point mort - r(h)ope Il n'est jamais évident de se construire une identité forte quand on est un nouveau groupe, Point Mort est un de ceux qui a brillamment réussi cette épreuve avec son premier EP Look at the sky, un chant féminin qui sait tout faire sur une base post-hardcore, c'est suffisamment rare pour que cela retienne l'attention. Deux ans plus tard, les Parisiens continuent de travailler cette identité avec une musique qui écartèle les oreilles et un visuel qui reprend les codes du précédent opus, ajoutant un jeu de mot dans le titre de l'album puisqu'il mélange l'espoir à la corde (R(h)ope), et celle qui accompagne le digipak est plutôt synonyme de désespoir le plus total.

Qu'ils soient pesant ou découpant à toute vitesse option black, les sons amenés par le groupe et ciselés par Amaury Sauvé (dans tous les bons coups en ce moment puisqu'il sort Soja Triani et a enregistré Bison Bisou, No Vale Nada, Vesperine...) sont d'une efficacité redoutable. Le combo ne lésinant pas sur les breaks, les cassures, les ruptures et les changements radicaux d'ambiance, la qualité de l'ensemble était une obligation, la première piste, "Wiara" permet de dissiper toutes les craintes éventuelles de ce côté-là et de faire le tri parmi ceux qui vont survivre à l'expérience Point Mort et les autres qui jetteront peut-être l'éponge dès ce premier passage dans la lessiveuse. Sam montre un peu plus de fragilité sur "Christopher" mais sa dureté refait vite surface pour quelques hurlements angoissés qui contrastent avec la guitare acoustique, les choses dégénèrent et si le chant écorche ensuite moins les tympans, il faut encore sacrément s'accrocher pour garder la tête hors de l'eau. C'est peine perdue sur le grindesque "White and viole(n)t". L'apparition du français ("La contre-addiction") rappelle Eths alors que musicalement, on ne sait plus trop où l'on est, au cœur d'un titre métallique, tiraillé et déchirant mais au-delà de ça, c'est assez complexe à définir avec des adjectifs classiques. Le "post" revient avec l'étiré "Précision chaos" où les riffs se déposent en couches successives assez lentes avant de démultiplier la vitesse d'exécution jusqu'à l'épuisement.

R(h)ope est un album qu'on subit et dont il sera difficile de venir à bout à moins d'y être un tant soit peu préparé avec une bonne santé mentale comme physique et une appréciation d'un métal bigarré qui se joue des tiroirs et des codes préétablis. Pour les plus valeureux, il faudra de nouveau s'y confronter pour y trouver un peu plus de plaisir, la connaissance de la mesure qui suit casse certes la surprise mais apporte le sentiment de ne plus se faire malmener et d'être enfin maître de ses émotions.