frenchies n'ont pas fait semblant. S'offrant un élégant prélude ("Loa's awakening") pour inaugurer la première partie de son triptyque "Vodun" avec un "Samedi's awakening" aux lignes de guitare de cramées et gimmick rock'n'roll de piliers de bar US, ils vont vraiment au charbon. "Big glass cloud" déballe son riffing de patron et le groupe déverse sa complainte stoner sur des litres de bourbon pour adhérer à un feeling d'une efficacité diabolique. Un space-rock lourd, psyché et magnétique sur "Headless horse", un "Vodun pt.II : Zombie" furibard et déjanté avant de se frotter au blues habité d'"Oceans on sand", Through the dusty paths of our lives n'est clairement pas un album de plus à ranger dans la galaxie stoner. Il est au contraire un disque de Rock majuscule en explorant toutes ses facettes, les plus puissamment évocatrices comme les non-moins minimalistes et feutrées, tout cela pour donner naissance à un "tout" qui respire l'air des immensités désertiques nord-américaines, l'esprit des dieux de la musique amplifiée tout en développant une identité propre et polymorphe ("... here sleep ghosts", "Vodun pt.III : Final asagwe", "The maze") pour un album aussi âpre que lumineux, prégnant que ténébreux. La grande classe.