Si par de nombreux aspects dans les idées qui passent par les mots, Queen(Ares) nous invite à faire des choix, il semblerait que musicalement, le groupe ait décidé de ne pas trop en faire au moment de poursuivre leurs aventures. Pas question de se calmer ou de s'énerver, de partir dans plus de core ou plus de doom, de se concentrer sur un style plutôt qu'un autre, les Nordistes ont continué de tout faire en y allant encore plus à fond.
Est-ce que c'est parce que From this ground, from this sea a pas mal tourné sur ma platine ou parce que Queen(Ares) a encore plus travaillé les arrangements et les enchaînements ? Certainement les deux (oui, je ne ferais pas de choix non plus !), mais à l'écoute de Choices, je me suis moins laissé surprendre que lors du premier album, quand on les sait capables de passer d'une ambiance à une autre et de tout renverser en deux accords, on les sent un peu plus venir et on évite le piège. Ainsi, il semble évident qu'après l'introductif "Choices" particulièrement doux, s'écoulant comme un petit ruisseau à travers la campagne, on va se faire agresser comme jamais. Chant éraillé, basse VI (un instrument hybride entre la basse - son grave - et la guitare - 6 cordes et accordage - qui est en partie à l'origine du son bien gras de Loathe) et guitare à fond, basse et batterie qui tabassent, c'est le mur du son qui nous franchit. Le break ou plutôt la série de breaks qui suit est d'une classe folle avec des variations de tonalités, de poids dans le chant (la partie "claire" sonne assez grungy, j'adore) et de rythmes, les mesures se fracassent jusqu'à une vraie accalmie, quelques notes et quelques coups de baguette suffisent à changer l'ambiance. Et bien sûr, la machine se remet en route, moins vite mais plus grave, la bête "For rice and flowers" se remet à nous dévorer par épisodes. Quelle entrée en matières ! Le chant clair et la délicate guitare de "What if the soul remains" agit comme un pansement, nos émotions se stabilisent quelque peu dans la contemplation de l'édifice qui se construit devant nous, tout en sachant très bien que cette structure a une espérance de vie réduite... Son inéluctable destruction se fait cependant avec une rage contenue, Queen(Ares) prouvant qu'ils ne sont pas obligés de jouer dans les excès pour se faire remarquer. On peut, par exemple, distordre le son pour apporter plus de lumière (quelle intro que celle d'"An upward trail", avec encore cette voix chaleureuse qui me rappelle Mark Lanegan), le mariage avec les sons lourds se fait sans accroc. On garde la tension pour la suite et "Black corridors", les galeries souterraines qui servaient à l'exploitation du charbon, c'est une partie de l'histoire de la région, elle a rarement été si bien mise en musique (coucou Galibot). Les atmosphères, comme les chants de Charly et Max, s'entremêlent de nouveau sur "Exiles", mais c'est bien avec "Darker than before" que le combo enfonce le clou de ses expérimentations musicales avec une longue partie instrumentale captivante qui démontre que le travail des voix n'est pas leur seule arme de séduction massive.
Pour la playlist qui accompagne la sortie de chaque mag, on choisit notre titre favori de l'album, parmi les six de Queen(Ares), il faut que je fasse le fameux choix... Le rollercoaster "For rice and flowers" ? L'émouvant et tendu "Black corridors" ? Le post/prog trippant " Darker than before" ? "What if the soul remains" pour ses chants ? Finalement, ce sera "An upward trail", mais c'est vraiment parce que pour le coup, le choix est obligatoire...
Publié dans le Mag #71


