swarm_of_nails_logo Quel était le but premier à l'heure de monter SoN ?
Le même qu'aujourd'hui : tout simplement épauler des groupes qui me plaisent ou des groupes d'amis dans une scène que je fréquente depuis maintenant pas mal de temps.

Tu peux revenir sur les origines du label et parler de son fonctionnement, qui y fait quoi exactement ?
Avant de monter SoN, je faisais partie avec Benoît, guitariste de Nesseria, du label Krawa Prod.. Au fil des années, nos goûts ont divergés, et nos envies aussi. Le label n'étant plus très en forme ( suite au décès d'Overcome entre autre, nous privant de la quasi totalité de nos recettes sur l'une de nos dernières sorties...) et nos envies plus du tout compatibles, je me suis penché sur la création de ce qui devait être au début une branche de Krawa. Parallèlement, je bossais sur le premier numéro d'un zine, appelé "Swarm of nails". L'été 2006, j'ai naturellement fait fusionner les deux, même si à ce jour le premier numéro papier n'est toujours pas sortie (ha ha). Notre première sortie devait être l'EP de mon groupe Aucuba, mais suite à mon déménagement dans le sud, le groupe s'est retrouvé en pause. Je cherchais donc un autre groupe, sans vraiment accroché sur quelque chose. En octobre 2006, je suis tombé sur le MySpace d'un jeune groupe de Rennes, Atheist Prayer. Voilà toute l'histoire !
Sinon je suis désormais plus ou moins tout seul à faire tourner le label, même si pour le côté logistique / atelier de confection ( tous les Fujicolor, Torn in my Pride et This is the swarm sont assemblés main) je peux compter sur Myriam, ma compagne. Donc niveau fonctionnement je suis plutôt tranquille, car tout passe par moi (même si à certains moments ça fait beaucoup de choses à gérer).

Le groupe dont tu aimerais vraiment sortir les disques via Swarm of Nails ?
Je dois avouer qu'il y en a pas mal ! Ca va de mes groupes cultes comme Coalesce, AmenRa, Buried At Sea, Dirge, a des groupes coup de coeur plus récent, comme Appollonia, Stuntman, Robinson, Genghis Tron, Crrust, V13. C'est assez large donc !
Et au passage je conseille vivement à vos lecteurs de jeter une oreille sur ces groupes, auxquels je rajouterais Cliché Boys et Nesseria, qui prouvent bien le dynamisme et la qualité de la scène de notre cher pays.

Qu'est-ce qu'il faut à un groupe pour que tu le signes et accepte de sortir son album ?
Il faut vraiment que le disque me prenne aux tripes, et que le contact avec le groupe passe bien ! Jusqu'ici je n'ai eu que d'agréables expériences : j'ai rencontré les Torn in my Pride deux fois en concert avant de leur proposer un deal, et les gars sont vraiment adorables, sans parler de la qualité de leur disque. Même chose pour Einna, dont j'ai connu le chanteur Flo par l'intermédiaire du chanteur d'Aucuba : le courant passait bien, et les premières écoutes de leur EP m'ont scotchées. Fujicolor même, malgré la distance (ils sont Malais...), qui sont de bons amis. Ca peut donc paraître cliché, mais l'amitié et les contacts humains sont la clef de tout pour ce label.
Au delà de ça, il faut tout de même que le groupe se bouge un minimum, surtout au niveau des concerts. Sortir des disques est synonyme de risques, et un groupe qui ne fait absolument rien peut être le mauvais pas fatal pour une petite structure comme Swarm of Nails. Par exemple je suis en discussion avec un groupe italien mais je voudrais vraiment qu'ils puissent venir soutenir leur album en France.

atheist_prayer.jpg A l'heure où les magasins "physiques" ferment leurs portes les uns après les autres, que les grosses majors massacrent leur ligne éditoriale à coup de sous-produits ultra-marketés, ne penses-tu pas que la solution pour une musique de qualité est d'allers vers de toutes petites structures (genre avec 2/3 personnes) pour gérer une dizaine de groupe avec des shops virtuels ?
Je pense que c'est clairement une des solutions. Même si les gros labels extrêmes sont plutôt nombreux au final, et en vivent.

Moi en tant que consommateur, j'achète quasiment tout à de petits labels, petites distros, car c'est eux en effet, à quelques rares exceptions près, qui proposent les groupes les plus intéressants (bel exemple avec Victory Records qui ne se soucie plus de l'originalité, juste du meilleur moyen de suivre les modes).
C'est une solution donc, mais c'est loin d'être gagné d'avance et ce pour une seule et bonne raison : il y a trop de groupes, clairement. Beaucoup trop de sorties dispensables (attention je ne suis pas en train de dire que SoN représente un bon goût absolu, et ne sort que des disques indispensables, je sais bien que je fais partie de ce raz de marée de sorties), et du coup l'auditeur ne sait plus trop où donner de la tête et doit faire des choix pour ses achats (quand il achète). C'est comme ça, et il va falloir faire avec.
Et pour les boutiques, les vrais, le problème vient surtout des marges : les disques sont souvent trop chères. J'aime fouiner dans les bacs de mes disquaires, mais les albums à 16/20€ m'empêchent d'acheter, surtout avec les solutions internet sous la main (Amazon et les Shops Us par exemple sont un excellent plan pour acheter, avec le taux de conversion euro/dollar ), où je pourrai avoir le double pour le même prix.

