Point Mort

Biographie > Bien vivant

Avec son premier EP (5 titres mais ils forment un ensemble plus long que certains albums), Point Mort apparaît comme la nouvelle sensation post hardcore parisienne. Formé en 2014, le groupe réunit cinq membres d'horizons divers (Olivier jouait avec In The Guise Of Men, Kowal était guitariste chez Escape From Paris) mais qui ont en commun un certain sens de l'esthétisme et la volonté de bousculer quelque peu une scène très masculine. Car, là où Point Mort fait d'abord la différence, c'est par la présence au micro de Sam, une chanteuse qui n'à rien à envier à Candice (Eths) ou Jennifer(Noein). Après de nombreuses répétitions, quelques concerts (avec When Icarus Falls, Cendres, Hierophant...), ils enregistrent et mixent avec Sylvain Biguet (Comity, Revok, Klone, Trepalium...) puis font masteriser par Nick Zampiello (Isis, Rosetta, Converge, No Vale Nada...), un "duo" déjà à l'oeuvre pour le Resilient de Remote. Ce premier opus intitulé Look at the sky sort avec l'aide de l'asso Almost Famous qui en plus d'organiser des concerts fait un peu de production (Tankrust par exemple).

Interview : Point Mort, Mise au Point Mort (avril 2025)

Interview : Point Mort, Point Mort au Hellfest (juillet 2022)

Point Mort / Chronique LP > Le point de non-retour

Point Mort - Le point de non-retour Depuis toujours, Point Mort est compliqué à suivre et à définir, ce nouvel opus ne nous facilite pas les choses, mais l'artwork attire notre attention sur la dualité. La peinture présente deux femmes, l'une clairement en souffrance tandis que l'autre semble apaisée et réconfortante, répondant au cri rouge sang par une rose et une caresse. Et si c'était la clef ? Un groupe qui présente un déchirement et cherche dans le même temps à nous consoler ?

Le point de non-retour débute par une ambiance assez malaisante, une introduction malmenée par des grognements/hurlements qui deviennent des mots plus humains avec une touche d'électronique pour décor, on ne sait pas trop où l'on va et s'il faut vraiment y aller, mais on se laisse emporter jusque "An ungrateful wreck of our ghost bodies", une des pièces maîtresses de l'opus. Très hardcore avec une agressivité dingue et une cadence folle, le titre gagne encore en intensité avec les variations du chant, parfois plus clair (mais pas moins énervé), parfois complètement growlé... On se retrouve soudainement dans l'œil du cyclone, ne reste qu'une voix douce sur quelques notes éparses, c'est presque heavenly voice avec une ambiance à la Brutus du plus bel effet, la machine se remet en route et les mélodies prennent le lead pour une fin de morceau envoûtante... jusqu'à un dernier accès de colère contré par des guitares scintillantes. Wouaw. L'autre très gros morceau de l'album est le suivant : "The bent neck lady", ouvert par une voix limpide et seule, elle se durcit, devient démoniaque et joue sur les deux registres, comme si Sam était atteinte de schizophrénie... Tiens, et si les deux femmes de l'artwork étaient deux visages de la même personne ? Deux expressions différentes au sein d'une même entité, comme ce que l'on écoute et entend... Particulièrement chargé en émotions, le morceau est déchirant, lacérant même si on se réfère à ses dernières secondes. "Skinned teeth" semble moins se poser de questions existentielles et trace tout droit, dans ce maelstrom expéditif et ultra violent, quelques pointes de légèreté viennent relever la sauce mais pas l'allonger (le tout tient en moins de 3 minutes). On reprend sur du mélodique et soudain, ça tombe, c'est assez lourd et alors qu'on pense se faire écraser, on affronte un break assez surprenant qui nous fait perdre l'équilibre, l'ensemble est au final assez décousu et on peut moins se laisser embarquer, peut-être "Le point de non-retour" a-t-il été atteint ? Pas mon passage préféré, le break sur "lecur" est plus lisible, je préfère donc largement cette composition qui est attaquée par un chant autoritaire et puissant avant que des harmonies délicieusement doublées qui viennent brouiller les pistes hurlées, en live, il faudra faire un choix, Sam ne pourra se dédoubler... Il nous reste un peu d'énergie pour croiser "Der", sa lumière, ses méandres, ses écorchures et encore des mots et des maux qui tourbillonnent dans notre esprit.

Point Mort maîtrise à merveille son trouble dissociatif de l'identité, laisse s'exprimer toutes ces idées, mais c'est de ce chaos que naît leur belle harmonie.

Publié dans le Mag #65

Point Mort / Chronique LP > Pointless...

Point Mort - Pointless... Pourquoi ? Hein, sérieusement... Pourquoi ? Pourquoi se la jouer fleur et pastel ? Pourquoi nous envoyer des pétales roses, violet et turquoise si c'est pour nous arracher la tronche dès la première seconde ? C'est quoi le but ? Rappeler que Point Mort assume sa part de féminité ? Bullshit ! Conneries. Le groupe n'a rien de féminin, même sur les parties les plus claires et douces (Sam a une putain de voix qui sait tout faire), il n'y a rien de sexué, encore moins de sexuel, chercher des œstrogènes, c'est peine perdue, la seule touche féminine de ce Pointless..., c'est le "la" qu'on fout devant hargne, violence, brutalité, sauvagerie et fureur.

