Wheelfall Votre nouvel album est un concept album accompagné d'un roman. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur le scénario et sur la conception de ce roman ?
Tout notre concept repose sur des constats. Le roman de Glasrew point prend place dans la société actuelle, c'est ni plus, ni moins, qu'une observation des interactions humaines, sociologiques et technologiques. C'est plus nécessairement de la SF comme auparavant sur Interzone, plus quelque chose dans le genre de ce qu'a fait James Graham Ballard avec Crash. C'est un peu comme si tu étais un scientifique qui regarde le monde d'en haut et qui s'amuse à créer des situations diverses pour voir ce qu'il va se produire.
On a commencé à écrire le roman en se basant sur ces thèmes-là. On s'est vite retrouvé avec une trentaine de pages de concept et d'idées et c'est là qu'on s'est dit qu'on pouvait carrément essayer d'en faire une vraie histoire qui prendrait place dans ce contexte. On s'est dit qu'on allait confier ça à quelqu'un qui non seulement avait le sens de l'écriture, mais surtout qui était extérieur au groupe, pour avoir un autre point de vue sur l'ensemble. C'est Blandine Bruyère, une amie à nous, qui s'est chargé d'adapter nos idées en créant des personnages et tout ce qui va avec.
Et je vais quand même te résumer vite fait le synopsis. C'est quatre personnages qui se rencontrent par hasard dans une station service, dans un pays du type Europe du Nord avec une ambiance assez urbaine. Ils vont être pris à parti par une masse de gens sans vraiment savoir pourquoi et sont contraints de fuir le continent sur un petit rafiot. Ils finissent par se retrouver sur une île qui de prime abord semble coupée de toute ces mauvaises choses, une sorte d'utopie. Mais en fait c'est pas forcément un abri. [rires]

C'est d'actualité ça un peu, non ? Des gens qui sont contraints de fuir un continent sur un petit rafiot !
Pourquoi pas ! Mais on avait conçu l'histoire avant tout ça quand même. On n'a pas fait exprès ! [rires]

Pourquoi un changement de style aussi radical ? Raz-le-bol du stoner ?
Pour plusieurs raisons. Premièrement, pendant la composition de cet album j'ai eu une très grosse remise en question personnelle. C'est d'ailleurs pour ça que cet album est peut être plus dirigé par moi. Même si les autres ont suivi et ont amené des tas de bonnes idées, l'impulsion vient quand même de moi. Donc j'ai fait le point sur ce que je voulais et sur ce que j'étais musicalement, et j'ai aussi voulu faire la paix avec toute l'éducation classique que j'ai reçue. J'ai passé plus de 15 ans en conservatoire avant de faire du rock, en partie pour être en contradiction avec tout ça. Là j'ai pu marier les deux.
Pour faire simple je ne me suis imposé aucun cadre. Ce qui est sorti là était purement naturel, c'était le retour aux vraies envies, aux vraies influences.

Et ce changement de style, il impose quoi pour la suite ?
La seule chose que ça impose c'est... c'est qu'il n'y ait rien d'imposé en fait ! [rires] Là comme ça, je ne sais pas du tout comment ça va évoluer. Par contre, je sais que je n'ai pas envie qu'on attende autant de temps avant de refaire quelque chose (NDLR : Trois ans ont séparé la sortie d'Interzone et celle de Glasrew point). Après, au niveau du style, mes groupes préférés ont toujours fait quelque chose d'un peu différent à chaque album, que ce soit NIN, Swans ou même Morbid Angel ! Je ne m'en fais pas trop pour ça, par contre, ça ne sera peut être pas aussi radical. Parce que là j'ai l'impression qu'en lâchant un peu le cadre, on a trouvé quelque chose de plus profondément enfoui en nous donc c'est peut être moins sujet à changement. Mais peut-être pas.

Et pourquoi un double album ? A cause du concept ou parce que vous aviez énormément de choses à dire musicalement ?
Je pense que oui, ça ne pouvait que sortir sur un double. Déjà, il y avait la problématique d'illustrer le roman mais on avait aussi beaucoup de choses à dire. Parce que tu vois, mine de rien, au niveau de la durée des morceaux on est sur un format plus court qu'auparavant, ce qui n'empêche pas que ça soit vachement plus long [rires]. Moi le principe doom/stoner du truc hypnotique et répétitif, j'ai effectivement fini par en avoir un peu marre. Là, le but c'était qu'on ne se fasse jamais chier. Qu'il n'y ait pas de redite. Donc, quand on trouvait que c'était assez on coupait et on passait à un autre morceau. Au regard de ça et de la durée de l'album, je pense que oui, on avait beaucoup de choses à dire.

C'est votre deuxième concept-album. Pourquoi vous ne faites pas comme tout le monde, en enchaînant juste les bons riffs et les bons morceaux ?
En ce qui me concerne, j'aime beaucoup les œuvres conceptuelles. D'ailleurs, c'est là que je me rends compte de l'importance que mon éducation classique a eu sur moi. Et effectivement pour moi le format ''chanson'' c'est trop restrictif. J'ai eu l'habitude d'écouter des grandes symphonies ou des grands mouvements, des trucs où il se passe des choses sur la durée. Après ça ne veut pas dire qu'il faut être pompeux. Mais là dans le double album, il y a des thèmes qui reviennent régulièrement, au début, au milieu, à la fin, des leitmotivs. Comme des personnages qui évoluent et se déplacent. Et Interzone par exemple, même si c'était un concept-album avec une histoire et une trame, on pouvait découper ça en morceaux indépendants. Là, il y a des alliances qui se font et des enchaînements qui ont vraiment du sens. Certains morceaux ne peuvent pas être compris sans le suivant ou le précédent.

