Silmarils Pensais-tu il y a 25 ans que cet album serait réédité ?
Non, absolument pas ! Il y a 25 ans, on sortait un premier album, on avait 20 ans et aucune idée de ce que l'on allait faire après, ni même si on en ferait un autre un jour. On était donc loin, à ce moment-là d'imaginer que ce premier album Silmarils, deviendrait un "classique", qu'il serait 25 ans plus tard, réédité et qu'il rentrerait dans les "charts" dès l'annonce de sa réédition ! C'est assez dingue, en fait, mais on est ravis !

Es-tu surpris de l'engouement actuel atour de votre "retour" ?
A vrai dire, oui ! Carrément même ! Nous, on était déjà tellement contents de se retrouver que ça aurait presque pu suffire à notre bonheur, mais évidemment, on se demandait si ça allait intéresser grand monde. La réaction des gens nous a surpris, bluffés, émus. Au-delà de toutes nos espérances. On a retrouvé le public là où on s'était quittés : dans les starting blocks et avec toujours la même envie d'en découdre.

Au moment de la parution du premier album, avais-tu l'impression que Silmarils proposait quelque chose de novateur, du moins pour la France ? Et avec le recul ?
Pour la France, certainement, oui. On est un pur produit de la banlieue parisienne, on vient d'Evry, Grigny, Corbeil. Bref le 9-1, t'as vu ? (rires) On a grandi entre 2 cultures, le Rock et le Hip Hop, un mouvement qui n'était pas encore devenu mainstream et qui était un vrai mouvement de contre culture, d'insolence et porteur de changement. On a naturellement mixé tout ça ensemble, le Hip Hop dans le flow et les refrains scandés et le rock dans les riffs et la lourdeur des beats. On a retrouvé une photo qui date de 1990, on est dans notre studio de la Grande Borne à Grigny avec tous nos potes de la scène Hip Hop locale et nous. On pose tous ensemble, on est 25, on est des gamins, mais tout est déjà là, le Rock, le Hip Hop, on se croirait dans un épisode de The Get Down !!! C'est ce que les gens appelleront plus tard la "fusion". Mais là on est en 1990 et tout est déjà là.

Les paroles de "Cours vite", "Mackina", "Communication" ou "No justice no peace" sont toujours d'actualité, voire peut-être plus qu'en 1995, la situation ne peut-elle que se dégrader ?
Tu oublies de mentionner : "Tant que parle l'économie", "L'homme providentiel", ou "Tout reste à Faire" (rires !) Avec la reformation de Silmarils, on nous parle souvent de ça en ce moment. Du côté, c'est incroyable, "vous l'aviez écrit ! Vous l'aviez "prédit" ! J'aurais préféré avoir le pouvoir de prédire les numéros gagnants de l'euro million, mais j'ai fait avec ce que j'avais : une société qui commençait à montrer des signes de délitement, de dérives et qui s'auto-congratulait de l'avènement de l'argent-roi. Ces textes se nourrissaient des signaux de l'époque que nous avons extrapolés pour en tirer par moment une vision quasi dystopique du monde. Le problème est que ce qui était considéré comme dystopique en 1995, s'appelle le monde d'aujourd'hui. Pour répondre à ta question, en 1995, on a planté les graines, et en ce moment on commence à voir sortir les fruits. Et ils ont un goût amer. La situation ne peut-elle que se dégrader ? Oui, surement. Mais lentement, progressivement, insidieusement.. Jusqu'au moment où nous ne nous rendrons même plus compte qu'il y a eu un "avant". A ce moment-là, pour la plupart des gens il n'y aura plus de mieux ou de moins bien, de progrès ou de rétrogradation. Il y aura ce qui est. Et il sera trop tard pour y changer quoi que soit.

Francis Caste avait 8 ans quand est sorti l'album, tu sais comment il l'a découvert ?
Absolument pas ! Mais j'aimerais bien le savoir !

Vous avez donné des "consignes" pour retravailler le son de la réédition ?
On a confié le remastering à JP Chalbos, qui avait fait la première édition. Les consignes étaient de redonner un coup de frais au son, on voulait que ça sonne pareil. Mais différent ! Pour, nous aussi, avoir plaisir à redécouvrir notre premier album. C'est mission accomplie, on super content ! L'album a pris un petit coup de neuf ! Et en plus le vinyle est orange ! Et j'oubliais, pour les connaisseurs, il y a une petite surprise sur l'édition vinyle...

Silmarils La scène française "fusion" était en ébullition il y a 25 ans, beaucoup moins maintenant, cette idée d'un rock ouvert et "populaire" appartient au passé ?
Non je ne crois pas. On ne peut jamais savoir. En général quand on a une culture dominante de "mauvaise qualité", ce qui semble être un tout petit peu le cas en ce moment, on voit surgir en réaction une contre-culture riche, intéressante qui fait émerger de nouveaux talents. Cela peut arriver encore, si toutefois la culture bas-de-gamme variétoche-urbaine n'a pas tout emporté sur son passage d'ici-là. A vos guitares donc, c'est vous qui avez les clés !!!

