Old Man Gloom - No Ils sont (enfin) de retour. Huit ans après leur dernier méfait studio, les Old Man Gloom reviennent aux affaires par le biais d'Hydrahead (Isis, Jesu, Pelican, Torche...), avec cet alliage de sludge/doom de plomb et de post-hardcore en acier trempé ici identifié sous le patronyme de No. Là autant dire qu'on en prend plein les écoutilles parce qu'en une petite huitaine d'années écoulées, les membres du groupe - pour rappel il y a ici du Cave In, Converge, Doomriders, Isis, Zozobra - ont emmagasiné tout ce qu'il fallait comme background artistique pour livrer un disque à la fois brutalement acerbe et sauvage, frontalement violent, insidieusement aliénant. Choc thermique assuré.

Une violence crue, viscérale qui suinte par tous les pores des sept pièces qui font suite à l'inaugurale et ténébreuse intro qu'est "Grand inversion", Old Man Gloom ne se sera caché que quelques deux minutes et vingt-quatre secondes d'une mise en place énigmatique et ambiancée, patiente mais déjà sournoisement annonciatrice d'un chaos imminent. Le calme (relatif) avant une première poussée de tension qui conduit à l'explosion de rage brute survenant lors de "Common species". Débordant de haine et de sauvagerie lourde, de cette bestialité massive qui ébrèche les tympans avec un sentiment d'accomplissement total, ce premier vrai morceau de l'album ne cherche pas à cogner pour cogner mais plutôt à poignarder l'auditeur de manière à lui laisser des traces indélébiles. Engeance diabolique d'un album nihiliste et misanthrope (d'où le No du titre ?) ce premier morceau, comme ses successeurs, refuse de manière catégorique la simple notion de concession. Quitte à provoquer de sérieux dommages collatéraux.

Des cicatrices émotionnelles le meurtrissant dans sa chair et un déferlement qui se poursuit avec un court, mais intense, "Regain / rejoin" à la bestialité maîtrisée. omniprésente. Un condensé de ce que le groupe a de plus violent en lui et qui exsude sur des compositions de la trempe d'un "To carry the flame" brutal au groove rock vaporisé par un tsunami post-sludge-doom-hardcore thermonucléaire ("The forking path"). On pense avoir tout vu, tout entendu, tout subi. et c'est alors qu'Old Man Gloom décide de laisser l'auditeur, pourtant exsangue, mariner dans un bain d'acide bruitiste se reposant aux confins du drone/ambient, avant de lui faire subir une véritable séance de trépanation auditive avec "Shadowed hands". Le coup de bluff ultime et le pire, c'est qu'il remet ça quelques instants plus tard avec "Rats". Carnassier, OMG dévore alors goulument la platine et aliène son auditoire jusqu'à le perdre sur un "Crescent" crépusculaire mais subrepticement inquiétant, puis de tout lâcher sur un "Shuddering Earth" monstrueux de puissance déflagratrice.

Rien à redire, cet Old Man Gloom-là porte en lui quelque chose de viscéral et définitif, sorte de solution ultime aux turpitudes d'un genre trop souvent galvaudé par les temps qui courent. Mais ça, c'était avant. avant que les grands mamamushis de la catégorie ne reviennent remettre les choses en place, histoire de redéfinir les règles jeu. Rien de moins. Rien que ça.