Pénitence Onirique Pouvez-vous vous présenter car vous utilisez tous des pseudos ? Je crois être en présence de Bellovesos (neveu du roi des Bituriges, peuple celte du VIe siècle qui a fondé une colonie en Italie du nord), guitariste, et de Diviciacos (druide celte) au chant ?
Bellovesos : (rires) Alors, oui, tu as raison, je suis bien Bellovesos le guitariste.
Logos : Et moi, c'est Logos, le chanteur, mais je change de pseudo à chaque album. Logos signifie la vérité, le souffle du Christ, le verbe, les paroles du Christ.

Effectivement, la pochette du dernier album avec cette couronne d'épines représente certainement celle du Christ. On note également la passiflore, fleur de la passion, du désir. Vous avez développé dans cet album la théorie du mimétisme de René Girard. Je vous remercie, car grâce à vous, j'ai appris quelque chose car je ne connaissais pas du tout...
L : En vrai, c'était un des buts de cet album. Le but est de susciter la curiosité des gens et évoquer ou expliquer des choses dans le fonctionnement humain.

Pourquoi avez-vous mis en lumière cette théorie ? Cela devait beaucoup vous parler ?
L : Je me suis intéressé à René Girard il y a longtemps. Il a écrit beaucoup de livres se basant sur les grandes œuvres littéraires en remontant jusqu'à la Grèce antique. J'ai trouvé cela intéressant et j'ai creusé un peu plus. Il s'est intéressé à la religion par le prisme du désir et je trouve que cela m'a ouvert plein de portes, cela m'a donné des réponses à des questions : Pourquoi la religion ? Pourquoi est-elle aussi importante ? Pourquoi, dans une époque comme la nôtre sans spiritualité, sans sacré, cela ne fonctionne plus ? Pour la théorie du mimétisme, tu admires une personne et tu as envie d'avoir ce qu'elle a, on confond donc le désir d'avoir et le désir d'être. D'où tous les conflits qui en résultent. Désir et rivalité mimétique conduisent à la violence. On passe du tous contre tous à tous contre un : le bouc émissaire. Jésus Christ est le bouc émissaire ultime, l'innocent, alors que les autres boucs émissaires étaient tous coupables, c'est l'ambivalence des dieux païens.

Vous restez toujours dans les mêmes thèmes ? D'où le nom de votre groupe, car la pénitence évoque la religion catholique qui accorde une place primordiale à la repentance et au pardon. Le groupe est bien né à l'ombre de la cathédrale de Chartres ?
L : (rires) Oui, c'est vrai. Il y a une influence évidente de la religion, nous avons été bercé par cela, il y a une ambiance particulière selon les saisons. Il y a un truc qui se passe. Il y a un côté très intimiste, une atmosphère de recueillement à l'intérieur de la cathédrale qui nous a beaucoup inspiré. C'est un vaisseau qui transite dans les époques et qui a également inspiré nos premiers albums et on brode un peu autour du thème de la religion. Il y a une influence évidente de Chartres car nous y avons grandi, on s'y est connu. C'est une ville qui a une aura.

Donc, le thème du sacré est très présent chez Pénitence Onirique. Il y a une chanson qui est dédiée au Christ dans votre dernier album. Si on va jusqu'au bout de la théorie du mimétisme, il n'y a que deux solutions : soit on s'autodétruit, soit on rejette toutes formes de violence. Dans vos textes, vous privilégiez quelle solution ?
L : En fait, là, ça touche au côté religieux, catholique de Girard, pour lui c'est le retour du Christ et il y a un nouveau cycle. Beaucoup de philosophes ont cette théorie du cycle. Moi, je n'ai pas d'idée, j'expose juste les choses. Pour moi, son concept fonctionne et cela ouvre des voies pour comprendre pourquoi cela ne fonctionne plus.
B : Et peut-être essayer de désamorcer les choses avant qu'il ne soit trop tard. Mais c'est avant tout mettre en lumière un mécanisme de violence qui se répète.

Comme on vient de le voir vos influences sont multiples, vous puisez dans vos vies, la littérature et chez les philosophes. Mais quelles sont vos influences dans la musique ? Qu'est-ce qui vous porte ?
B : Beaucoup de choses, nous sommes comme des buvards. La première chose qui va nous inspirer, c'est la tonalité de la musique, la tranche de fréquence travaillée. De là viennent des notes, des sonorités qui peuvent s'intégrer à ça.

Qui compose dans le groupe ?
B : Moi et depuis qu'on a le line-up vraiment complet, tout le monde participe.

Pénitence Onirique L'arrivée de votre batteur en 2023 vous a permis d'évoluer musicalement ?
B : Oui, avant on tournait avec un batteur de session. Et pour la composition et l'enregistrement du dernier album, on avait besoin d'avoir quelqu'un d'appliqué. On le connaissait d'avance, c'est un vieil ami. Et d'avoir pu converger ainsi c'est top, car il connaît notre mentalité et il avait une bonne expérience scénique et musicale dans le milieu extrême. Ça ne pouvait que le faire.

