Parlor

Interview : Parlor, Intervi OU : Parlor ou Saar (janv. 2022)

Parlor / Chronique LP > Tears for everything

Parlor Tears for everything Avec Parlor, on n'est pas trompé sur la marchandise : un artwork particulièrement sombre (les couleurs entre gris et noir, un visage inquiétant qu'on devine) et un titre évocateur (Tears for everything), les Parisiens ne sont pas là pour la rigolade. Non, au menu, de la souffrance et des larmes pour tout ce que tu veux. Youpi.

"Youpi" ironique ou pas ? Tout dépend de ton état d'esprit. Soit tu n'as pas trop la patate, et alors, oui, c'est un peu sarcastique, et s'enfermer dans la noirceur du quatuor n'est pas une excellente idée... Au contraire, si tu aimes les sensations fortes provoquées par la musique, si tu apprécies le chaos, et les ambiances black (à fond) ou post (lourdes et lentes) et un son à la granulométrie élevée, alors, c'est un "Youpi" premier degré car il y a de quoi se réjouir d'avoir une nouvelle production de Parlor qui excelle avec un core ouvert à de multiples influences toutes plus noires les unes que les autres... De nombreuses variations et des titres assez courts font que le temps passe très vite, d'écorchures growlées à une mélopée plus claire, de riffs ultra puissants à des coups de bistouri bien tranchants, on se prend des rafales de séquences HxC bien carrées avant de se faire malmener par une dynamique au groove bien crade, mais qui nous fait bouger quand même, et parfois tout cela sur la même plage, le combo ayant un talent certain pour mixer les ambiances et sauter de l'une à l'autre avec une facilité déconcertante. Même s'il n'est pas forcément représentatif de l'ensemble, j'ai une attirance pour "Cement diktat", peut-être à cause de son énorme basse, morceau plus posé, avec une voix filtrée (qui me fait penser à quelques traficotages testés par Therapy? par le passé) qui se déchire et remue les tripes. À noter que le clip fait rimer danse et violence, choix audacieux et réussi lui aussi. "The drop" est dans la même veine, j'adore aussi.

"Abyss" (construit avec le spécialiste des machines Paul Void) à part, on a peu de samples sur ce nouvel opus, ça le rend plus direct, plus brut, plus abrupt, ça nous laisse focus sur le son et les déchirements, c'est donc tout sauf un hasard.

Publié dans le Mag #69

Parlor / Chronique EP > Comments

Parlor - comments Si tu reconnais ce son, c'est que t'es vieux. L'EP de Parlor commence presque comme un vulgaire post facebook puisqu'on entend le sample d'un enchaînement numéro de téléphone puis réponse de modem. Les Parisiens nous emmènent donc sur Internet avec Comments, plus que les mots, l'illustration passe un message clair, entre la perte de temps, les prises de tête et le peu de cervelles de certains, mieux vaut mettre un gros coup de batte dans la tronche de son ordinateur et des réseaux sociaux en particulier. Si tu te demandes comment un mignon petit chat peut déclencher autant de violence, écoute "Insta cat" où comment la vie d'un chat influenceur se transforme en brûlot Hard Core Chaotique. A croire que la vacuité énerve un poil certains followers. Toujours très explosif, le HxC se fait presque grind sur "Fighting the blue" expédié en moins de 100 secondes... Et carrément post sur "Pervitin", une amphét' qui a calmé les esprits qui s'égarent dans le vide avec une distorsion lancinante et des échos inquiétants après avoir tout saccagé au début du morceau. Parlor fait donc régulièrement le grand écart entre parties alambiquées assez déliées et charges ultra denses où les respirations attendent la fin de la plage, rythmiques et sonorités changent régulièrement et ne permettent pas de loger le combo dans une seule case, c'est ce qui fait leur singularité et leur attrait car quelles que soient les voies explorées, ça fonctionne. Même quand ils ajoutent des samples sortis de nulle part (un miaulement, un dialogue, un commentaire off de 1947 sur le futur), c'est parfois le bordel et je conçois que ça ne doit pas être évident d'imaginer à quoi ça ressemble à partir de mots mais je t'encourage à aller écouter (ou voir le clip) pour te faire ton idée. Dis-toi que le jeune label Source Atone Records n'a pour l'heure pas fait de mauvaise pioche (Korsakov, Demande A La Poussiere, Junon, Nefastes...), c'est donc, déjà, un gage de qualité.

Publié dans le Mag #49