Metal Métal > Nostromo

Biographie > notre trauma, Nos tromo

La Suisse compte environ 6,5 millions d'habitants et je suis curieux de savoir quel est le pourcentage de Suisses qui jouent dans un groupe, parce que oui, Nostromo vient aussi de Suisse, la liste est déjà longue pour les groupes de métal (Shovel, Unfold, Pornchild, 7tone, ...) mais on n'est plus à un prés. Bref, Nostromo vient de Suisse, existe depuis 96, a sorti quelques démos (dont des vinyls) et a calmé tout le monde dés 98 avec un album du nom de Argue, sorti chez Snuff Records, la maison de Knut et Fragment pour ne citer qu'eux. De là à "Aaaargh !", il n'y a qu'un pas, c'est ce qu'on fait ceux qui l'ont entendu parce que comme chacun aura pu comprendre Nostromo fait dans le "HardCore métal saupoudré d'influences thrash et grindcore" (c'est pas moi qui le dit mais la bio). En gros, ça bastonne. Une tournée en France et des concerts aussi ravageurs que leur album les font atterir chez le label rennais Mosh Bart (distribué par Overcome Records). Et c'est pour ce label qu'ils enregistrent à Genève (par TVO) le maxi 5 titres Eyesore qui me triture les oreilles. Sa sortie en 2000 permet à Javier (chant), Jérôme (gratte), Maik (batterie) et Lad (basse) de faire une tournée en France avec Ananda et de contaminer l'Europe.
En 2002, le groupe fait confiance à Miesko de Nasum pour enregistrer son album (en Suède), Ecce lex sort à l'automne et permet au groupe d'encore et encore grandir...Mars 2004, une bombe explose, Hysteron-Proteron, une bombe ... acoustique, Nostromo ne recule devant rien pour nous mettre à genoux...
Mai 2005 : c'est terminé. Merde.

Review Concert : Nostromo, Godzilla s'attaque au Lyon

Interview : Nostromo, Nostromo au Hellfest 2023

Interview : Nostromo, A cheval avec Nostromo (Oct. 2022)

Interview : Nostromo, Narrinterview (avril 2019)

Interview : Nostromo, Interview avec un vaisseau bruyant (déc. 2017)

Interview : Nostromo, interview de Nostromo (avril 2004)

Nostromo / Chronique LP > Bucéphale

Nostromo-Bucephale Et oui, tu n'y échapperas pas ! Tu vas bouffer de la référence historique comme à chaque fois qu'un groupe choisit un titre d'album qui émoustille ma fibre professionnelle ! Bucéphale donc, ce "cheval à tête de bœuf" (d'où les cornes sur le fantastique artwork de Dehn Sora), réputé indomptable et maté par Alexandre le Grand (alors qu'il n'a pas encore ce surnom), son fidèle destrier qu'il suffisait de faire galoper dans la direction du soleil pour éviter qu'il ne voit son ombre. Ce n'était peut-être qu'un simple canasson mais son maître l'a rendu mythique en partie lors de sa mort puisque celui qui l'aime y fonda une ville en sa mémoire : Bucephalie (oui, Alexandre n'avait pas une grande imagination, on dénombre aussi une quinzaine d'Alexandrie...). Associé au conquérant, il est devenu un symbole de puissance et l'histoire de son dressage un message pour le futur, Alexandre est promis à une grande destinée, une idée popularisée par Plutarque deux cents ans après, quand c'était bien plus facile de parier sur lui et son ombrageux partenaire d'aventures.

