A Terre

Interview : A Terre, Inter A Terre (fév. 2025)

A Terre / Chronique LP > Embrasser la nuit

a terre Embrasser la nuit Même en étant amateur de post-hardcore, il fallait être particulièrement attentif pour repérer A Terre. Car se pencher sur des EPs n'est jamais aisé, même si à l'heure du beaucoup dématérialisé, on a vite fait de tomber sur des morceaux et de les trouver sympas. De là à creuser davantage, c'est autre chose, désormais, tu ne peux plus faire autrement, déjà parce qu'il va falloir enterrer ce cadavre de biche et, ensuite, parce qu'Embrasser la nuit est un petit chef d'œuvre de noirceur.

Peur, détresse, morts, nuit, condamnées, sang, perdu, brisées, perdition, cicatrices, mourir, pluie, sans espoir... Voilà quelques mots extraits des textes de ces quelques titres, tu vois un peu l'ambiance ? Beaucoup de désillusion et assez peu de politique car "ÂCÂB" signifie ici : "Âmes Condamnées. Âmes Brisées" car le groupe aime à détourner les références (tu entends aussi Regarde les Hommes Tomber, "Mon fils ma bataille", "Paris sous les bombes"...) pour brouiller les pistes. Cadavre, squelette et tempêtes servent de support visuel, voilà le décor tel que le plante À Terre, il faut maintenant ajouter la musique... Et la façon dont ils agencent les sonorités, les rythmes, les chants et arrangent le tout avec de petits ajouts est tout simplement magistrale. Et si le style voudrait que je retienne avant tout les deux plages les plus étendues ("Prophétie" et "L'appel de la nuit" qui dépassent les 8 minutes avec une bonne dose de post, de prog et de passages plus calmes), c'est du côté de "Paris sous les tombes" et "Nous sommes la nuit" que je vois les climax de l'opus. Deux déferlantes d'émotions aussi abruptes que violentes, des montées vertigineuses auxquelles il faut bien de longs morceaux (et deux pistes interludes lugubres) pour redescendre. Après la décharge "ÂCÂB", "Paris sous les tombes" nous ramène brutalement à la vie, le mariage du growl et du screamo suit le rythme implacable des instruments qui dégage une puissance folle, le break où l'on est proche des larmes n'en est que plus lumineux, le retour en force des instrus n'en est plus qu'imparable. Un putain de mur du son qui se rapproche et vient nous écraser, les éclairs de la guitare ne réussissant pas à nous sauver. Masterclass. Tout comme "Nous sommes la nuit", un titre oppressant qui reste en tête et vous fera fredonner à n'importe quel moment de la journée ce "Nous sommes la nuit. Nous sommes la voix.", poings fermés et avec quelques coups de tête dans l'air qui n'a rien demandé. Au-delà d'une construction haletante et lourde, le titre bénéficie de la présence de Sébastien (Seven Hate) qui se fond aisément dans ce titre apocalyptique teasé par "Presque morts".

Embrasser la nuit propulse À Terre dans la cour des grands, bravo à eux, à la petite équipe qui croit en eux et à ceux qui ont eu la bonne idée de sublimer leurs idées comme Pierre Loustaunau (au studio Shorebreaker de Tarnos, près de Bayonne) qui a travaillé avec Park ou Cosmopaark et dont les différents projets (passés et présents : Frànçois And The Atlas Mountains, Petit Fantôme et Botibol) ne laissaient pas imaginer une telle capacité à mettre en valeur le noir.

