Soulfly : Primitive Suite au succès (mérité) de son premier album, Soulfly aurait pu tranquillement enchaîner sur un second opus avec la même "tribe", mais ça, c'était sans compter sur la personnalité haute en couleurs de son frontman, Mr. Max Cavalera. Résultat des courses, exit Jackson Bandeira et Ray Mayorga, bienvenue au guitariste Mickey Dooling et au batteur Joe Nunez. Le line-up mis à jour, Soulfly pouvait enfin se lancer dans un second LP, voulu par Max Cavalera comme un album où il pourrait inviter tous ses grands amis du monde du metal, (Corey Taylor de Slipknot, Chino Moreno des Deftones, Tom Araya de Slayer…)
C'est "Back to the Primitive" (sous entendu, un retour aux sources du metal) qui ouvre ce second opus des brésiliens. Chant tribal furieux de Max, rythmiques de folie, guitares monstrueuses, pas de doute on est dans du Soulfly, tellement… que ce titre aurait très bien pu figurer dans le premier album du groupe. On est soulagé, le pire est écarté.
Sauf que la suite déçoit. Si la première collaboration de Max Cavalera avec Chino Moreno avait bien fonctionné dans le premier LP de Soulfly ("First Commandment"), "Pain" déçoit. Sans âme, convenu, le morceau est d'une affligeante banalité. Un petit coup de moins bien sans doute, ça peut arriver... Mais problème, Bring It, 3e morceau du disque est du même calibre que Pain, très quelconque. On a l'impression d'avoir entendu ça des centaines de fois auparavant.
La suite ? Corey Taylor + Max Cavalera, l'addition de deux terreurs du métal pour l'excellent "Jumpdafuckup" qui sans révolutionner le genre, rehausse sensiblement le niveau de Primitive. Les brésiliens enchaînent avec le massif "Mulambo", où une fois encore la parfaite association entre métal pur et musique traditionnelle brésilienne fait recette. 6e titre de l'album, "Son Song" est une énorme surprise, du fait de la présence d'un invité très inattendu Sean Lennon, fils de John. Passé la surprise du duo avec Lennon, des titres tels que "Boom" et "The Prophet" viennent remettre les pendules à l'heure. Soulfly est avant tout un groupe de métal et le prouve avec des titres ravageurs aux breaks enflammant la platine CD, pendant que Max s'éclate au chant. Et là, c'est une nouvelle vague déferlante qui s'abat sur l'auditeur puisque "Boom" et "The Prophet" annonce l'autre titre phare de ce Primitive, "Terrorist", titre où le frontman de Soulfly est accompagné d'un certains Mr. Araya…, le Tom Araya de Slayer. Autant dire que ce "Terrorist" nettoie brutalement les oreilles, batterie carré, riffs acérés comme des lames de rasoir, alternance des voix entre les deux chanteurs, ce titre est un vrai rouleau compresseur qui nous rappelle le fameux "Refuse/resist" de Sepultura.
"Soulfly II", nouveau titre instrumental, suite du premier morceau éponyme apparu sur le premier album du groupe. Apaisant, les instruments traditionnels brésiliens et les claviers de la fin du morceau viennent apporter une touche de finesse à ce second album. Une réussite malheureusement un peu entachée par le titre suivant "In memory of...". Que Max invite ses amis pour faire des duos sur des titres de metal, soit, mais des rappeurs… sans commentaires. La rencontre de ces deux styles musicaux aussi différents n'aboutissant souvent à rien d'autre qu'à un produit commercial hyper calibrés, "In memory of…" décevra les aficionados de Max Cavalera et réjouira les fans de Linkin Park. Nouveau duo pour le frontman de Soulfly sur le dernier titre de Primitive, avec Asha Rabouin, qui permet d'associer la fureur du chant de Max avec la voix mélodieuse de cette femme encore peu connue, mais qui viendra poser sa voix sur des titres des albums suivants de Soulfly.
Si l'on note que la version collector de Primitive contient notamment des live de "Eye for an Eye" et "Tribe", voilà de quoi relever le niveau d'un second opus très inégal de la part de Soulfly. Un album qui déçoit par moment, mais qui nous réserve également quelques titres de metal brut de décoffrage à écouter sans retenue.