Nostromo à la Maro 2017 J'aurais pas parié un kopeck sur votre retour il y a un an et demi...
Lad (basse) : Nous, non plus ! (rires) Alors, c'est paradoxal, parce qu'on s'est vu les quatre pour faire un show acoustique au mariage de notre batteur Maik, mais on pensait franchement pas remettre le pied à l'étrier à ce niveau là et enchaîner autant de dates.
Javier (chant) : C'est parti de ce show là, il y a une photo qui a été postée sur Facebook et tout s'est enchaîné à ce moment là. En réalité, c'est pas nous qui avons décidé de refaire tout ça, c'est une suite de demandes.
Lad (basse) : C'est à dire qu'on est dans une logique économique extraordinaire, il n'y avait pas d'offre, en revanche, il y avait une vraie demande. (rires)

Ce retour s'est réellement donc formalisé par deux demandes, d'une part l'appel du Hellfest et d'autre part celui de Gojira pour une tournée commune. C'est une belle histoire, compte tenu des rapports que vous entreteniez avec les deux à l'époque.
Lad (basse) : Effectivement, Gojira faisait notre première partie à l'époque. Et suite à cette annonce de reformation, qui n'en était pas une du tout, on a reçu des appels et des messages pour nous demander la confirmation d'une reformation, si on faisait des dates en mode électrique. Dans les premiers à nous avoir contacté, il y avait le Hellfest. Quand ce festival te contacte en octobre pour jouer en juin, tu ne peux pas refuser, on a dû y réfléchir un quart de seconde avant d'accepter. Et Gojira nous a contacté pour participer à leur tournée en janvier.

Est-ce que vous le vivez comme un flashback, comme revivre sa jeunesse en quelque sorte ?
Lad (basse) : Alors, oui et non. Oui, parce qu'on a retrouvé toutes les personnes qu'on avait croisées sur la route il y a une quinzaine d'années, mais c'est paradoxal parce que c'est comme si on n'avait jamais arrêté pendant ces douze années. On a stoppé à un certain point puis repris au niveau où on était, comme si aujourd'hui était une suite un peu logique.
Javier (chant) : Même mieux, hein !
Lad (basse) : C'est un sentiment de nostalgie qu'est cool sur lequel on est actuellement. On continue de jouer nos vieux morceaux sur les dates qu'on fait là, on a réédité notre catalogue, et on se voit bien composer et refaire des dates pour les temps à venir. Je le répète, tout ça n'était pas prévu à la base.

Votre salle de répèt, c'est la même que celle des débuts ?
Lad (basse) : Oui, toujours la même ! L'odeur n'a pas changé (rires)

Est-ce vos précédents disques qui ont été repressés se vendent bien ?
Javier (chant) : Oui, évidemment, nous n'avons plus besoin de travailler maintenant grâce à ces ventes (rires). "Se vendent bien", ça veut dire quoi ? Tout est relatif, je ne sais même pas ce qu'on a vendu comme nombre d'exemplaires à l'époque. On tenait à jour les comptes mais impossible de me souvenir.
Lad (basse) : On a repressé 1000 exemplaires, mais je ne sais plus si c'est en totalité ou par album (rires). En tout cas, oui, ça part. Le truc, c'est qu'on s'est reformé après un buzz qui s'est établi autour des aficionados de l'époque, mais aussi autour d'un nouveau public qui ne nous connaissait pas et qui nous a réellement découvert sur la tournée avec Gojira. Notre "mission" depuis qu'on est de retour, c'est de toucher ce public là, les fans de Gojira entre autres, les 16-25 ans, ceux qui n'étaient pas là à l'époque. Pour ça, et bien il faut sortir du nouveau matos, être présent dans la presse parce qu'on a pas beaucoup bénéficié des médias.
Javier (chant) : C'est normal, on n'a pas d'actualité ! À part notre reformation, c'est tout.
Lad (basse) : Oui, c'est normal, mais on n'a pas eu de gros trucs dans la presse, à part dans les sphères underground. Il y a rien d'étonnant au final, mais tu te rends compte que, juste avec la reformation, on remplit des salles dont certaines sont sold-out comme ce soir ? Je dis que c'est plutôt bon signe tout ça. Bon, à Béthune, c'est une salle de 50 places aussi (rires). Plus sérieusement, on est assez impressionné par l'accueil qu'on reçoit en général.
Javier (chant) : Toulouse, il y avait du monde, les grandes villes il y a toujours du monde.
Lad (basse) : Ouais, tu as des villes comme Reims ou Besançon, où on jouait à l'époque, c'était plein aussi.
Javier (chant) : Tout ça nous encourage à sortir de nouvelles choses.