Le rythme dans votre dernier album est plus rapide, plus soutenu ?
L : Putain, oui, ça fait du bien ! (rires)
B : Avec notre nouveau batteur, on a maintenant les moyens de le faire. Il est notre colonne vertébrale. On s'appuie sur lui pour la création des morceaux, il nous offre plus de possibilités. On partage la passion de la musique avec les autres membres et de façon non professionnelle, ce qui est encore, plus beau, plus pur à notre avis.

Vous êtes d'ailleurs en collaboration avec Les Acteurs de L'Ombre qui est un label de bénévoles ?
L : Ils font tout avec le cœur ! Ils ont été à l'origine de la formation du groupe pour les lives car ils nous ont poussé à nous produire sur scène. On n'était que deux à l'origine de Pénitence Onirique. Ce groupe, c'est une histoire de rencontres et d'opportunités fortuites. On nous a proposé la date des feux de Beltane en 2018, on s'est préparé pendant un an pour ce premier concert. Répétitions tous les week-ends !

Comment s'est donc passé ce concert aux Feux de Beltane ?
L : C'était fou, un souvenir mémorable ! C'est notre concert charnière.
B : On reprenait la scène, cela faisait très longtemps que nous avions arrêté. Ils nous ont mis juste avant la tête d'affiche, Dark Space, cela nous a mis la pression, mais de la bonne façon. Je pense que les gens ont kiffé. C'est le concert qui a lancé le groupe.

Tous deux, vous vous connaissez depuis longtemps, vous avez déjà partagé d'autres groupes. Pénitence Onirique, c'est le groupe de votre aboutissement ?
L : Oui, c'est notre troisième groupe, depuis 2015/2016. Il n'y aura pas autre chose que Pénitence Onirique, on a encore beaucoup de matière à travailler.

Je vous ai découvert pour la première fois en live à la Scène Michelet en 2020. C'était les premiers concerts assis où nous étions tous masqués et l'atmosphère était un peu angoissante. Pour autant, j'ai passé un super bon moment, lovée dans un grand canapé Louis XV et j'ai pris une belle claque musicale. Je voulais vous en remercier. Et vous, comment avez-vous vécu la période COVID ?
B : Pour nous , cette date a été cool. Mais le confinement nous a coupé l'herbe sous le pied. On venait de sortir un album et on n'a pas pu le défendre. Cette date nous a fait du bien, nous a fait cracher le venin, même si le contexte était particulier. Ça a fait du bien à tout le monde ce soir-là. C'était cool, une bouffée d'air frais.

Pénitence Onirique J'avais été fascinée par vos masques qui amplifient encore le côté sacré, thème cher à votre groupe.
B : On en change à chaque album, on aimerait bien, un jour, avoir les moyens de les conceptualiser nous-mêmes.
L : La partie masque, visuelle, c'est assez freestyle chez nous. C'est le truc qu'on fait en dernier, la musique avant tout.

Avez-vous une anecdote émouvante ou marrante à l'occasion de vos concerts à nous raconter ?
L : Non, pas vraiment, on est des gars cools, il nous arrive jamais rien de particulier. On croise les doigts pour que ça dure !
B : Ah si au Hellfest, le groupe Delivrance, de chez Les Acteurs de L'Ombre également qui jouait avant nous, j'ai pris conscience que le chanteur était un pote d'enfance de Chartres et du même collège ! On avait déjà des groupes de musique à l'époque.

Quelle est votre actu ?
B : Pas mal de choses qui arrivent. Des dates près de Bordeaux, le Finisher Fest en Autriche en novembre. J'aimerais bien qu'on aille un peu plus vers ces pays car les groupes qui en sont issus m'influencent beaucoup comme Der Weg qui m'a incité à reprendre ma guitare pour créer Pénitence Onirique. Ce sont des groupes qui me parlent vraiment.
L : La scène européenne de l'Est a l'habitude des riffs qui perchent, on aura, je pense, un public réceptif. On va avoir aussi la composition du prochain album, mais pour l'instant, la page est blanche.

Vous composez d'abord la musique, puis, toi, Logos, tu écris les paroles ?
L : Oui, c'est bien cela. Je n'ai pas de thème, mais j'aimerais bien me laisser aller. Je ne sais pas encore sur quoi, mais toujours quelque chose de très romancé. J'aimerais bien tester l'écriture automatique, c'est un bon délire. Je ne sais pas si je suis assez patient pour ça. Mais j'aimerais bien essayer de me livrer plus, encore plus perso si possible, sans prendre le pas sur l'univers du groupe, bien sûr. Cela va dépendre des riffs qu'ils vont sortir. Pas de limite musicale.