WHEELFALL - Glasrew Point Comment on compose un concept album ? C'est le schéma classique de la jam ou c'est plus calculé en fonction de ce que raconte l'histoire ?
C'est un gros mélange des deux. Quand je compose, j'ai toujours des images et des couleurs en tête, et forcément ça m'amène à faire quelque chose de narratif. Parfois je joue un riff et ça m'évoque telle partie de l'histoire, à l'inverse il y a des passages du roman dont on essaye de trouver comment illustrer l'émotion et l'ambiance en musique. Des fois même une simple note peut t'évoquer quelque chose, du stress, une couleur. Et du coup après, on jam autour de cette note par exemple. Là aussi il y a une idée de liberté, que ça soit dans la façon de composer ou d'enregistrer. On a raisonné comme si on avait acheté une boîte à outils en fait : pour tel morceau j'ai besoin de cette méthode de composition, sinon je n'arriverais pas à mes fins, donc je la prends ; pour un autre, une autre méthode etc... Donc il y a des choses écrites et d'autres qui viennent d'une improvisation.

Thibaut vous a rejoint au synthé. C'était une nécessité pour faire tout ce que vous vouliez faire ?
Il fait les guitares additionnelles aussi. C'était vraiment une nécessité. Si on voulait faire ce qu'on voulait, on ne pouvait pas lésiner sur les moyens, ni sur les personnes. Et surtout pour défendre ce genre de musique en live on avait besoin d'un zicos de plus. Là en répétition, ça marche très bien, mais si un jour on se rend compte qu'on a besoin de plus, il y aura plus. En plus Thibaut est un très bon ami à nous. Il venait même jouer sur scène avec nous avant sur des rappels (NDLR- Thibaut venait chanter ''July'', un morceau de Slo Burn repris par Wheelfall). Il était dispo et c'est un très bon instrumentiste. Il était hyper motivé donc ça s'est fait tout seul.

On entend un peu de tes projets parallèles dans ce nouvel album. Des riffs blacks qui rappellent Phazm et des ambiances qui rappellent ton projet solo, FWF...
Il y a aussi pas mal de Chaos Echoes. Pendant ma remise en question, le premier album de Chaos Echoes a quand même joué un grand rôle, parce qu'en l'écoutant j'avais l'impression de retrouver des choses très intellectualisées mais qui passent très simplement. Ça m'a permis d'intégrer tout ce que je voulais dans un format de musique ''populaire'' pour parler grossièrement. C'est d'ailleurs après avoir écouté cet album que je les ai rejoints ! FWF a été créé durant cette même période, ça m'a beaucoup aidé. Et pour Phazm, j'ai aussi intégré le groupe au même moment donc j'ai été exposé à pas mal de nouveaux horizons en même temps. En fait, j'ai composé l'intégralité de Glasrew point pour faire simple. Les autres ont eu un grand rôle pour tout ce qui touche aux arrangements et aux idées. Par exemple, Niko (NDLR : le batteur) m'avait signalé qu'il aimerait avoir quelque moments de lumière dans un ensemble qu'il trouvait quand même vachement lugubre et impénétrable, sans respirations. C'est pour ça qu'il y a "Pilgrimage" à la fin du premier disque, par exemple. Et finalement il s'intègre très bien entre "The drift" et "Shelter". Une super triplette d'après moi ! [rires]

Comment ça va se passer en live ? On aura la version intégrale de l'album ? Et est-ce que vous allez intégrer d'anciens morceaux du registre stoner à la setlist ?
Déjà, on ne jouera pas l'album en entier. Pas dans l'immédiat du moins. Il nous faudrait vraiment plus de zicos pour pouvoir tout interpréter sur scène. Il y a des morceaux avec plein de claviers, 8/9 guitares. ce n'est pas possible sur scène pour le moment. Donc on centre sur certains morceaux, et déjà en faisant ça, rien qu'avec les nouveaux morceaux, on a une très grosse setlist. On jouera forcément d'anciens morceaux, mais pas beaucoup et probablement en rappel. A terme, on aimerait bien les réarranger, les remettre au goût du jour. Mais pour le moment je ne pense pas qu'on puisse se permettre de faire des setlists d'1H30, pour ça il faut attendre que l'album ait fait un peu plus de chemin je pense. Il faut rester modeste et creuser le sillon.

Des dates justement ?
Il y a la release party au Hublot à Nancy le 18 septembre, avec Joy Disaster et Dog n' Style. Un moment familial étant donné que notre batteur joue pour Joy Disaster et a aussi joué dans Dog n' Style ! Normalement on a une deuxième date à Nancy en octobre, on sera avec Thot, un groupe belge que j'aime beaucoup, ça devrait être à la Machine à Vapeur je crois... c'est à confirmer... [rires]. Après les deux là, on ne reverra pas Nancy avant un moment. Je n'aime pas voir le même groupe tout les mois au même endroit, ça me gave rapidement et je finis par perdre l'intérêt pour ces groupes-là, et je n'ai pas envie qu'on tombe là dedans.

Et en dehors de Nancy ?
Oui ! En fait, on est en train de préparer une tournée de deux semaines qui se déroulera d'ici fin octobre. Pour l'instant, il n'y a que quelques dates de confirmées, Le Mans avec Presumption, un groupe Doom du coin, Rennes, avec Fange, des bons potes à nous, avec un mec d'Huata dedans, puis Lille, Paris... et on cherche dans l'Est en Suisse, en Allemagne, Belgique, pour la deuxième semaine, avec Haut&Court, un groupe de grind strasbourgeois. Ça va être rigolo [rires]

A toi le mot de la fin !
Eh bien, merci beaucoup !