Stinky-Solace Sans compter ceux de Stinky Bollocks, ce Solace est le quatrième disque de Stinky et pourtant on peut dire qu'il marque un nouveau départ pour le groupe. Même si tout ne se fait pas du jour au lendemain, cet album ressemble en effet à un acte de naissance. Max (bassiste aussi chez 20 Seconds Falling Man et The Ascending), Clément et Enzo (guitariste venu d'Affect) sont arrivés fin 2022, changeant les influences du combo alors que Claire est devenue Clair avec de nouvelles possibilités vocales. En bref, tout en gardant l'esprit des débuts et sans changer de nom, la nouvelle bande a forcément une nouvelle identité sonore...

La base, c'est le hardcore et on en trouve encore beaucoup, dans les rythmiques, la puissance du chant lourd ("Nothing can fix it" !), les riffs plombés, quand ça castagne tout droit en envoyant le tout à pleine balle, on sait d'où ils viennent (et Nantes, c'est presque juste en face de New York...). Ceux qui suivent les Nantais depuis près de 20 ans s'y retrouveront dès "Down in the dumps" et tant pis pour eux s'ils ne goûtent pas aux délicieux passages mélodiques (perso, je les trouve sublimes). D'ailleurs, histoire de gagner davantage de fans à l'international et de montrer aux grincheux qu'on peut ouvrir sa musique à d'autres influences en conservant sa crédibilité, les Mariligériens ont convaincu Lou Koller (Sick Of It All) et Andrew Neufeld (Comeback Kid) de venir dialoguer avec Clair sur "Grass snakes" pour le premier et sur "Under care" pour le second. Des deux morceaux, c'est celui avec Andrew que je préfère, pour affronter les screams, les instrus vont chercher des harmonies et une forme de douceur assez couillue là où le titre avec Lou reste assez classique. Quand le côté éraillé n'est pas adouci, on a "Alignment" qui évoque la liberté d'être qui on est et d'avoir le droit d'évoluer, le genre de morceau qui sera certainement censuré par l'administration Trump s'il arrive jusqu'à leurs oreilles (ça mérite au moins un décret signé devant Fox News). Un titre très fort pour son message porté par un ambassadeur clairvoyant et impressionnant de sagesse. En tout cas, il est plus lourd que "Mourning flowers" qui est un poil trop poussif à mon avis et pâtit de sa proximité avec les bombes qui l'entourent. Dans un registre plus calme, "Silent birds" s'en sort bien mieux, idem pour le passage mélodieux de "Moonbow". Et le punk dans tout ça ? Je l'ai dit en intro, Solace est une renaissance, une mutation, un changement et l'aspect keupon a laissé sa place à davantage de volupté voire de féminité si l'on veut jouer avec les genres et appuyer sur le fait que ça n'a pas vraiment de lien avec le physique. Dans l'attitude et la vitesse d'exécution, on en trouve encore des traces ("Natural savior"), mais le Stinky de 2025 est en opération à hardcore ouvert.

Et certainement la meilleure version de lui-même, Stinky fait son truc sans se soucier du regard ou de l'écoute des autres, cherchant au contraire à instaurer un dialogue, à ouvrir des portes, à permettre l'échange et à ne pas rester buté sur une position. Telle une couronne d'épines, ça peut faire mal, mais il faut parfois souffrir pour grandir, comme Stinky était déjà grand, ils sont désormais géants.