Publié dans le Mag #64

A Terre / Chronique EP > Traversée

A Terre - Traversée La chronique de Notre ciel noir n'est pas encore archivée sur le site (elle est parue dans le Mag #48, elle devrait donc bientôt passer en ligne...) que j'ai déjà dans les oreilles la suite des aventures d'A Terre. Et si tu as aimé le premier épisode, celui-ci est au moins aussi bien. Composé avec les mêmes ingrédients : variation des chants, lourdeur et pesanteur des riffs, alternance de moments lumineux et obscurs, jeux sur le noir et blanc (quelle pochette !), idées plus ou moins étirées, les gars du Sud-Ouest enfoncent le clou conservant leurs thèmes (le champ lexical est toujours aussi sombre : "tourmente", "décombres", "désolation", "détresse", "lésions"...) et annoncent des titres "plus personnels". Certainement que leurs textes sont plus proches de leur réalité, entre amour et déception, chacun pourra, à son niveau, calquer ces sentiments forts sur les siens ou des souvenirs.

Indépendamment de ces considérations, le post-hardcore proposé est de grande qualité, la production est excellente (elle est signée Eric Dorléans, le guitariste de Infero Lasta qui a monté son studio au Sud de Bayonne) et les compositions très soignées. Elles ne sortent pas vraiment du cadre habituel du style mais les montées en tension comme les déflagrations sont maîtrisées et particulièrement efficaces. Le groupe se permet même un "Seulement toi" plutôt court (moins de 4 minutes) mais ô combien déchirant, c'est le morceau le plus marquant de cet EP qui n'en comporte que trois, le premier ("Cinquième colonne") est assez "classique" (bien que le chant grave sorte un peu de l'ordinaire) et le deuxième ("Résurrection") est un modèle pour tous ceux qui voudraient apprendre à marier les atmosphères (quel régal que ces transitions rythmiques quasi invisibles). Ces trois pistes assez variées laissent penser que A Terre devrait nous épater en passant en version longue, on a hâte.

Publié dans le Mag #50

A Terre / Chronique EP > Notre ciel noir

À Terre - Notre ciel noir Ce n'est pas parce qu'ils ont des attaches du côté de Mont-de-Marsan que Gojira soutient À Terre dès la parution de leurs premiers titres, c'est parce que derrière des raccourcis simplistes (tu liras sans cesse que ces mecs font du "post hard core entre Cult of Luna et AmenRa"), À Terre propose quelque chose de suffisamment particulier pour qu'ils s'y intéressent. Et moi aussi. Mais si j'y ai prêté une oreille attentive, ce n'est pas parce que je zone dans leur coin, c'est que leur bassiste, Jérôme, joue aussi dans Way For Nothing, un combo post-rock dont j'ai dit le plus grand bien dans le Mag #46...

Le style a beau être différent (pas tant que ça si on y réfléchit mais ce n'est pas le sujet), on retrouve les mêmes exigences en ce qui concerne les atmosphères, les sons, les rythmes et le message. Celui-ci est en français, audible malgré une voix bien éraillo-caverneuse et nous met plus bas que Terre, les dépressifs passeront leur chemin car le champ lexical labouré nous offre du "sans espoir", "traumatisme" (aussi bien une défaite en finale de coupe d'Europe ou la fermeture des lieux musicaux emblématiques de la capitale girondine), "eaux troubles", "plus rien n'existe", "sans lueur", "se laisser sombrer", "limbes"... Choisir Notre ciel noir comme titre de ce premier EP est donc logique même si ces mots ne sont pas ceux des 3 pièces proposées. Les textes sont en adéquation avec les sensations procurées par la musique, lancinante et lacérante, elle alterne sans trop de surprise des passages éthérées et d'autres particulièrement massifs mais réussit surtout à mélanger les ambiances (cette guitare plus claire qui traverse le final de "La réponse") et à particulièrement bien passer de l'ombre à la pénombre ("Bordeaux traumatisme"). Le combo sait également ne pas lâcher la pédale de distorsion sans lasser un auditeur qui réclamerait son lot de quiétude ("L'éternel retour").

Les amateurs de post-hardcore peuvent donc ajouter À Terre sur leur liste de groupes à suivre, Notre ciel noir date du début 2021, les Néo-Aquitains ont d'ores et déjà pas mal composé et il se pourrait que la suite de leurs aventures se fasse entendre assez vite alors plutôt qu'à terre, reste à l'affût.

Publié dans le Mag #48