Variant les plaisirs entre écorchures et caresses à l'émeri, variant les langues pour les titres des morceaux, variant la longueur des compositions, il serait vain d'essayer de tracer le profil type d'une chanson de Point Mort, on peut passer de sonorités noisy à une rythmique black, d'un chant pop à un pilonnage en règle et sans détour. Si j'ai, par le passé, évoqué le post hardcore pour définir leur style, il est en fait bien plus complexe avec des éléments math, prog et même d'autres assez simplement "rock". On a donc un métal qui touche à tout mais n'est pas dénué de sens car aucune des touches n'est superflue, l'édifice construit reflète leurs émotions et nous ramène à des sensations, plutôt malaisantes certes, mais assez jouissives à écouter.


Point Mort ne respire toujours pas la joie de vivre (malgré donc cette fausse piste lors du premier contact visuel avec Pointless...), les Parisiens continuent de se forger une identité à part en amalgamant différents outils dans un même but : toucher leur cible. Et sache que tu es la prochaine !

Publié dans le Mag #51

Point Mort / Chronique EP > R(h)ope

point mort - r(h)ope Il n'est jamais évident de se construire une identité forte quand on est un nouveau groupe, Point Mort est un de ceux qui a brillamment réussi cette épreuve avec son premier EP Look at the sky, un chant féminin qui sait tout faire sur une base post-hardcore, c'est suffisamment rare pour que cela retienne l'attention. Deux ans plus tard, les Parisiens continuent de travailler cette identité avec une musique qui écartèle les oreilles et un visuel qui reprend les codes du précédent opus, ajoutant un jeu de mot dans le titre de l'album puisqu'il mélange l'espoir à la corde (R(h)ope), et celle qui accompagne le digipak est plutôt synonyme de désespoir le plus total.

Qu'ils soient pesant ou découpant à toute vitesse option black, les sons amenés par le groupe et ciselés par Amaury Sauvé (dans tous les bons coups en ce moment puisqu'il sort Soja Triani et a enregistré Bison Bisou, No Vale Nada, Vesperine...) sont d'une efficacité redoutable. Le combo ne lésinant pas sur les breaks, les cassures, les ruptures et les changements radicaux d'ambiance, la qualité de l'ensemble était une obligation, la première piste, "Wiara" permet de dissiper toutes les craintes éventuelles de ce côté-là et de faire le tri parmi ceux qui vont survivre à l'expérience Point Mort et les autres qui jetteront peut-être l'éponge dès ce premier passage dans la lessiveuse. Sam montre un peu plus de fragilité sur "Christopher" mais sa dureté refait vite surface pour quelques hurlements angoissés qui contrastent avec la guitare acoustique, les choses dégénèrent et si le chant écorche ensuite moins les tympans, il faut encore sacrément s'accrocher pour garder la tête hors de l'eau. C'est peine perdue sur le grindesque "White and viole(n)t". L'apparition du français ("La contre-addiction") rappelle Eths alors que musicalement, on ne sait plus trop où l'on est, au cœur d'un titre métallique, tiraillé et déchirant mais au-delà de ça, c'est assez complexe à définir avec des adjectifs classiques. Le "post" revient avec l'étiré "Précision chaos" où les riffs se déposent en couches successives assez lentes avant de démultiplier la vitesse d'exécution jusqu'à l'épuisement.

R(h)ope est un album qu'on subit et dont il sera difficile de venir à bout à moins d'y être un tant soit peu préparé avec une bonne santé mentale comme physique et une appréciation d'un métal bigarré qui se joue des tiroirs et des codes préétablis. Pour les plus valeureux, il faudra de nouveau s'y confronter pour y trouver un peu plus de plaisir, la connaissance de la mesure qui suit casse certes la surprise mais apporte le sentiment de ne plus se faire malmener et d'être enfin maître de ses émotions.

Publié dans le Mag #40

Point Mort / Chronique EP > Look at the sky

point mort - look at the sky Point Mort fait dans ce qu'on appelle le post-hardcore et si un paquet de groupes officient dans ce style et ses dérivés (Amen Ra, Year of No Light, When Icarus Falls, The Ocean, Moanaa, Impure Wilhelmina...), c'est le premier qui arrive jusque chez nous avec une frontwoman. Et non seulement elle sait envoûter par un chant assez paradisiaque, mais en plus, elle maîtrise à la perfection l'art du hurlement propre au post-métal. Et elle arrive à suivre les cadences les plus black où son talent pour le chant clair donne davantage de profondeur au titre ("Laberinto"). Car si le combo est déjà excellent dans ses passages les plus obscurs, c'est quand le chant et la musique s'éclaircissent qu'il tire son épingle du jeu et s'extirpe de la masse de congénères tout aussi bons. Écoute "Make the loop circle flat" ou "Plastic rainbow" et vois comment faire le trait d'union entre un The Gathering (celui de la grande époque de Mandylion) et Cult of Luna ! À ces chants exceptionnels, les instruments répondent par une maîtrise technique et artistique là aussi sans fausse note, du plus serein au plus violent en passant par des éléments purement rock dans l'idée mais bien saturés, Point Mort fait étalage de nombreux talents en à peine cinq titres.

Tu l'auras compris, on est très emballé à l'écoute de ce premier Look at the sky d'autant plus que ce n'est que leur premier EP ! Au sein d'une scène foisonnante, il faut réussir à se démarquer pour marquer les esprits, pari gagné, maintenant, on passe la première et on prend la route pour jouer partout en concert !

Publié dans le Mag #28