Gary Meskil, bassiste-chanteur, mais surtout âme de Pro-Pain, dit simplement pour expliquer la longévité du groupe : "it's all about integrity". Et effectivement, le groupe stigmatise toutes les qualités qu'on attend d'un groupe engagé, sans toutefois rester enfermé dans un son, dans une rythmique.
Tout cela à donc commencé en 1992 à New York, lorsque le dit Gary claque la porte de son groupe, The Beast (à qui il dédiera une chanson de The truth hurts), pour enfin former son propre groupe. Pour ca, il s'entoure de Tom Klimchuck à la gratte et Dan Richardson aux percus, et le trio devient Pro-Pain. Dès 1993, leur première bombe est lancée avec la sortie de Foul taste of freedom. Originellement, le chanteur devait être Billy Milano (MOD, SOD...), mais suite au désistement de ce dernier une semaine avant l'entrée du groupe en studio, c'est donc Gary qui au pied levé prend alors la double casquette basse et chant, pas rien quand on voit l'intensité de jeu du groupe. Avec un certain recul, ce contretemps est en fait un élément fondateur du Pro-Pain qui, aujourd'hui encore écume les planches du monde entier : le groupe aurait-il pu en être ici aujourd'hui avec Billy Milano comme frontman ? Toujours est-il que même sans la notoriété de ce dernier, ce premier album connaît immédiatement un succès étroit mais planétaire. Etroit parce que Pro-Pain ne s'adresse pas au grand public, ne cherche à conquérir personne, Pro-Pain ne vient pas à toi, c'est toi qui dois aller à Pro-Pain ! Mais néanmoins planétaire car dès 93 l'album était dans les bacs un peu partout en France et en Europe. Puis la suite vient très vite, dès 1994 le groupe confirme son talent, et sort un The truth hurts dans un style radicalement différent de l'album précédent. On y remarque notamment la présence d'Ice-T (à l'apogée de Body Count) sur un morceau, mais surtout les premiers d'une longue série de changements de line-up : Tom Klimchuck convalescent est remplacé par Nick St Denis en lead et Mike Hollman en rythmique, et le trio devient quatuor, accélère son jeu, mute. Dans la foulée, histoire de marquer son public au fer rouge, Pro-Pain entame sa première tournée mondiale, et ne limite pas sa vision de la France à Paris, pour le plus grand bonheur des fans de province. Ils y découvrent un Gary Meskil caché sous sa capuche, enchaînant par paquets de 2 ou 3 ses chansons boostées en BPM, sans prononcer le moindre mot superflu... charismatique ! Puis il faut attendre 96, et là encore les bougres tapent fort avec Content under pressure et ses titres mythiques "Shine" ou "Box city"... Histoire de ne pas bousculer les habitudes, là encore le son n'a rien a voir avec son prédécesseur, le line-up change et le groupe enchaîne sur une tournée mondiale. Question line-up, ce sont toutes les grattes qui passent à la trappe, avec grand retour de Tom Klimchuck en lead, épaulé cette fois par Rob Moschetti. Et Pro-Pain continue sa route, et avec la régularité d'un métronome, et sort en 1998 leur quatrième album, simplement intitulé Pro-Pain. A ce jour encore, cet album éponyme reste comme l'un des plus aboutis du groupe, et tout le génie de Meskil pour trouver LE riff qui va bien s'épanouit dans la nouvelle orientation du groupe. Question line-up, originalité dans les habitudes : pour une fois les gratteux restent, c'est donc le batteur, présent depuis le premier album, qui part. Dan Richardson rejoint Life of Agony, et est remplacé par Dave Chavarri, ancien de Type O Negative. Puis intervient le plus grand virage dans la vie du groupe, trouvant sa source dans ces sempiternels changements de formation, mais changement qui restera le dernier enregistré à ce jour. C'est carrément toute la section rythmique de feu les superbes The Spudmonsters qui rejoignent Meskil et Klimchuck : Eric Klinger en guitare rythmique et Eric Matthews à la batterie. Le jeu de double pédale surpuissant de ce dernier donnera une forte influence au style du groupe. Alors que jusque-là les compositions se basaient sur une rythmique simple et des mélodies percutantes, avec Acts of god en 99 c'est pile poil l'inverse qu'ils nous délivrent. Le groupe reste en constante mutation, et la tournée à suivre montre, si besoin en était, que le public leur est resté fidèle. Et ils vont confirmer dans cette nouvelle voie dès 2000 avec un sixième album sobrement intitulé Round 6 et un passage au Gibus. A peine trois mois après, le groupe sort un live, Road rage véritable témoignage du culte que voue Pro-Pain à la route depuis tant d'années. Lorsqu'on va à un concert de Pro-Pain, on peut avoir quelques certitudes : le groupe va être à fond, les chansons seront jouées plus vite, et enchaînées les unes aux autres, va y avoir du furax dans la fosse et on va entendre des morceaux de tous leurs albums sans exception. Et si on regarde d'un peu plus haut, la fidélité du public français est loin d'être un cas isolé puisqu'à chaque fois qu'ils nous rendent visite depuis 96, ils en font de même chez nos voisins anglais, allemands, autrichiens, polonais ou espagnols. Pro-Pain est définitivement un groupe de scène, qui au demeurant assure sur ses albums ! Enfin, depuis l'arrivée des ex-Spudmonsters, la production du groupe devient frénétique, et après les albums de 99 et 2000, le live en 2001, les voici qui début 2002 sortent leur tout dernier bébé Shreds of dignity. Comme quelques uns uns de ses prédécesseurs, cet album a connu quelques difficultés de distribution puisque censé sortir mi-mars, l'album n'était toujours pas disponible presque un mois après, d'où tournée promo qui fini par être avant que l'album soit disponible... ah ben bravo la distrib ! Enfin, les extraits écoutés nous promettent déjà une nouvelle tuerie sauce Meskil, un album digne petit-fils d'Acts of god et fils de Round 6.
Mais finalement des changements importants vont suivre peu après. Ils quittent d'abord leur label Nuclear Blast pour rejoindre l'équipe de Spitfire. Puis c'est au tour de leur batteur Eric Matthew, dont le style apporta une nouvelle couleur au son Pro-Pain, de quitter le groupe. Il retourne dans sa ville de Cleveland, où il avait quitté les Spudmonsters, pour rejoindre un autre membre éminent de la scène hardcore locale, Ringworm. Il est remplacé par Rich Ferjanic, ex-membre de Run Devil Run et In Cold Blood. Toujours en vitesse de croisière, le groupe sort en 2003 un nouvel album concept. Proche de l'esprit de Road rage, Pro-Pain sort un album exclusivement composé de reprises, hommage au groupes qui les ont marqués. Pas de vrai album donc, mais n'en doutons pas c'est pour 2004 !
Pro-Pain, ca fait maintenant une décennie qu'ils font partie du paysage hardcore mondial, et même si durant ces années ils ont toujours évolué, ils n'ont malgré tout jamais tourné le dos à leurs valeurs, à leur honnêteté vis à vis d'eux-mêmes et de leur public. Je vous le disais un peu plus haut, Pro-Pain, it's all about integrity.