YONL : clair/obscur YONL : clair/obscur Bon, je vous préviens de suite, je suis nul en interview, mais votre attachée de presse est dure en affaires donc me voici. Alors ce Roadburn, c'était grandiose, mortel, bref j'ai encore raté un truc scandaleusement bien foutu blablabla... ?
Jé : Le Roadburn s'est vraiment bien passé, on a ouvert le festival dans la green room et joué le ciné-concert pour le Vampyr de Carl Teodor Dreyer au midi theatre avec d'excellents retours pour ces deux performances. Le concert des Swans était incroyable, du kraut-no-wave-terroriste avec le plus grand trou du cul charismatique de l'histoire de la musique populaire moderne... Sunn O))) ont fait un concert super fukushima avec Keiji Haino au chant une bonne partie du concert, gros terrorisme là aussi.
Pierre : 3 jours hallucinants, cosmiques, soniques, psychotropes et divins. Etats seconds et extases amplifiées. Une organisation parfaite, des groupes légendaires et pleins de poils. Encore merci à Walter de nous avoir fait confiance pour ces deux shows. Donc oui, tu as raté un truc sur le coup. Et puis les Swans, Godflesh, Candlemass et Winter (entre autres) !!!!
Mathieu : C'était génial. L'accueil pour nos deux concerts était tout simplement merveilleux, surtout pour notre bande-son de Vampyr. Personnellement, j'appréhendais un peu, le score étant beaucoup moins "Metal" que ce que nous jouons d'habitude : beaucoup de synthés, de phases minimales, de silences aussi. Une salle de 600 personnes qui retient son souffle pendant de longues secondes de silence, c'est une expérience incroyable. Et les gens ont vraiment prêté attention au film, ce qui pour nous était le plus important. On espère être parvenu à leur avoir fait découvrir et apprécier ce chef d'œuvre. Après, pour le festival, t'as quand même là la chance de voir et d'entendre ce qui se fait de mieux en matière de psychédélisme moderne. Perso, j'ai adoré voir Voivod reprendre le meilleur de leur répertoire d'origine, sentir tous les os de mon corps trembler devant Sunn O))) qui trippaient à la limite de l'électro abstract, et puis les Swans bien sûr, qui rappellent encore utilement que la No-Wave est une des choses les plus bénéfiques qui soit arrivé à la musique pop.
Johan : Pas grand-chose à rajouter, le Roadburn est vraiment devenu un pèlerinage annuel obligatoire pour moi et revenir pour jouer 2 concerts cette année a vraiment été fantastique. Voir la Green Room blindée et des gens en train de suivre le concert du couloir était assez amusant. Et les retours ultra positifs que l'on a eu sur Vampyr m'ont vraiment surpris. Comme Mathieu je ne m'attendais pas trop à cela vu le festival mais le public a été génial ! Merci à tous et vraiment désolé à la centaine de personne qui faisait la queue en espérant pouvoir rentrer dans le théâtre. Et niveau concert, les Swans ont vraiment fait un concert dément, comme les Master Musicians of Bukkake, Void ov Voices, Cough ou Godflesh.

Parlons du dernier album un peu... Ausserwelt est donc sorti il y a à peu près un an maintenant. Avec le recul, comment appréciez-vous les retours sur l'album par rapport à ce que vous en attendiez ? D'ailleurs, qu'attendiez-vous, quel était l'objectif à atteindre pour vous avec ce nouvel opus ? Et tiens, question bête, ça signifie quoi au juste "ausserwelt" ?
Jé : Les retours ont été très bons, c'était un album pas évident à défendre, très introspectif et vraiment différent de Nord, mais c'est simplement l'album que nous avions envie de faire à ce moment là.
S'il y avait un objectif même si il n'était pas vraiment conscient c'était quand même d'affirmer le groupe dans sa nouvelle configuration, ses nouvelles positions esthétiques, de ce point de vue l'objectif est atteint.
Et pour te répondre, Ausserwelt pourrait signifier "outre-monde".
Pierre : Les retours sont globalement très satisfaisants. Bien sûr, on a "perdu" une partie des gens qui s'étaient emballés sur Nord. Prévisible et attendu. Dans le même temps YONL a reçu un support inattendu d'une partie de la scène/presse metal extrême et psyche/avant-garde. Je trouve ça très sain. Et puis c'est toujours plus drôle de jouer avec Gorgoroth ou Master Musicians of Bukkake qu'avec un groupe de noise à la con avec des riffs en tongues. Après, on n'avait aucune attente spécifique avec Ausserwelt. C'est un disque qu'il fallait que l'on fasse, une expérience à la fois ordalique et baptismale du nouveau line-up. Il s'agissait avant tout de se livrer à une psychanalyse militaro-contemplative avec plein d'amplis, de névroses et de drogues. Une exploration à la fois sonique et interlope du sensible. Une sublimation cathartique en somme.
Mathieu : Oui, très content de l'accueil reçu. Maintenant, j'attends de voir ce qu'il en sera avec le prochain, est-ce que la scène Metal continuera de nous supporter si notre approche bifurque vers des choses moins uniformément violentes ? Dans l'idéal, je vois le groupe comme une entité capable de parler au plus de monde possible, et dans notre système ultra-segmentaire c'est un bon challenge à tenter. En même temps, je dis ça mais un de nos nouveaux morceaux est une sorte d'hommage à Bolt Thrower, donc bon.

