Nostromo - Narrenschiff Enfin ! Ah, déjà ? Oui, parce que quand on m'a demandé pour la première fois ce que je pensais du "Nouveau Nostromo", j'ai commencé par dire "trop court" parce que cette production qui signe leur retour dans les bacs (après deux années de concerts à travers les plus gros festoches et avec Gojira) n'est qu'un EP et fait plus qu'honneur au grind... Les idées étant expulsées à vitesse grand V et nous foutent KO sans qu'on ait le temps de comprendre pourquoi. Un ensemble de 6 morceaux qui sont assez différents (et pas uniquement dans la prod') des "Corrosion" et "Uraeus" qui nous avaient fait patienter...

Essayons de voir ce dont il retourne en douceur ... Peine perdue, même au ralenti, il faut moins de 2 secondes à "The drift" pour nous étendre. Le riffing et le tempo ont beau calmer le jeu en cours de route, on est lessivé par autant de célérité et de facilité à enchaîner les coups. Rares sont les groupes à être capables d'être aussi fin dans la brutalité et la sauvagerie pure. C'est pour ça qu'on aime autant les Suisses et ils nous le rendent bien. "Taciturn" ajoute à la violence une forme de boucle mathématique entêtante qui hypnotise et donne un aspect labyrinthique à un titre d'à peine 200 secondes. Pas de respiration possible, "Superbia" prend l'espace et matraque à tout va. Seules les cinq dernières secondes de la piste permettent aux oreilles, comme au cerveau, de reprendre un peu d'air frais. C'est pour mieux pouvoir se préparer à "As quasars collide", excellente piste (la meilleure ?) qui joue avec les nerfs et les décélérations sans perdre en puissance. S'il fallait encore démontrer que Nostromo est aussi capable d'un peu de douceur, l'introduction de "Septentrion" caresse les écorchures avant de nous retourner la peau et la triturer dans tous les sens.

Et enfin "Narrenschiff", la "Nef des fous", morceau qui fait écho à un long poème écrit par Sébastien Brant au XVème siècle et qui disserte sur la folie humaine. A l'époque Albrecht Dürer, le plus grand graveur de la Renaissance, le met en images et lui assure une renommée internationale, nombre d'artistes s'en inspireront comme Jérôme Bosch ou plus récemment le sculpteur Jürgen Weber dont l'œuvre visible à Nuremberg sert d'illustration à l'artwork. J'aurais peut-être dû commencer par-là, si ce n'était simplement que de la folie ? La voix trafiquée de Rodolphe Burger (Kat Onoma) renforce cette idée, la lecture d'un extrait de l'œuvre originale est malsaine au possible et colle parfaitement aux vers du verset 14 traduit ici par Marc Gautron : "O, fou, n'oublie pas l'échéance ! Ton humaine et mortelle engeance Sera boue, cendre et déchéance. Parmi toutes les créatures douées d'esprit dans la nature Tu es la moindre, écume vaine, Microbe et bâtard à grand peine." Ouais, Brant aurait adoré Nostromo.