Comme tout critique d'art (oui, Nostromo, c'est de l'art), je peux "arranger les noix sur le bâton" en fonction de ce que j'ai envie de dire, pour cet album fougueux, brutal, véloce où l'on trouve aussi de la tempérance et des particules fines de beauté pure, la comparaison est aisée mais je vais éviter d'en faire trop parce que je finirais par où tout nous ramène : un grand coup de sabot dans la tronche. Outre un retour dans le passé (non seulement du côté de l'Antiquité, mais aussi il y a une quinzaine d'années quand le groupe sortait son Ecce lex), ce Bucéphale rime surtout avec grosse mandale, quand tu l'écoutes pour la première fois, tu en prends pour ton grade, quand on n'a plus les yeux en face des trous, et pour rendre la pareille à Lad avec une expression locale, chez moi, on dit qu'on est "démerlé". Mises à part deux plages où l'on peut panser ses blessures ("κατάϐασις" et "Asato ma"), on se fait éparpiller façon puzzle par la puissance démultipliée des riffs et des rythmes qui tabassent à l'unisson. On peut donc remercier Treha Sektori et Monkey 3 pour leurs collaborations respectives, non seulement ces titres sont magnifiques de lourdeur et de noirceur mais en plus, ils élargissent le champ des possibles, démontrant que l'on peut intégrer aisément d'autres instruments et ralentir les cadences sans perdre l'essence de Nostromo. Pour le reste, ça pilonne et ça blaste, c'est un récital, l'analogie est peut-être de mauvais goût mais c'est un peu la Saint-Barthélemy du death. Le combo a coché d'une croix blanche toutes les cases d'un metal violent et, comme Charles IX, laisse libre cours à la tuerie ! Si en août 1572, les sbires du duc de Guise défenestrent, transpercent, poignardent, jettent dans la Seine, émasculent, étripent et pendent les protestants, les Suisses massacrent tout le monde sans exception à coups de double pédale, de riffs mastocs, de basse vrombissante, de hurlements éraillés ultra agressifs, de grésillements et d'une saturation en obésité morbide. Rarement on les a entendus aussi expéditifs que sur "IED (Intermittent Explosive Disorder)" et aussi vindicatifs que sur "Realm of mist" ou "Decimatio".

Un équarrissage en règle dont on ressort sonné (mais en meilleure santé que les huguenots !) et ébahi par tant de talents. Au moins 13, le prix payé par le père d'Alexandre pour son Bucéphale, plus du triple pour un cheval à l'époque, à la nôtre, Nostromo vaut bien aussi trois fois n'importe quel autre groupe dans son genre...

Publié dans le Mag #53

Nostromo / Chronique LP > Narrenschiff

Nostromo - Narrenschiff Enfin ! Ah, déjà ? Oui, parce que quand on m'a demandé pour la première fois ce que je pensais du "Nouveau Nostromo", j'ai commencé par dire "trop court" parce que cette production qui signe leur retour dans les bacs (après deux années de concerts à travers les plus gros festoches et avec Gojira) n'est qu'un EP et fait plus qu'honneur au grind... Les idées étant expulsées à vitesse grand V et nous foutent KO sans qu'on ait le temps de comprendre pourquoi. Un ensemble de 6 morceaux qui sont assez différents (et pas uniquement dans la prod') des "Corrosion" et "Uraeus" qui nous avaient fait patienter...

Essayons de voir ce dont il retourne en douceur ... Peine perdue, même au ralenti, il faut moins de 2 secondes à "The drift" pour nous étendre. Le riffing et le tempo ont beau calmer le jeu en cours de route, on est lessivé par autant de célérité et de facilité à enchaîner les coups. Rares sont les groupes à être capables d'être aussi fin dans la brutalité et la sauvagerie pure. C'est pour ça qu'on aime autant les Suisses et ils nous le rendent bien. "Taciturn" ajoute à la violence une forme de boucle mathématique entêtante qui hypnotise et donne un aspect labyrinthique à un titre d'à peine 200 secondes. Pas de respiration possible, "Superbia" prend l'espace et matraque à tout va. Seules les cinq dernières secondes de la piste permettent aux oreilles, comme au cerveau, de reprendre un peu d'air frais. C'est pour mieux pouvoir se préparer à "As quasars collide", excellente piste (la meilleure ?) qui joue avec les nerfs et les décélérations sans perdre en puissance. S'il fallait encore démontrer que Nostromo est aussi capable d'un peu de douceur, l'introduction de "Septentrion" caresse les écorchures avant de nous retourner la peau et la triturer dans tous les sens.

