Ocoai - Breatherman Cover Il y a des groupes, comme Ocoai qui sont (jusqu'à maintenant) restés dans l'ombre alors qu'ils méritaient assurément mieux que cette indifférence relative avec laquelle ils ont marqué les premières étapes de leur discographie. Breatherman, album inaugural - sorti il y a plus de trois ans - d'un quintet américain de très haute volée, bien qu'encore confidentiel, en est la preuve absolue : on a affaire à du très très lourd. Et si "O bowen" prend un peu trop de temps avant de lancer la machine, une fois celle-ci mise sur orbite, au travers d'une construction aux nombreux sens de lecture, on dérouille sévère. Lourdeur post-metal tellurique, des déferlantes de riffs-éclairs qui lézardent une atmosphère saturée en décibels, section rythmique qui cadenasse chaque pulsation instrumentale, Ocoai frappe d'entrée très fort et pourtant, les morceaux qui lui succèdent vont montrer qu'en réalité, il n'a encore rien fait.
La suite va réserver quelques moments de maestria formelle rare, surtout qu'elle se voit doublée d'une sens de l'écriture particulièrement aiguisé pour parvenir à quelque chose qui sorte régulièrement du commun (l'éponyme "Breatherman"), sans pour autant verser dans l'expérimental égocentrique. Ocoai évoque parfois un mélange de Mogwai et d'Explosions in the Sky lorsqu'il explore les sillons d'un post-rock stellaire et panoramique, comme il se rapproche d'un cocktail Junius vs Pelican vs Rosetta quand il se plait à allier puissance métallique (mais contemplative) et immersion doom/rock onirique (le très beau "Manifestant"). Les morceaux se suivent, le groupe change de registre, varie les climats, les atmosphères qu'il instille : de l'aérien et intimiste "Pour rêver" (Sigur Ros n'est plus très loin) au déflagrateur postcore/rock doomy et massif de "Babble", en passant par l'imposant "Lunoir". Ocoai nous fait passer par tous les états et impose durablement sa griffe.
Une brève conclusion prenant la forme d'un interlude au clavier (le bien nommé "Libérer le piano") et voici que les américains boucle avec une maîtrise effarante, la boucle d'un premier album, rappelons-le encore, à la maturité détonante en même temps qu'à l'intensité rare. Ou la preuve que le talent n'attend pas le nombre des enregistrements et qu'il peut tout aussi bien survenir à tous moments, même dès les débuts d'un groupe qui n'a depuis lors plus besoin que d'un coup de pouce du destin pour exploser à la face du monde. En l'état, ce Breatherman est un petit chef-d'oeuvre et rien d'autre.

A écouter d'urgence : tout. Absolument tous les morceaux de l'album. Et religieusement s'il vous plaît.