Textures - Silhouettes Qu'on se le dise, le métal a aussi ses intellos. Ils n'ont peut-être pas de grosses lunettes et ne ressemblent pas à un tableau de bord d'airbus mais composent dans la difficulté, mettant toutes les subtilités solfégiques possibles au service de la puissance, de la rage et du "wall of sound". Au pays de la tulipe et autres plantes vertes, on a aussi du "math metal".
Silhouettes donne une réponse plus accessible à Drawing Circles, piochant à la fois dans le blast arythmique et le chant clair, pour un son caverneux. "Old days born anew" et son rythme effréné donnent tout de suite le ton: cet album va faire mal. Véritable démonstration de la manière dont on peut lier différents tempi (comprendra qui pourra), ce brûlot met tout de même en valeur des passages plus mélodiques. La production est à la hauteur, proposant un son de guitare des plus massifs. Cinq minutes ont passé et "The Sun's Architect" prend la suite avec toujours autant de rythme. Les performances vocales d'Eric Kalsbeek sont impressionnantes de qualité, alors même qu'il n'hésite pas à se la jouer à Chris Cornell sur les passages chantés, ou à visiter plusieurs octaves pour donner de la verticalité à certains titres. Le morceau finit dans la lourdeur ce qu'il avait commencé dans le rythme, réussite totale. "Awake" se la joue métal mélodique avant de replonger dans la technicité, il était temps. Car si le groupe est plutôt bon sur ses aspects mélodiques, il est bien meilleur lorsqu'il s'agit de faire des structures volontairement bancales et des riffs assassins. "Lament of an Icarus" remet justement les choses à leur place, mélangeant binaire et ternaire alors que les premiers solos de guitare font leur apparition. La structure du morceau part dans tous les sens, pas le temps de s'ennuyer, c'est purement "meshugguesque" (sic). Lourdeur abyssale pour "One eye for a thousand", un des titres les plus longs de l'album, frôlant le doom sans jamais céder à la tentation. "State of desobedience" signe l'arrêt de mort des cervicales par excès de headbang. Efficacité maximale, sans compromis. S'éloignant de leurs débuts "meshugguesques", les néerlandais s'adonnent au métal burné, rageur et épileptique mais plutôt mainstream, et ça marche. "Storm warning" marque retour à des structures plus complexes mais même si les néerlandais tiennent à s'éloigner du "easy listenning", moments aériens et powerchords se côtoient dans une alchimie de plus de cinq minutes. En conclusion de ce nouveau méfait, "Messengers" et "To erase a lifetime" donnent tour à tour dans le lancinant énigmatique et dans le technique mélancolique.
Mélange intelligent de technique, de brutalité et de mélodie, Silhouettes confirme une fois de plus le potentiel de la formation néerlandaise. Un album cependant avare en surprises, si ce n'est par rapport à leurs précédentes livraisons discographiques.