Year of No Light - Nord [Deluxe Edition] Il y a maintenant six années (ou quasiment) sortait Nord via Radar Swarm, réédité un peu plus tard pour le marché nord-américain par Crucial Blast et agrémenté d'éditions LP luxueuses pour un résultat qui aura permis aux bordelais d'exploser sur la scène post-hardcore (au sens très large) et de s'affranchir de leurs frontières natales pour s'imposer comme les nouveaux patrons de leur catégorie. Le seul inconvénient d'un tel succès pour YONL étant de voir tout ce qu'il sort rapidement épuisé. Et comme en plus, le groupe est du genre productif, difficile de s'y retrouver sans passer à côté de la moitié de ses enregistrements. Jusqu'aujourd'hui et cette réédition Deluxe 2xCD parue chez Music Fear Satan (Aussitôt Mort, HKY, Revok...), l'un des spécialistes sinon LE spécialiste hexagonal en hard expérimental de très haute qualité.

L'intérêt de cette réédition était donc double : rendre de nouveau disponible partout un album qui allait finir par être compliqué à trouver dans sa version originelle (on ne va pas en reparler ici, on l'avait déjà fait il y a quelques années) ; et dans le même temps compiler sur un deuxième disque la quasi intégralité des enregistrements produits par le groupe sur support vinyle. Le programme est de fait alléchant entre un "Cimmeria" et un "Metanoia", parus tous deux sur un 3-Way split partagé avec East of the Wall et Rosetta, massivement écorché vif pour le premier, cataleptique et abrasif pour le monumental second. Entre-temps, Year of No Light livre des interludes aérés avec "Le rire mauvais des enfants sages", "Ils te feront payer tes crimes en monnaie de cauchemar" avant de basculer de nouveau dans la démence sur un "Adoration" (qui figurait sur un 7'' avec Karysun paru chez Denovali Records) aussi fascinant qu'aliénant de par ses textures rock'n'roll/sludge/black metal féroces et d'une densité palpable.

YONL exploré sous toutes les coutures au fil de ses différentes collaborations, d'un "Ils te feront payer tes crimes en monnaie de cauchemar" à l'ambient désenchanté poussant l'auditeur au bord de son précipice émotionnel, à une reprise très lourde et oppressive, façon Justin Broadrick (Godflesh, Jesu...), de Joy Division ("Disorder"), en passant par l'énigmatique et hypnotique "Les mains de Nadja", qui comme son nom l'indique est le fruit d'un travail avec le duo ambient/drone/doom/sudge canadien Nadja, tout ce qui fait la qualité supérieure du groupe est dans ce deuxième disque. Même avec un petit flashback vers les débuts le temps d'un "Ils avaient des visages d'anges et des fusils automatiques" exhumé des tiroirs à vieilleries puisque datant de 2004, à l'époque donc de la toute première démo du groupe (et d'une intensité screamo/post-hardcore déjà foudroyante) ou l'imposante création, très expérimentale au demeurant, qui a lié les bordelais et le belge Dirk Serries aka Fear Falls Burning pour "The golden horn of the moon". Onze minutes quatorze secondes de tourments drone/ambient baignant dans les ténèbres avant qu'une reprise littéralement habitée du "The figurehead" des Cure ne viennent sonner le glas de cette réédition au contenu décidément digne de son appellation Deluxe. Classe.

PS : les Year of No Light vivent avec leur temps, donc cette réédition Deluxe est en écoute intégrale en source. On dit merci quand on est poli.