tanen : fragments 1 minute et précisément 3 secondes d'introduction au crescendo bruitiste inexorablement oppressant, "Epinephrine Part I" semble être annonciateur d'une Apocalypse sonore imminente. Tanen entrouve alors "La porte des songes" et le rêve se transforme en cauchemar, mais on y plonge pourtant sans hésiter. Apnéïque. Le quintet déchire la toile du silence, et, après l'avoir retenue, libère de ses liens son oeuvre post-hardcore/rock, abrasive et ravageuse. Un chant écorché vif, un mur instrumental qui se dresse devant nous.. infranchissable, dominateur, Tanen vient nous perdre dans son "Labyrinthe" sonore, explorant par la-même les tréfonds de l'âme humaine. La beauté sombre qui enveloppe ce Fragments à la noirceur finalement indicible trouve son apothéose dans un "Corps à corps" d'une effrayante bestialité. Une sensualité animale, un romantisme torturé qui perle à l'écoute de "La torpeur", le groupe livre une oeuvre ouvertement post-hardcore mais moins monolithique qu'attendue... et surtout plus raffinée que ce à quoi le genre nous a déjà habitué. Des lignes de guitares qui s'enchevêtrent sur une section rythmique à l'implacable régularité, des vocaux hurlés qui suintent la souffrance, auto-destructrice et latente, Tanen ne fait pas dans la demi-mesure.
On pense à l'icône Cult of Luna, d'ailleurs l'album a été masterisé par Pelle Henricsson et Magnus Lindberg (CoL justement), ou, pour éviter les figures imposées, à des groupes comme Time to Burn ou Art of Falling, mais Tanen parvient à trouver sa voie, insufflant dans sa musique, un relief tout particulier qui lui sied parfaitement. Descente en rappel dans la gorge du diable, tragédie grecque chaotique, l'auditeur affronte ses peurs les plus intimes et doit en prime subir des assauts de guitares dopés par une batterie sulfurique et un chant éruptif ("Sept secondes", "Sortilèges") particulièrement mis en avant. Double pédale appuyée, guitares acérées comme des lames de rasoir, dans un élan de barbarie abrupte, "Fight" puis "Lycanthrope" nous prennent à la gorge, menaçant de leur regard carnassier notre carotide. Quoiqu'il advienne maintenant, Tanen a fait de nous sa proie, la livrant à un appétit féroce, avide de se délecter des "Fragments" de notre âme... A l'image de son artwork, signé Derek Hess (notamment connu pour avoir conçu des visuels pour Deftones, Sepultura, Converge ou In Flames), Fragments est une éprouvante et douloureuse visite des Enfers, une oeuvre magistrale qui respire une violence apocalyptique érigée ici au rang de véritable catharsis.