The Random Monsters Avant de parler de l'album, revenons un peu sur We pretend it's all right, pourquoi avoir choisi ce titre ?
Sébastien : Comme tous les groupes avant chaque sortie, on s'est retrouvé autour d'une table pour essayer de trouver un titre à cet EP. Les heures défilaient et les idées proposées ne faisaient jamais l'unanimité. L'album The wall de Pink Floyd tournait en fond sonore. Cette phrase de "One of my turns" a capté notre attention : "Night after night, we pretend its all right". C'était au début de l'année 2016, quelques semaines après les attentats du 13 novembre. On trouvait que ça collait bien avec le contexte, et notre état d'esprit du moment...

Le titre "Mason's moment", c'est aussi une référence à Pink Floyd ? Ça ne vous dérange pas de tendre le bâton pour se faire comparer ?
Sébastien : "Mason's moment" était à l'origine une reprise détournée de "One of these days" de Pink Floyd. On s'est finalement éloigné de l'idée de départ, mais on a décidé de conserver ce clin d'oeil au groupe et plus particulièrement au batteur, Nick Mason, pour qui "One of these days" est un peu le morceau de bravoure dans Live at Pompeii. Plusieurs membres de The Random Monsters, dont moi, sont obsédés par Pink Floyd. Mais on essaie dorénavant de limiter les références car elles étaient déjà nombreuses sur notre premier album éponyme sorti en 2012.

Il y a également le titre "Harrison" sur l'album, c'est un nom assez courant... vous préférez George ou Ford ?
Gaétan : À la base "Harrison" était juste un surnom provisoire pour ce morceau dont la suite d'accords A - A7m me rappelait un peu la signature mélodique de George Harrison, notamment sur "Something" des Beatles. On a finalement gardé ce titre qui pouvait encore une fois évoquer une de nos chères influences.

Les influences sont moins lisibles sur l'album, c'est parce qu'on s'habitue à votre son ou parce que vous avez fait davantage attention à vous en éloigner ?
Sébastien : Rien n'était prémédité. Les titres de l'album Going home et de l'EP We pretend it's all right ont tous été enregistrés au cours de la même session. Il n'y a donc pas eu de réflexion possible sur notre évolution entre les deux sorties. Concernant nos influences, je dirais que c'est surtout dans le cas des morceaux instrumentaux que nous essayons de ne pas reproduire certains clichés... Pour les "chansons" au sens propre du terme comme "Up in the sky" ou "Harrison", on se pose moins de questions. On se laisse guider par le chemin de la voix et l'émotion globale sans trop réfléchir...

Et quand on les oublie, Cult of Luna vient jouer dans votre local, comment ça s'est fait ?
Sébastien : Ils étaient programmés dans un festival dans l'Est de la France. C'était une date isolée, ils n'étaient pas en tournée et n'avaient pas joué ensemble depuis des mois. Ils devaient se retrouver à Paris la veille du show pour une seule répete. Le manager du groupe est une connaissance de longue date du proprio de notre local. Nous avons libéré les lieux, nous leur avons prêté batterie et amplis, et ils ont pu préparer leur set tranquillement. Inutile de préciser que ces gars font partie de nos mentors...

A quel moment décidez-vous qu'un morceau est "terminé" ? Je pense par exemple à "No church", est-ce qu'il y a encore beaucoup de travail dessus en studio ?
Sébastien : On ne décide pas qu'un morceau est "terminé". On le ressent comme une évidence ; lorsque tout a été dit, et qu'il y a une sorte de cohérence globale dans l'histoire qui est racontée... "No church" a représenté un énorme chantier pendant plus d'un an. Outre la structure, les transitions et le travail de dynamique, on s'est longuement penché sur le son de chaque instrument, et la manière de se placer dans le spectre sonore par rapport aux uns et aux autres... Il a fallu attendre d'arriver en studio d'enregistrement pour en finir avec ce titre. On a remis en question plein de choses pendant les sessions, et Francis Caste, l'ingénieur du son du Studio Sainte Marthe, nous a énormément guidés... On le remercie au passage pour sa patience !

the random monsters - We pretend it's all right 4 des 5 titres reçoivent la visite d'un chanteur, comment les interpréter en live ? Bastien va revenir chanter ?
Sébastien : Avant chaque concert, on contacte nos amis chanteurs pour connaitre leurs disponibilités et on arrange la setlist en fonction... Si aucun d'eux n'est disponible, on se concentre sur nos morceaux instrumentaux. On adapte aussi notre set en fonction de la programmation de la soirée. Si nous jouons dans un festival indie/post-rock, nous favoriserons les morceaux plus "ambient" chantés par Bastien, et pour un plateau orienté post-metal, nous jouerons plutôt les titres énergiques...