As-tu le sentiment que Silmarils, à ses débuts, faisait partie d'une "tribu", d'un "clan", ou était plutôt un électron libre sur la scène de l'époque ?
Absolument pas ! On a commencé gamins, on a tout de suite tout géré nous-mêmes et on a toujours été des "francs-tireurs". Donc oui effectivement et définitivement des électrons libres.

Tu as suivi l'histoire de groupes comme Lofofora, Mass Hysteria, No One Is Innocent... qui ont débuté à peu près au même moment et sortent encore des albums aujourd'hui ?
A vrai dire, pas vraiment. Je serais plutôt du genre toujours en quête du nouveau truc, du next big thing, du nouveau son...

Parmi les nombreux musiciens et groupes croisés sur les routes à l'époque, es-tu encore en contact avec certains ?
Oui, bien sûr : FFF par exemple, qui sont des potes.

Y a-t-il un ou des groupes créé(s) lors des 15 - 20 dernières années dont Silmarils serait "fier" d'être un des inspirateurs principaux ?
PNL !

Comment le virus a-t-il impacté ton travail ces derniers mois ?
De manière infime : Avant j'avançais masqué. Aujourd'hui aussi.

Suite aux problèmes apparus dans le monde du spectacle vivant à cause du virus et de son abandon par les pouvoirs publics, des initiatives comme "Luttons pour ne pas mourir", "L'appel des indépendants", "Concerts debout touchés en plein cœur" ou "Vie nocturne à bout de souffle" ont vu le jour. Qu'en penses-tu ? Cela n'interroge-t-il pas la place, vis-à-vis des institutions (mécénat privé et/ou contrôle par la puissance publique), prise au fil du temps par les artistes ?
Oui le spectacle vivant est bien, avec les discothèques, le grand sacrifié de la crise sanitaire. Et tout le monde s'en fout. Tu peux prendre le métro et le RER bondé mais tu ne peux pas aller voir un concert. Tu peux aller t'entasser au Puy du Fou pour voir des dresseurs d'ours, mais tu ne peux pas aller voir un groupe en plein air ! Personne n'y comprend rien ! Je te le dis, frère, les gars naviguent à vue !!! (rires) Aujourd'hui nous vivons dans une société qui ne chante plus. C'est très orwellien, en fait. C'est un peu comme dans le film "Footloose", checke la rèf' de ouf, où danser est devenu interdit. Là, c'est pareil... Dystopie, le retour. Une société qui ne chante plus et qui ne danse plus, ça s'appelle une fourmilière. Mais il n'y a pas que des perdants la dedans : les gens ne sortent plus, ils restent chez eux et se goinfrent de contenu. On voit à peu près à qui ça profite...

Silmarils - Silmarils Avec les différentes crises que nous traversons, accélérées par celle du virus, comment vois-tu l'avenir de la scène des "musiques amplifiées" à court terme ? Et dans 25 ans ?
Honnêtement : je n'en sais rien. Là tout s'accélère de façons exponentielle. Difficile de prédire quoi que ce soit. Une fois que tu as vu un avatar de mauvais DJ mixer dans Fortnite devant 50 millions de mecs connectés, t'as du mal à être optimiste. Mais comme l'a dit mon groupe préféré : "Si le pire est à venir, alors l'avenir est à nous." Je me raccroche à ça...

Vous avez fait un petit live lors du confinement, c'était en partie acoustique, il pourrait y avoir d'autres trucs "unplugged" ?
Pourquoi pas ? On est très contents du résultat. On était tous confinés dans des endroits différents, pour la plupart sans instruments. Il a fallu bricoler un truc, on en a sorti des versions Unplugged Folko Hip Hop de nos morceaux ! Coooool comme dirait Wayne.

Tu as longtemps occupé le devant de la scène, tu travailles désormais un peu plus dans l'ombre, ça ne te manque pas plus que ça ?
Non pas plus que ça. Ce qui me manque vraiment en revanche c'est d'être sur scène avec Silmarils. De jouer ces morceaux-là, avec ces mecs-là, devant ce public-là. On est des frangins et notre concert du Bataclan c'est une réunion de famille où tout le monde est invité. Franchement, ça va être dingue !!!

Il y a donc ce concert anniversaire qui devrait avoir lieu, est-ce que d'autres sont prévus, autant que possible, ou ce sera juste le Bataclan ?
A cause du Covid, le concert qui devait avoir lieu initialement en novembre 2020 est reporté au 18 mars 2021. Toujours au Bataclan. Et oui, il se murmure que d'autres dates pourraient suivre !!! Et on espère bien passer par le Puy Du Fou (rires).