Et enfin "Narrenschiff", la "Nef des fous", morceau qui fait écho à un long poème écrit par Sébastien Brant au XVème siècle et qui disserte sur la folie humaine. A l'époque Albrecht Dürer, le plus grand graveur de la Renaissance, le met en images et lui assure une renommée internationale, nombre d'artistes s'en inspireront comme Jérôme Bosch ou plus récemment le sculpteur Jürgen Weber dont l'œuvre visible à Nuremberg sert d'illustration à l'artwork. J'aurais peut-être dû commencer par-là, si ce n'était simplement que de la folie ? La voix trafiquée de Rodolphe Burger (Kat Onoma) renforce cette idée, la lecture d'un extrait de l'œuvre originale est malsaine au possible et colle parfaitement aux vers du verset 14 traduit ici par Marc Gautron : "O, fou, n'oublie pas l'échéance ! Ton humaine et mortelle engeance Sera boue, cendre et déchéance. Parmi toutes les créatures douées d'esprit dans la nature Tu es la moindre, écume vaine, Microbe et bâtard à grand peine." Ouais, Brant aurait adoré Nostromo.

Publié dans le Mag #37

Nostromo / Chronique LP > Hysteron-proteron

nostromo : hysteron La nouvelle nous avait laissé dubitatif : Nostromo va enregistrer un CD acoustique et va donner quelques concerts "unplugged"... Comment l'un des groupes les plus violents et les plus techniques qui soient aller pouvoir adapter ses morceaux ? En fait, on se posait la mauvaise question, la seule qu'il fallait se poser c'était "qu'est-ce que cela va donner" ? On a désormais la réponse : ça donne ! Nostromo réussit son pari et nous offre donc un double digipak somptueux : Hysteron-Proteron ! En théorie, il y a un CD acoustique et un DVD "documentaire" sur le groupe et la réalisation de ce Hysteron-Proteron, en pratique je ne pourrais chroniquer que "l'advance", pas de DVD, pas de digipak, juste les titres du CD dans une pochette plastique, et le fait de pouvoir l'écouter quelques semaines avant la sortie ne remplace pas le manque et la "forme" de l'ensemble... Voici donc ce que recèle le fond de Hysteron-Proteron (ou du moins le CD)... 6 titres "studio" et 1 live, "Rude awakening" permet, malgré son nom, une découverte en douceur du nouveau jour sous lequel Nostromo s'offre à nous, la mélodie est mise en avant, le son de guitare est d'une limpidité extrême, la batterie se fait discrète, le chant ne nous agresse pas ... ou plutôt ne nous agresse pas ... tout de suite, car Javier n'a pas totalement calmé ses ardeurs vocales. Le résultat c'est une formidable oxymore guitare/chant, douceur/violence... Quand les accords se font plus agressifs comme sur "Epitomize" (extrait d'Eyesore) ou la fin de "Sunset motel" et que la batterie lâche ses coups, on retrouve le Nostromo qu'on connaît mais avec un son différent, les fans du smart-grind ne sont donc pas déçus ! Par contre, ceux qui avaient du mal à encaisser les assauts "bruyants" des helvètes pourront se délecter des finesses dont le groupe nous abreuve, notamment sur les titres "calmes" présents sur Ecce lex, "Turned black" (et ses intro et outro magnifiques) et le somptueux "End's Eve" (dont le solo régalera les amateurs de guitare sèche). Passée la trentaine de minutes, il nous reste à écouter un extrait live avec les réactions du public et les plaisanteries du groupe ("bonsoir ... on est Eric Clapton"), espérons qu'ils fassent d'autres concerts acoustiques car ça doit plus que valoir le détour !!!