Pourquoi avoir choisi Thomas et Alex ? L'amitié est-elle passée avant leurs qualités ?
Sébastien : Alex Diaz est le chanteur guitariste de The Prestige. C'est un ami de longue date. Auparavant, je jouais dans Doyle Airence, et nos deux groupes se croisaient très fréquemment... Bien que le style de The Random Monsters soit assez ambient et mélodique, nous avons toujours été sensibles à des registres plus agressifs, et la voix d'Alex a donné une dimension incroyable à "Because looking back doesn't mean I can feel safer". Ce titre a fait l'objet de longues interrogations concernant le type de chant souhaité. D'autres personnes ont été envisagées avant lui. Nous sommes vraiment comblés par cette collaboration. Concernant la présence de Thomas Noël sur "Wolf's gate", cela s'est fait assez naturellement également. On se connait beaucoup moins, mais je suis fan de son album sorti sous le nom de Bodie dans un style folk/atmosphérique. Nous lui avons envoyé le morceau instrumental, et il a enregistré ses voix à distance. C'est un brillant mélodiste et arrangeur. La façon dont il empile ses pistes vocales est assez impressionnante.

Les concerts sont assez rares, on peut espérer vous voir bientôt sur scène ailleurs qu'à Paris ?
Sébastien : On y travaille. Mais à l'heure où les associations se cassent la gueule, et où la prise de risque des programmateurs est de plus en plus rare, c'est difficile. D'autant que nombreux d'entre eux n'hésitent plus à demander aux groupes de jouer gratuitement. Gagner de l'argent, on s'en fout, mais un défraiement c'est quand même le minimum... De plus, notre style à mi-chemin entre plusieurs sous-genres ne joue peut-être pas en notre faveur à ce niveau.

Pierre-Marie Croquet a réalisé le clip d' "Up in the sky", il est superbe, c'est un vrai court-métrage, comment ça a été possible ?
Sébastien : Pierre-Marie est un fan de la première heure. Il nous suit depuis toujours et en tant que professionnel de l'image, il a gentiment proposé de mettre ses talents au service de notre musique. Nous lui avons donné carte blanche. Il a écrit ce scénario et s'est rendu en Bretagne avec le jeune comédien Oscar accompagné de sa maman Nathalie. Il a assuré à lui seul, avec l'aide de Nathalie, la réalisation, la captation, le montage... Il joue aussi le rôle du père dans le clip.

The Random Monsters - Going home Il est aussi l'auteur de l'artwork, très beau mais je le trouve un peu froid et binaire alors que Going home est plutôt chaleureux et humain, pourquoi ce choix ?
Sébastien : Pierre-Marie possède une réelle sensibilité artistique. On se sent proches de ses choix esthétiques. Nos précédents artworks avaient été réalisés par un artiste/photographe malaysien appelé Azlan MAM08. Pour cet album, on n'a pas réussi à se mettre d'accord sur un concept. De son côté, Pierre-Marie avait réalisé cet artwork que nous avons adoré. Il n'y a pas eu de réflexion poussée pour établir un lien entre le visuel et nos chansons. Cela nous parlait, et c'était suffisant...

Elle propose une symétrie tout comme la tracklist de l'album, vouloir que tout soit équilibré, c'est une sorte de TOC ?
Gaétan : On a bien réfléchi à l'enchaînement des morceaux en effet. Au départ on devait ouvrir avec le long titre instru "No church" mais finalement on a composé "Wolf's gate" quelques jours avant l'enregistrement et on l'a positionné en ouverture de l'album. Ce dernier reprend un peu les accords de "Harrison" qui clôture l'album. Ça nous a permis d'obtenir cet effet symétrique recherché. Et effectivement, on peut retrouver cette symétrie dans l'artwork.

Enregistrer au Studio Sainte-Marthe avec Francis Caste, c'est une évidence ou vous avez débattu de l'éventualité d'aller voir ailleurs ?
Sébastien : L'idée d'aller voir ailleurs nous a effleuré l'esprit. Mais le Studio Sainte Marthe est notre QG. Notre local de repète est au sous-sol, tout notre matos est sur place, on s'y sent bien... De plus, Francis Caste, le maître des lieux, comprend parfaitement notre musique et notre démarche. C'est devenu un ami proche avec qui il est hyper agréable de collaborer...

Maintenant, la suite, c'est quoi ?
Sébastien : De la nouvelle musique et autant de concerts que possible... Désolé pour cette réponse totalement originale.