Year Of No Light - Nord (US Version) On considère souvent Nord comme un monument de noirceur, un disque patiemment taillé dans l'ombre et à l'éclat illuminant de sa beauté ténébreuse des compositions qui s'égrènent encore et encore, jusqu'à nous plonger dans un état de transe méditative... A tort peut-on affirmer. Car le premier essai long-format de Year of No Light ne peut sans doute pas être réduit à ça... Car au-delà de ces simples et vaines considérations intellectualisantes, Nord est une oeuvre qui évolue en toute liberté à travers les genres. De passages hautement aériens ("Sélénites"), en moments bassement terre-à-terre ("L'angoisse du veilleur de nuit d'autoroute les soirs d'alarme à accident"), la musique des Bordelais trouve son essence dans les murs de saturation qui la composent pour faire naître chez son auditeur des émotions, au départ presque imperceptibles mais qui, au fil des écoutes, n'en deviennent que plus explicites. Limpide. Derrière l'harmonie, le chaos, l'éruption sous-durale, les veines qui éclatent et l'âme qui s'embrase sous les coups de riffs abrasifs et de hurlements écorchés vifs, Year of No Light se plait à confondre les genres et les nuances pour nous mettre face à nos paradoxes, nos contradictions les plus confondantes (une "Traversée" dantesque)...

Si humaine soit-elle, cette création sonore n'en reste pas moins d'une violence rare et malgré ses multiples degrés de lectures, se nourrit de cette férocité brutale pour mieux exister. Des tourments insondables qui la rongent de l'intérieur et qui explosent soudainement à la face de celui qui avait le tympan vissé à l'enceinte. Ambient, sludge, postcore, peut importe les étiquettes que l'on tentera en vain de coller à YONL, un groupe qui s'en affuble délibérément pour mieux les balayer d'un revers de main, sa musique crève les enceintes. Un "Librium" en apesanteur, "Les mains de l'Empereur" reprenant la maîtrise des évènements, le groupe pratique une incision dans notre cortex cérébral et y appose sa marque. D'une lourdeur peu commune (impressionnant "Somnambule"), il développe ici un riffing surpuissant qui, associé à des atmosphères pénétrantes et à une noirceur abyssale, n'en est que plus oppressant. Parfois noir, d'autres fois plus lumineux, Nord est un disque explorant les tréfonds de la psychée humaine, une oeuvre incroyablement torturée où les éclairs de démences de "Tu as fait de moi un homme meilleur" affrontent ces accès de rage brute qui cimentent les morceaux entre eux ("Par économie pendant la crise on éteint la lumière au bout du tunnel"). Year of No Light ne se cache pas. La mise en nu est peut-être abrupte, les mélodies fusionnelles qui se dégagent du magma monolithique déviant de "La bouche de Vitus Bering" n'en sont que plus majestueuses. Viscéral et addictif, le groupe domine son sujet, la démonstration de maîtrise est bluffante, l'intensité... incomparable. Un coup d'essai en forme de coup de maître...