YONL Pourquoi ne pas avoir enregistré cet album avec Serge Morattel, comme le précédent ? C'était trop évident, vous vouliez déjà casser une routine ? Ne pas céder à une forme de facilité ? Je pose des questions cons et ça ne me regarde pas ?
Jé : On avait besoin de beaucoup de temps pour produire cet album, ça a duré deux mois et on ne pouvait pas payer un studio classique sur autant de temps, retravailler avec Serge aurait été génial mais je crois qu' il était aussi temps de bosser avec Cyrille Gachet qui est notre ingénieur du son depuis longtemps, qui est quelqu'un de très talentueux et qui a vraiment une "vision" de la production musicale, le groupe n'est vraiment complet que quand Cyrille, Manu Romani qui s' occupe des light et Florian Felix qui s' occupe de nous ramasser quand on est perdus sont dans le camion avec les six autres.
Pierre : Travailler avec Serge à Genève pour Nord a été une superbe expérience. Mais comme te l'as dit Jé, la nouvelle architecture du groupe a nécessité la mise en place d'une certaine autonomie étalée dans le temps. Enregistrer avec Cyrille et ses transformateurs soviétiques est apparu comme une évidence. Ce fut une véritable épiphanie électrique.
Johan : Et même la question de Serge ne s'est tout simplement pas posée. On a adoré travailler avec lui sur Nord, il nous a appris énormément mais depuis le début un de nos objectifs était de pouvoir enregistrer à la maison. Et quand Cyrille nous a rejoints il y a 4 ans comme Ingénieur du son, c'était aussi dans cette optique. Maintenant c'est un membre à part entière. Et au lieu de payer un studio, on a préféré payer Cyrille pour qu'il puisse acheter du matériel analogique ou construire ses périphériques.

Bon, je la fais maintenant parce que tout le monde me tanne souvent avec ça, mais je suis un fétichiste des artworks. Et très honnêtement, j'ai tendance à préférer de très loin celui d'Ausserwelt à celui de Nord. Quelle est son origine ? Ce que vous vouliez faire passer à travers par rapport au contenu du disque ?
Jé : Greg Vezon a fait l'artwork, on s'est inspiré de l'ile des morts de Arnold Böcklin, de l'ile d' Hashima au Japon, une sorte de cité fantôme rendue invivable par une sorte de saturation urbaine en phase d'effondrement. Cette île est une aberation fascinante et une sorte de fenêtre sur l'avenir.
L'ile de la pochette est en quelque sorte la porte vers "l'Ausserwelt".

L'une des grosses nouveautés sur Ausserwelt, c'est qu'il y a deux batteries. Juste parce que vous cherchiez à ce que ce soit un plus gros bordel logistique encore ? C'est le moment de passer aux aveux.
Jé : Tu as raison pour le bordel logistique, de toute façon YONL se nourri du bordel qu'il génère...
Pierre : Y'a aussi trois guitares. Ce groupe est devenu une fanfare entropique à tendances psychotiques. Pas la peine de mentionner que notre santé mentale en a aussi pris un coup.
Mathieu : Il y a un peu de ça, ouais, une sorte de folie des grandeurs. Sinon, les gens sont tellement habitués aux standards de la pop musique, guitare-basse-batterie, que dès que tu te pointes avec une formation autre, tu détonnes. Nous, ça nous semblait naturel, on avait la volonté d'une approche orchestrale de notre musique. et ça continue d'ailleurs, les kits de batterie ayant tendance à muter avec le temps et les projets. Le risque, c'est de tomber dans les travers de la musique progressive chiante. C'est assez marrant d'ailleurs de voir qu'en tant qu'enfants du punk en un sens, on a construit notre identité musicale sur le rejet de cette forme. pour y revenir, mais en essayant de garder en mémoire les erreurs du passé.
Johan : Comme le dit Mathieu, en ce moment la formation a un peu évolué vers un kit batterie standard, un kit orchestral avec grosse caisse suspendue et surtout encore plus de synthés (Moog, Korg, Yamaha, Crumar & Roland !)