Nostromo / Chronique LP > Ecce lex

nostromo : ecce lex Le grand danger avec le grind core, c'est de se lasser après quelques titres et de ne pas savoir reconnaître les titres entre eux... Nostromo évite admirablement les deux pièges. Ecce lex, littéralement "Voici la loi", en l'occurence c'est celle de Nostromo et je ne pense pas que nombreux seront ceux à tenter de s'y opposer (même durant 16 secondes). Les douze titres de l'album sont une démonstration de ce que peut être un très bon album de métal qui arrache tout sur son passage. Le son (limite larsen) monte doucement, une gratte lâche des riffs sourds et la machine est lancée, "Rude awakening", le réveil n'est pas si dure, techniciens hors pair, les Suisses balancent tout ce qu'ils ont dans le ventre, la voix est un peu en retrait mais ne prend pas trop le temps de souffler, toujours écorchée vive, elle assaille autant que les rythmiques de feu et les fringuants accords flinguants. Nostromo sait alourdir et densifier l'atmosphère mais se laisse également emporté par des envolées qui tourbillonnent autour de nos oreilles telles celles de "Stillborn prophet" ou de l'incroyable "Sunset Motel". Si Nostromo est aussi intéressant dans sa brutalité c'est que le groupe sait aussi écrire des mélodies, mais si lors de ces envolées dont on vient de parler elles se cachent plus ou moins derrière une cascade de riffs enragés, elles apparaissent au grand jour, sans honte, lors d'autres titres comme l'instrumental acoustique "End's Eve" et l'intro du superbe "Turned black". Nostromo ne fait cependant toujours pas dans la pop mielleuse et les Napalm Death restent un de leurs groupes fétiches, "Pull the pin" et d'autres titres sont là pour le rappeler à ceux qui auraient pu oublier ! Ecce lex se termine par une nouvelle reprise, après Napalm Death sur Eyesore, c'est Blockheads et son "Unwillingly and slow" qui est Nostromisé. Le disque s'achève dans une nouvelle montée de son fracassante et c'est terminé, le calme plat. Le silence ne m'a jamais semblé aussi pesant qu'après l'écoute de cet album.

Nostromo / Chronique EP > Eyesore

nostromo : eyesore "Epitomize" est le premier des 5 titres de ce maxi, un petit tour dans le dico anglais/français nous permet d'apprendre que ça veut dire "résumer", mais ce titre ne résume pas Nostromo, il incarne (2ème sens) plus son côté brutal, rapide, son côté 'core'. Double pédale fearfactorienne souvent à fond, chant guttural, guitares à peine essoufflées par un sprint continu, en moins de 2 minutes, on a compris que Nostromo n'était pas là pour plaisanter. Mais bon, "Epistomize" ne résume pas Nostromo et l'intro de "Avoid the truth" montre une autre facette du groupe, le côté plus mélodieux, ou en tout, le côté qui sait créer une mélodie pour la faire imploser ensuite. Le son n'est pas si lourd que ça, la rapidité des riffs et les changements des rythmes cadencent les mouvements de tête de l'auditeur, les breaks où règnent un calme peu rassurant laissent les zicos respirer et bing, on repart. La batterie est assez fabuleuse, chaque morceau regroupe tout un tas de plans ce qui évite de tomber dans cette lassitude qui plombe beaucoup de groupes de grind qui se cantonnent au grind. Là, les rythmes prennent énormément d'importance, l'écoute de "Collapse" nous le confirme, basse et batterie nous pètent à la tronche nettement plus que le chant écorché de Javier. Les passages "calmes" sont assez terribles, ce groupe est vraiment barré ! Ok, ce n'est pas Fantômas mais les titres sont quand même très riches, les effets de stéréo sont habilement utilisés, notamment sur "Twist the knife" (une reprise de Napalm Death) et surtout : ça pulse à mort. Il y a de la rage et de l'énergie dans ces 5 titres et on le sent, alors forcément ça se propage... Hum, j'ai commencé par dire que Nostromo n'était pas là pour plaisanter, bah, je me suis peut-être gourrer étant donné le petit truc caché à la fin (le morceau de Napalm Death presqu'entièrement bruité à la bouche !!!).