ratm_promo.jpg Sur le parvis du Palais Omnisport de Paris Bercy (POPB), on sent la frénésie qui gagne les arrivants successifs. Ou comment 17 500 personnes qui n'ont a priori pas grand chose en commun se rassemblent en un seul et même endroit pour assister à la grande messe du rock'n'roll. L'attente est grande depuis ce matin là où plus de 10 000 personnes se sont levées pour obtenir le précieux sésame et l'attente devant les grilles se fait longue, surtout pour certains arrivés tôt dans la matinée. L'entrée dans la salle est laborieuse, mais ça y est. L'antre se remplit par vague, jusqu'à ce que les lumières s'éteignent pour laisser entrer Saul Williams sur la scène. Malgré une affluence loin de son zénith, tout le monde se lève, et se rassoit très vite. La musique épileptico-électro de l'américain se heurte à un public amateur de rap et de métal. On rie gentiment sur la tenue du concerné, et on pleure franchement en pensant à Cypress Hill, un temps préféré à Saul Williams pour assurer la première partie. En complet déphasage avec l'audience, le groupe se fait largement siffler et ceux qui applaudissent le font par unique respect pour l'artiste. 30 minutes qui paraissent le triple, et des sifflements qui inquiètent. Impossible de ne pas repenser à ce concert chaotique de Nirvana où la première partie, choisie par le groupe, avait été largement huée.
Les lumières se rallument pour montrer une salle presque comble, où la fosse grouille de fans remontés à bloc. L'attente se fait longue, et l'audience s'échauffe, se manifestant entre chaque chanson et espérant ce fameux "noir scène" qu'elle attend depuis des mois maintenant. Depuis les gradins, les regards se posent sur quelques personnalités venues assister au show : Kemar (No One Is Innocent) attend impatiemment le début du concert comme un fan de la première heure ; au centre de la fosse, installé confortablement, Dj Kilmore (Incubus) fait l'amitié de sa présence à ses potes de scène. Après une heure d'attente, les lumières s'éteignent enfin, c'est l'hystérie. Aux premières notes de "L'internationale", qui prend possession des enceintes pour accompagner la montée des couleurs de Rage Against The Machine, tous les poings se lèvent. Une immense étoile rouge monte progressivement pour finalement occuper tout le fond de scène. Il est là ce moment, cet instant où 17 500 personnes ne font plus qu'un pour accueillir leur groupe. "Testify" entame les hostilités avec hargne, et c'est tout Bercy qui se met à sauter en rythme, fosse et gradins réunis pour une débauche d'énergie intense. Dans ce mouvement collectif, plusieurs regards se croisent, inquiets par le mouvement du sol : est-ce que ça va tenir ? Car Zack et sa bande se démènent pour faire trembler le sol, et autant dire que le public parisien est réceptif. Suit "Bulls on parade", où l'on commence à réaliser que ce sont bien eux, quelques mètres devant, que ça y est, et qu'il va falloir tout donner. Très tôt Tom Morello ne tient plus en place, sautant sans arrêt, comme dans toutes les vidéos de l'époque. RATM est de retour, avec son énergie caractéristique, et ses défauts, car il y en a. Dans sa fougue de "jeune groupe", le combo fait face à des moments de flottement rythmique assez récurrents. Mais dur de rester là-dessus quand Zack De La Rocha et Tom Morello se plient en deux sur "Sleep now in the fire", assurément l'un des temps forts du concert, où tout le côté rock'n'roll du groupe prend le dessus et fait se soulever tout Bercy. L'intrusion de "Renegades of funk" dans la setlist est la bonne surprise de la soirée, reprise en choeur et à gorge déployée. "Bombtrack", "Bullet in your head", "People of the sun", "War within a breath" démontrent que les automatismes sont encore là, que RATM est présent. Zack fait largement participer le public, notamment sur la fin de "Know your enemy", où il laisse le micro au public sur All of which are American dreams. Un concert aux allures de "Best of live" qui se termine sur le couple "Freedom" / "Killing in the name", là où la salle donne ce qui lui reste d'énergie en hurlant "Freedom", et Fuck you I won't do what you tell me avant que Tom Morello ne mette fin à cette synergie par un dernier accord destructeur.
Certes, des problèmes de son ont parfois gâché la performance dantesque du groupe, privant le public du son de façade et ne laissant que celui des retours. Certes certains "hits" n'ont pas été joués. Certes tout le monde s'accorde à dire que le concert a été court. Mais ce show a fortement marqué, les esprits et les corps. À la sortie, certains finissent la soirée en entonnant l'Internationale, manière de rendre hommage à un groupe politiquement et musicalement emblématique. D'autres, hagards, ont encore du mal à réaliser que, de passage à Paris, RATM a réalisé beaucoup de rêves cette soirée-là.