Un mot pour chaque groupe du roster Swarm of Nails :
>
Aucuba : Aucuba c'est une histoire assez tordue. C'est mon groupe, dans lequel je joue de la basse, que j'ai fondé début 2005 avec Jérôme ( actuel guitariste de Nesseria), faisant suite à deux précédentes expériences. La distance aura eu raison de nous (les autres membres étant resté sur Orleans, et moi à Nice), puisque désormais le groupe est bel et bien mort. Sinon c'était une sorte de postcore lourd et métal, avec des touches screamo ou chaos. Du son bien moche est en écoute sur notre MySpace.

Einna
Formation de Toulouse pratiquant eux aussi une sorte de post-métal violent, entre Buried inside et Breach, qui évite les montés d'arpèges qui n'en finissent plus. Ils commencent à pas mal tourner en France, je vous conseille d'assister à un de leur concert.

Fujicolor
Petit groupe d'emo-violence de Malaisie, sans compromis. Entre Orchid et Utarid, des gars en or en plus ! Une des seules formations récente du style qui me plait.

RQTN
J'avais suivit les débuts solo de Mathieu, plus organiques avec plus d'instruments classiques, et donc quand il m'a parlé de son EP à venir, j'ai été tout de suite emballé. Et je suis tout à fait satisfait de cette future sortie d'ailleurs, du son à l'artwork.

Torn in my Pride
Hardcore chaotique et dissonant belge ! Je me suis pris deux claques sur scènes avec eux et leur label leur ayant fait faux bond, je me suis proposé pour sortir leur EP.

Tu prépares une compilation il me semble ? Tu peux développer un peu... ?
Au départ prévue comme un simple sampler pour le label, j'avais proposé à quelques amis de mettre des titres à eux en plus pour remplir le disque et leur faire un peu de promo au passage. Et au fur et à mesure, j'ai demandé à des groupes que j'appréciais (comme les ricains de DarkClastle, les russes de Crrust ou les suédois de Suffucate for fuck sake...), et certains m'ont carrément envoyé des titres inédits (RQTN, Edisonpost, Fujicolor, Crrust...). Il y a vraiment de tout sur cette compile, du chaos au down tempo, de tout les pays. Je suis particulièrement content de l'ensemble, et ça devrait être un bel objet : on va confectionner nous même les digipacks, assemblant les plateaux plastiques aux cartons sérigraphiés chez Christophe, le boss de Stonehenge Records, pour une cinquantaine d'exemplaires, contenant 16 titres pour une heure de son.

visuel_swarm_of_nails.jpg Concernant le problème de la dématérialisation de la musique, évoqué avec Mathieu (RQTN) il y a quelques jours, ne penses-tu pas que c'est maintenant aux labels de soigner les packaging, aux groupes d'affiner les contenus en proposant des bonus, en clair des disques avec un contenant qui aille de paire avec le contenu et non plus une simple galette, un visuel foireux dans un jewel case de base ?
Je suis d'accord sur ce point. Le public est tellement noyé par une masse de sortie (merci les majors) qu'il faut vraiment soigner l'objet, en plus d'avoir un bon disque, pour le captiver. Pour moi un disque ce doit d'avoir un beau visuel : l'important reste le son, on est d'accord, mais un contenant agréable est un plus non négligeable. C'est pour cela que j'adore des labels comme Hydrahead ou Deathwish Inc., qui soignent vraiment leurs sorties sur tout les points.
Par contre contrairement à Mathieu, je pense que le p2p et la dématérialisation des disques n'ont pas que des bons côtés : en effet il reste des collectionneurs, mais de moins en moins. Ca fait peut être un peu vieux con, mais beaucoup de jeunes se contentent d'accumuler les mp3, dans une sorte d'irrespect total des artistes (on va pas revenir sur la difficulté d'enregistrer et sortir un disque). D'où l'émergence au passage des toutes ces infâmes plate forme de téléchargements payants, qui essayent de suivre la vague, tout en proposant des albums encodés comme de la merde.
Après je ne dis pas, je télécharge beaucoup, mais dans un strict cadre de découverte. Quand l'album me plait, j'ai ce besoin physique de l'avoir en main, de feuilleter le livret, de parcourir la pochette si c'est un vinyle, d'avoir quelque chose de concret qui représente le son que j'aime. Surtout que nous sommes dans une scène où on trouve des albums à 8 ou 10 euros, et des EP pour des fois moins qu'un billet de 5.

Quelque chose à rajouter ?
Déjà un gros merci à toi et W-Fenec, du bon boulot depuis un paquet de temps, ca fait plaisir ! Donc merci de nous avoir donné la parole, à Mathieu et moi. Ensuite bah, aux lecteurs, venez donc jetez un oeil à nos sorties haha, et n'hésitez pas à nous contacter !