The Ocean - Fluxion [Réédition] Flashback : nous sommes en 2004, The Ocean a sorti l'année précédente Fogdiver et s'apprête à marquer son premier vrai coup de Trafalgar sur la scène postcore européenne. Son titre : Fluxion. Cinq et demi plus tard, les albums Aeolian puis Precambrian ont installé le groupe tout en haut de la hiérarchie des formations qui comptent sur le vieux continent et Pelagic Records, le label de Robin Staps (de The Ocean justement) décide de rééditer Fluxion. Mode relifting complet on : remastering, nouveau mixage, les parties de chants réenregistrées, nouvel artwork et livret très classe, cette réédition fait les choses en grand et pour une fois dans l'histoire des re-sorties de disques, mérite amplement le simple fait que l'on s'y attarde. En clair, c'est là l'occasion idéale pour les retardataires de se pencher enfin sur cet album.
On ne va pas réécrire ce qui a été dit partout ailleurs sur cet album... d'autant que les deux camps peuvent ici s'affronter. D'un côté les puristes adeptes de l'œuvre originelle (avec Mike Pilat au chant, lequel a depuis quitté le collectif), de l'autre, ceux qui apprécieront ce Fluxion 2.0 revu et corrigé de manière à le rendre plus homogène avec ses successeurs et sans doute plus en phase avec les ambitions de ses géniteurs. Question de point de vue, de goût et de manière d'appréhender la création sans doute. Quoiqu'il en soit, les collectionneurs seront comblés ne serait-ce que par l'objet, esthétiquement très réussi et de fait parfait écrin pour un album qui fait évidemment bien plus que tenir la route. La preuve dès "Nazca" avec grosse puissance de feu qui met ce Fluxion sur orbite. Guitares acérées, section rythmique mastodonte, nappes progressives et un caractère épique affirmé, ce titre d'ouverture déclenche les hostilités d'entrée de jeu en développant parfaitement les différents éléments du post-hardcore deluxe "made by" The Ocean.
Après cette solide mise en jambe, place au plat de résistance et à des titres de la trempe de "The human stain" ou "Comfort zones". Autant de brûlots postcore haineux trempée dans l'écriture acide d'un Neurosis, ne serait-ce qu'un terme de matraquage agressif et de démembrement auditif systématique, ici assénés sans jamais oublier cet aspect progressif qui fait également la signature du collectif germanique. Le rouleau compresseur fait alors des ravages et le propos, distillé avec un sens aigu de la dramaturgie métallique ne peut décemment laisser de marbre. Les titres s'enchaînent implacablement (l'éponyme "Fluxion", l'ébourriffant "Equinox") et The Ocean ne semble jamais déserrer son emprise. Déversant quelques flots de haine sur les amplis, développant des compositions aux architectures moins figées qu'il n'y parait au première abord, le "groupe" se fait ainsi le chantre d'un postcore organique et salvateur dont l'essence même repose sur son évolution permanente, paradoxalement inscrite dans une ligne directrice précisément définie ("Dead on the whole" et son refrain guerrier, le très beau "Isla del sol"). Entre noirceur palpable et harangue métallique, Fluxion est de ces albums sans concession qui forgent le style d'un groupe, lequel démontrera par la suite l'efficacité et tout l'intérêt de son concept. Un dernier coup de boutoir hardcore avec "The greatest bane" et voici que l'on ressort de cet album avec la furieuse impression d'avoir assisté à la naissance de quelque chose de grand mais avec quelques paires d'années de retard...