A Storm of Light - Forgive our trespasses A Storm of Light ne serait donc qu'un vulgaire clone de Neurosis et consorts. Soit. Certes l'affirmation balancée cash comme ça avait de quoi provoquer une réaction épidermique, mais en même temps, le premier effort des petits protégés de Neurosis (tiens justement.) avait bien pris le parti de suivre les pas de son illustre aîné. Donc quid de l'intérêt d'un deuxième disque sinon celui d'avoir un énième succédané de quelques uns des groupes définitivement incontournables des quinze dernières années ? A moins que Josh Graham et ses acolytes n'aient décidé de s'écarter des sillons musicaux labourés par Neurosis pour crayonner les plans destinés à bâtir un univers qui leur soit propre. Forgive us our trespasses est donc le disque qui va tuer le père et s'émanciper en affirmant sa légitimité artistique. Et s'il ne révolutionne pas pour autant le monde des musiques métalliques, hardcore et expérimentales, ce deuxième opus des américains a au moins le mérite de se suffire à lui-même.

En bien.. et en mal. Intro comme parvenue du fin fond des ténèbres, texte susurré comme un dément par le double maléfique de Josh Graham ("Alpha : Law of nature Part I") et des arrangements réduits à leur plus simple expression, la mise en route de Forgive us our trespasses, surprend, déroute et ne convainc pas. A l'inverse de la suite, qui change radicalement de registre. Le chant y est particulièrement mis en avant, tout comme la section rythmique qui semble être là pour marteler un peu plus le propos d'un groupe qui sait désormais parfaitement où il va et comment y aller. Postcore mélodique, explosion de guitare retenue, "Amber waves of gray", puis sa séquelle "Tempest", posent les fondations d'une musique dense, ample et orageuse, aussi puissante que raffinée mais qui se plaît à brouiller légèrement les pistes. Alors non, A Storm of Light n'est certainement pas le groupe de la décennie, mais sa capacité à s'affranchir de certains formats préétablis, à s'éloigner des influences trop évidentes pour affiner sa griffe musicale et prétendre à une légitimité artistique que son concept tendait à limiter jusque-là, ne manque pas d'attiser l'attention.

En s'éloignant des Isis, Neurosis, Cult of Luna et de toute la vague de groupes suiveurs qu'ils ont inspiré, sans non plus trouver refuge à des années lumières de là (évidemment.), A Storm of Light parvient à insuffler un peu de nouveauté à un concept musical qui après un premier album et un split avec Nadja commençait déjà à s'essouffler. Dépression post-metal et cumulus hardcore, "The light in their eyes" impose ainsi l'élégance de son écriture à travers les courants ascensionnels du gulf-stream harmonique qui traverse de part en part "Trouble in near" puis "Midnight". L'émulsion haineuse et la violence sauvage y sont bien moins omniprésente que chez la plupart de ses contemporains, constat pas vraiment étonnant dans la mesure où le groupe semble vouloir avant tout privilégier la création d'ambiances, la construction d'un édifice musical qui ne soit pas qu'un simple orage métallique à la brutalité exacerbée ("Across the wilderness", "Omega"...). Car là encore, le groupe tend à se différencier pour avancer, prendre des risques artistiques et créer quelque chose qui ne verse pas dans la vulgaire redite de ce que l'on a déjà pu entendre mille fois ailleurs. Pas qu'un énième groupe de postcore de plus, encore moins une pâle copie des maîtres du genre, A Storm of Light, est désormais devenu une entité autonome, désireuse d'exister sur la durée.