YONL : dans la brume électrique YONL : dans la brume électrique J'ai trouvé l'album plus. psyché, brumeux, enfumé que le précédent. C'est quoi le truc actuel avec le revival psychédélique depuis 2/3 ans ? Bon c'est peut-être qu'une vague impression.
Jé : Les éléments psychés, brumeux et enfumés étaient déjà là sur l' album précèdent mais les morceaux plus longs d'Ausserwelt permettent à ces éléments de vraiment "accoucher". Le revival psyché a été un vrai accélérateur pour une grosse partie de la scène musicale actuelle et sûrement pour nous aussi, on échappe difficilement à son temps.
Mathieu : Bah, les cycles sont assez évidents à cerner depuis les années 90. Là, alors qu'il y a vingt ans, les emprunts allaient plus vers la forme du hard-rock primal (le grunge), aujourd'hui, on repart sur la même décennie mais en creusant un peu : d'où le kraut et le psychédélisme. Ce se fait d'ailleurs après être passé par la redécouverte du robotisme des années 80, avec l'électroclash etc... Assez logiquement donc, on se retrouve avec cette nouvelle appropriation du rock progressif, inspiré par la musique classique, mais peut-être plus contemporaine (d'où le drone, qui découle pas mal du minimalisme).

Bosser avec Conspiracy Records, j'imagine que c'était un peu l'idéal en Europe pour un groupe comme YONL, en gros c'était ça ou Hydrahead non (rires) ? Comment avez-vous atterri là entre Knut, Isis et Mono ? Plus sérieusement, envisagez-vous de poursuivre cette collaboration avec eux ?
Jé : Bosser avec Conspiracy Records est vraiment très gratifiant, ils sont très professionnels et passionnés, c'est ce que l'on peut attendre de mieux de la part d'un label.
J'espère que l'on fera le prochain disque avec eux.
Johan : Les gens de Conspiracy Records sont des personnes que je connais depuis 15 ans maintenant donc travailler avec eux c'est idéal. Leur label est vraiment exemplaire. J'espère vraiment qu'on sortira un nouveau disque avec eux dans le futur.

Vous avez quasi constamment un planning de sorties qui s'alimente en permanence entre les splits vinyles, les live et autres rééditions, ça donne quoi exactement l'actu discographique à venir chez YONL là ? Parce que je me suis perdu en route moi. Il me semble qu'il y a pas mal de choses qui arrivent là dont un DVD du Roadburn 2010 et une réédition de Nord si je ne m'abuse ? (il y aura quoi exactement sur celle-ci ?)
Johan : Alors le live au roadburn 2008 vient de sortir en CD sur Burning World Records (le label du Roadburn). Ausserwelt ressort aussi ce mois ci en CD sur Conspiracy Records et en 2XLP chez Music fear Satan. Nord ressort bientôt (septembre ?) en 2XLP et en 2xCD (avec un cd bonus qui comporte les morceaux des splits, collaborations, démo.) sur Music fear Satan. A la rentrée il y aura enfin le split LP Altar of plagues | YONL sur Radar Swarm. Et nous avons aussi un nouveau morceau d'enregistré qui devait être pour un split LP avec Mars Red Sky mais au final je ne sais pas trop si ça verra le jour ou pas. Et surtout, on commence à réfléchir au prochain album, on a plus de 2 heures de démos, on est en train de faire le choix de ce qui sera utilisé ou pas.

Revenons deux minutes à Nord justement, qui est un peu ce qui vous a fait connaître partout, une sorte de passeport si j'ose dire, vous permettant notamment d'investir le territoire nord-américain via Crucial Blast Records. N'y avait-t-il pas une certaine, disons pression, au moment de composer les nouveaux morceaux, ce premier album avait quand même su créer une sorte d'unanimité autour de lui (?)
Jé : En fait non, d'ailleurs on aurait pas sorti un disque comme Ausserwelt si on avait eu la pression et puis le processus de composition a été complètement différent de celui de Nord puisque c'est un nouveau line-up.
Pierre : Jamais on ne se foutra la pression pour un disque par rapport à nos productions antérieures. Ce qui prime c'est une certaine vision esthétique. A chaque enregistrement, les protocoles mis en place sont différents, voulus ou subis, que ce soit en matière de composition, de personnel ou d'enregistrement.

