37500yens_astero.jpg Ereintant mais bluffant, tels sont les deux mots qui nous viennent à la bouche, au terme de la l'écoute d'Astero, premier album studio de 37500 Yens qui vient faire suite à une démo 4 titres parue en 2004. Car, aussi brillant soit-il, cet album produit dans une logique de DIY absolu n'est pas de ceux que l'on écoutera le matin au réveil. Un premier titre math-noise expérimental, répétitif, quasiment psychotique et la machine 37500 Yens est lancée... à vive allure. La tension dramatique est palpable, les lignes de guitares tendues et mises sur orbite par une batterie qui joue avec les ruptures de rythmes comme d'autres enfileraient les perles. Le résultat est détonnant, passée une première partie déballée sur un rythme permettant au groupe de préparer le terrain, les choses s'emballent et les instrumentations se font de plus en plus épileptiques et tortueuses. Etonnant. Fort d'une maîtrise technique qui devrait donner des idées à pas mal de groupes, le duo 37500 fait parler les décibels dans un tourbillon sonique aux mille nuances et surprises rythmiques (l'éponyme "Astero"). Saccadée, tantôt lente, tantôt branchée sur 100 000 volts, la musique du duo reimois joue avec les structures et les "codes" du genre qu'ils s'appliquent à déconstruire pour mieux affirmer leur personnalité musicale ("Microphonie", "Chapitres"). Astero est un album étonnant, unique et techniquement hallucinant, mais pas que...
Dans leur désir de liberté artistique, les deux de 37500 Yens la jouent en roue libre et livrent par là-même occasion un "Canard boiteux" complètement free-jazz et furieusement "borderline". Etourdissant. Enchaînant avec la paire "Intérieur 1" / "Intérieur 2", le groupe affirme cette fois des mélodies math-rock sans renier pour autant ses vélléités expérimentales. En résulte des morceaux moins complexes, plus faciles d'accès (toutes proportions gardées) et toujours aussi inventifs. Preuve qu'il n'est pas forcément nécessaire de dérouter l'auditeur pour affirmer son originalité. 37500 Yens l'a parfaitement compris et varie donc encore une fois les genres en refermant son album avec un titre ("The Sullivan's quartet") aux tendances drones et aux instrumentations improbables qui se termine sur un final hardcore et apocalyptique. On se rend alors compte qu'après l'excellent et malheureusement unique album de Looking for John G et la révélation Swims, les gens de chez Distile Records ont encore affiné leur exigeance en sortant le split Nepture / One Second Riot puis cet Astero radical et innovant, ce au mépris de toutes logiques mercantiles et en prenant tous les risques. Mais avec une intégrité artistique intacte et la satisfaction d'avoir créé quelque chose d'unique dont on ressort épuisé mais le sourire aux lèvres.