Poursuivant le travail titanesque d'Imago clipeata, Sick Sad World est (enfin) de retour avec un nouvel opus. La mort en est toujours le thème central, même si c'est davantage l'après des survivants qui est évoqué avec ce(s) Deuil(s) décomposé(s) en cinq plages qui sont autant d'étapes à franchir. Les cinq titres sont donc liés aux états d'âme qui suivent un décès, pas forcément dans le même ordre que dans la réalité, mais peu importe, on a compris l'idée.
Ces phases ont inspiré de nombreux artistes (Riverside, Slipknot, Gojira, My Chemical Romance...), mais c'est alors lié à leur vécu, la perte d'un être cher, c'est ce qui influence leur écriture. Ici, on est davantage sur un concept album sur le deuil en général (d'où les parenthèses autour du "s") avec la traduction musicale d'émotions brutes et d'ambiances qui correspondent à chaque stade entre le choc et la reconstruction. "Denial" encaisse le choc, se montre rebelle à la réalité, avec quelques doux accords en contrechamp pour nous bercer de l'illusion d'un passé proche désormais disparu, comme si s'accrocher à ce qui était permettait de le faire survivre. Dans ce déni, on trouve aussi beaucoup de rage, une énergie noire qui gagne en intensité mais ne pourra rien changer. La colère arrivera plus tard pour Sick Sad World. C'est d'abord "Bargaining", le marchandage, la négociation : le chant est clair, lancinant, larmoyant, la guitare plus légère, mais les palabres tendent l'atmosphère, les mots et les riffs deviennent plus incisifs, on peut tout promettre, mais la mort ne concède rien, revenir en arrière n'est pas possible. Il faut donc se résoudre à voir le désespoir l'emporter, des coups frappent à l'intérieur de la tête, ça tourbillonne autour de nous, on est sonné, au cœur d'une "Depression" où les mots ne consolent pas et les accords déchirent chaque fois un peu plus une enveloppe déjà bien abîmée de l'intérieur. L'escalade de douleur se termine avec "Anger", poids et tranchants s'unissent pour faire sortir la rage, la voix se fait plus brute, plus rauque, elle growle entre les cris et se fraye un chemin dans un tapissage de riffs acérés et quand on croit la voie de l'acceptation entrouverte, la colère refait surface, encore plus violente. "Acceptance" débute avec beaucoup de rythme, cela ne se fera pas en douceur, la lumière vient, une nouvelle fois, des guitares, aériennes, elles contrebalancent un chant encore emprunt de haine. Inlassablement, elles répètent leurs phrases et finissent par trouver l'ouverture, donnant de l'air et faisant taire une voix qui n'a plus assez de souffle pour se battre et se résout à vivre avec la mort.
Outre un concept réfléchi et des titres très aboutis, l'album bénéficie d'un bel artwork, d'un digipak et a été enregistré par David Enique et Christophe Hogommat (qui l'a également mixé), l'ex-batteur de The Texas Chainsaw Dust Lovers a déjà été entendu à la technique pour son groupe, mais aussi 20 Seconds Falling Man, Wizard Must Die ou Mad Foxes. Histoire d'être complet et profiter au maximum du son, le mastering est signé Deviant Lab, l'une des plus belles références européennes (Igorrr, Ultra Vomit, Birds In Row, Mass Hysteria, Møsi, Klone, Hypno5e, Lost In Kiev, Point Mort, Vesperine...). Il ne nous manque donc rien pour revenir à la vie et profiter d'un des meilleurs groupes de post-hardcore qui soit.
Publié dans le Mag #68





