Encensé il y a cinq ans lors de la sortie de Vowed to decline, Toward The Throne s'apprête à recevoir une nouvelle salve de louanges parce que s'ils ont pris leur temps pour ce Midnight, c'est qu'ils ne font pas les choses à moitié et cherchent à exploiter au mieux toutes leurs bonnes idées.
Sur leur très solide base death, ils viennent ajouter un tas de strates : progressives, mélodiques, black, et pourquoi pas d'autres proches de l'esprit math ou un arrangement très cinématographique... des inspirations qui peuvent sembler contradictoires, mais qui sont suffisamment bien travaillées pour faire un tout aussi riche que cohérent. Les Alsaciens se payent même le luxe d'enchaîner "7HATE" et sa fin cataclysmique avec "A poisonous flower in the desert" dont l'introduction est jouée à la guitare électro-acoustique ! Amateurs d'un metal ferme et sclérosé ? Circulez ! Se rapprochant d'un Gojira quand ils cassent le growl du chant pour une séquence plus posée ("Caught between breaths"), ils s'en éloignent assez vite avec un solo qui se charge plus d'émotions que de technicité, c'est là encore un choix audacieux, mais le résultat (des frissons !) démontre que c'était le bon. Bien que pratiquant un metal assez sombre et violent, Toward The Throne réussit à faire en sorte que certains titres soient "faciles" à écouter, j'exagère peut-être un peu, mais un morceau comme "Forge ahead" peut se faire écouter sans trop de mal à quelqu'un qui aurait de la peine avec un chant guttural car avant que ça ne blaste vraiment, la composition s'enrobe d'un délicat charme qui donne envie d'y goûter plus. Autre élément rare dans ce genre de metal, le sample qui accompagne le titre final ("Noir") est un extrait de Tartuffe ! Faire de la place à du théâtre classique, Molière pour ceux qui auraient besoin de cours de rattrapage en littérature, c'est du quasi jamais vu, à part évidemment Misanthrope (auxquels ils ont forcément pensé), et le rendu apporte un ton dramatique un poil désuet, mais qui sied à l'ambiance recherchée.
Notons enfin le très bel artwork signé Lara Bujanda (Subterranean Prints) qui bosse à Berlin surtout pour des affiches de concerts et a collaboré avec de nombreux artistes (Gojira, YOB, Kadavar, Pelican, Mono...) et que le groupe a donné une belle série de concerts avec Der Weg Einer Freiheit puis avec Thy Catafalque au moment de la sortie de l'album, de quoi grandir encore et devenir une référence pour quiconque évoquerait un death ouvert à d'autres influences et capable de toutes parfaitement les maîtriser.
Publié dans le Mag #70





