YONL - Ausserwerlt 4 titres : 48 minutes en immersion dans un océan postcore à nul autre pareil : après son Nord à juste titre acclamé de toutes parts, Year Of No Light dépose entre nos tympans son deuxième album via la référence Conspiracy Records (Isis, Mono, Nadja... rien que ça). "Perséphone I & II" défient d'entrée de jeu les lois de la gravité émotionnelle, les frenchies y appliquent une musique instrumentale lestée de plomb, toute en verticalité progressive et corrosion post-hardcore respectant à la lettre les codes du genre... pour mieux s'en affranchir, en exploser les limites et en repousser les frontières. Ausserwelt sera ainsi donc tantôt lourd et massif, tantôt plus éthéré voire aérien et les quatre plages le composant (ne semblant du reste parfois ne former plus qu'une), s'ajouteront, se juxtaposeront, se complèteront afin de se saisir de ce qui apparaît ici comme l'essence même de la musique du groupe : le tourment originel.
Au coeur de ce volcan (c'est d'actualité...) en activité permanente, ces mélodies jaillissant au milieu des geysers et éruptions de lave saisissent l'auditeur par leur beauté noire et scintillante. Des éclats cendrés qui retombent de toutes parts, carbonisant les amplis, crescendo anxiogènes, guitares carnassières et section rythmique monumentale, Year Of No Light assène chaque riff comme s'il s'agissait du dernier, sature l'atmosphère dans une déferlante sludge/postcore pour rendre toujours plus intense une musique que rien ne semble pouvoir arrêter ("Hiérophante"). La limite, c'est le ciel... et encore, les Bordelais pourraient trouver une parade pour y défier les cieux et redéfinir une dernière fois leurs propres limites. Ne cherchant nullement à brouiller les pistes, ou à révolutionner fondamentalement le genre en proposant quelque chose de jamais vu auparavant, YONL s'applique au contraire à s'inscrire dans une veine postcore assez classieuse sur la forme, mais terriblement dense et aboutie sur le fond. Là est justement toute l'intensité de cet Ausserwelt qui voit l'entité bordelaise (re)pousser son oeuvre dans ses derniers retranchements, la sublimant jusqu'à aboutir à "Abbesse", quatrième et ultime (c'est le mot idoine d'ailleurs) de cet album à l'intensité tellurique rarement égalée, au raffinement mélodie caché sous des kilotonnes de décibels mais, même sous la surface, toujours omniprésent.