YONL : la preuve par l'objet YONL : la preuve par l'objet Une sortie US est prévue pour Ausserwelt ?
Jé : c'est possible oui, mais rien de sûr pour le moment.
Johan : A la base il devait même sortir sur Translation Loss Records (Rosetta) mais on a préféré laisser Conspiracy Records le travailler partout. Une réédition aura certainement lieu lorsque nous irons tourner là bas cet hiver.

Vous avez donc récemment enregistré si je ne m'abuse un score pour le Vampyr de Dreyer. En quelques mots, à quoi doit-on s'attendre par rapport à ce que l'on a pu découvrir sur les deux albums, j'imagine que l'exercice est plus complexe que simplement plaquer ce que l'on a l'habitude de créer pour "soi" sur des images déjà existantes.
Jé : En fait le score pour Vampyr n'est pas enregistré pour l' instant, c'est un exercice qui nous a permis d'explorer de nouveaux horizons, de sortir de nos réflexes de composition, je pense que ça va nous être très utile pour le prochain disque. C'est le genre d'exercice qui colle bien à ce qu'est le groupe.
Mathieu : C'est un exercice passionnant, qui nous permet en plus de ne pas rester enfermés dans la "routine" des concerts purement "rock". Chaque représentation est différente de celle d'avant. Selon notre humeur, selon le public, selon notre perception-même du film au moment où nous jouons, l'interprétation varie. On a ainsi pu le jouer très ténu en Estonie, tous sur des Twin Reverb, proches les uns des autres. et ultra-terror en Belgique où le public se marrait au bar. Ca nous permet également d'avoir une plus grande confiance en nous lorsque nous partons sur des plans presque uniquement synthétiques, on expérimente aussi plus concrètement les parties orchestrales, symphoniques presque. Ca nous conforte enfin sur notre capacité à composer une véritable narration sur plus d'une heure. On ne sait pas si le disque se fera un jour, mais je crois que la musique seule tient la route en tant que telle. Le plus périlleux dans l'aventure était de ne pas être démonstratifs, redondants avec les images, d'être suffisamment discrets pour que jamais la musique ne prenne le pas sur le film. A priori, le pari est réussi et c'est une immense satisfaction.

En parlant d'images, vous avez également un projet de clip, pour "Hiérophante" je crois ? On doit s'attendre à quelque chose inspiré par Dreyer ?
Jé : Le clip n' aura pas lieu. Il y aura peut être quelque chose pour le prochain disque.
Mathieu : Oui, c'est malheureusement tombé à l'eau, pour pas mal de raisons qu'il serait laborieux d'énumérer ici. On garde l'idée dans un coin de notre tête, en essayant de se souvenir des erreurs ayant mené à cet échec.

La suite "post-Ausserwelt, ça va être quoi pour YONL maintenant ? Déjà des ébauches de morceaux, des trucs finalisés en vue d'un troisième album ?
Jé : il y a énormément de matière, maintenant il faut que l'on travaille de manière très pragmatique, prendre ce qui semble le plus judicieux et arranger tout ça, surtout qu'il y a des morceaux qui arrivent encore.
Mathieu : Oui, il faut qu'on bosse. On a beaucoup d'envies, de choses qu'on a envie de concrétiser avec le groupe. On commence à savoir de quoi on est capables, et malgré notre côté bras cassés, on ne manque pas d'ambition créatrice. Il me semble qu'Ausserwelt était une manière de poser des bases. Maintenant, les choses sérieuses peuvent commencer.

Je m'égare un peu là mais quid de l'actu Radar Swarm, le label de Johan ? Parce que bon, Cortez, Omega Massif, Time to Burn quoi, j'ai presque eu des orgasmes auditifs avec ces albums.
Johan : Ah ah Radar Swarm et bien... il y a 2 disques CDr qui viennent de sortir (le nouvel album de Sunshine Parker et une pièce de Slow Motion Catastrophe). Ensuite, tous les projets en cours depuis belle lurette devraient arriver, comme le split LP Expo70 | Altaïr Temple, le split LP Altar of plagues | YONL comme je te disais précédemment. Après, silence radio car vu le temps que mettent les disques à sortir. Mais rassure toi, il y a encore pas mal de projets !