Du coup, comment vous vous êtes organisés dans vos vies pour laisser du temps à tout ça ? Car vous aviez d'autres occupations j'imagine.
Lad (basse) : On est tous resté dans la musique. Enfin, presque. Moi, j'en ai toujours fait mon métier. Jaja, toi, t'as toujours joué avec des groupes aussi, dont Elizabeth. Jéjé, lui, il a monté Mumakil. Par rapport à notre organisation, ça nous est tombé dessus, mais comme on est tous indépendant, on arrive à dégager du temps pour ça, on essaie de jongler entre famille, structure et le groupe. Faut arriver à définir les priorités, mais comme Nostromo nous est un peu tombé sur la gueule, de reprendre comme ça avec cet engouement, c'est une chance monstrueuse. Moi, j'ai plein de potes qui font de la musique, des fois je me sens mal à l'aise de leur dire que je vais jouer à Paris et que c'est blindé alors que eux n'ont jamais arrêté et jouent devant dix personnes. Vraiment, on a un bol monstrueux, on a tellement galéré à l'époque que quand la vie te sourit, faut en profiter un maximum.
Javier (chant) : On a galéré ?
Lad (basse) : Oui, on a galéré, on a fait une chiée de dates dans toute la France et en Europe devant personne, on dormait sous les tables. Bon, faut pas croire, c'est pareil encore maintenant (rires).

J'ai vu que vos bénéfices allaient à Rise For Nepal, vous pouvez nous en parler ?
Javier (chant) : Alors ça c'est Ashes Cult, un label de Genève, d'où l'ont vient, qui édite uniquement des cassettes. Ce sont des amis, et ils nous ont demandé la permission de rééditer nos albums en format cassette pour que l'argent aille à Rise For Nepal pour aider les populations qui ont subi les conséquences des tremblements de terre au Népal en 2015. On a travaillé avec le label pour faire un bel objet, un coffret avec des goodies à l'intérieur, ça vient de sortir en 100 exemplaires, c'est ultra confidentiel, ultra limité et c'est pour une bonne cause.

Nostromo à la Maro 2017 - 2 Alors, là, il y a un maxi qui se prépare je crois, ça en est où ? A quoi peux t-on s'attendre ?
Lad (basse) : Alors, effectivement on avait annoncé un maxi pour septembre-octobre 2017, mais on n'a pas réussi à le sortir à cette date là. On a commencé à enregistrer un 2-titres, mais on était pas satisfait du résultat, et là on retourne en studio en janvier pour enregistrer un morceau avec un clip qui va annoncer un maxi qu'on devrait normalement enregistrer dans notre studio qu'on est en train d'ouvrir avec notre ingé-son dans le canton de Vaud. On est donc en train de préparer la suite des évènements. Après cette tournée en France, si on peut appeler ça une tournée, on va finaliser des morceaux et en sortir des nouveaux parce qu'on a besoin d'actualité. On a envie de changer de répertoire, de jouer de nouveaux titres sur scène, de les faire tourner. On en a un nouveau déjà bien rodé qu'on joue à chaque concert, mais ce n'est pas suffisant. Certains sont bien avancés, c'est un peu dans la même veine. Il y a des morceaux qui sont moins rapides, plus heavy mais qui restent bien massif comme il faut, et puis avec Jérôme, on est en train de travailler sur des morceaux qui blastent. Je ne sais pas si les morceaux seront meilleurs ou pas par rapport aux vieux, mais j'ai l'impression que l'assise est différente, ça respire un peu plus. Ce qui est bien avec Nostromo, c'est que les structures des chansons sont différentes, on a notre petit truc qui fait la différence.

Ne craigniez-vous pas que l'effet de surprise et d'engouement concernant votre retour s'estompe avec le temps et que de fait vous soyez exposé à une certaine routine album-tournée qui précipiterai votre séparation ?
Javier (chant) : Ah ben, on est déjà habitué à ça, donc ça va le faire !
Lad (basse) : Alors non, parce que nous allons à notre rythme, on ne s'impose rien. On est parti de ce constat là quand on s'est revu, on prend les choses comme elles arrivent. On vient de te parler d'un maxi, il y a six mois on n'en parlait même pas entre nous, peut-être que dans six mois, on te parlera d'un album, j'en sais rien. En réalité, on a toujours fonctionné comme ça, à l'instinct, au feeling, aux opportunités qui nous ont été offertes. Eyesore est né de notre rencontre avec Overcome Records, le label de Loïc qui est encore notre manager maintenant. Voilà, ce sont les opportunités.
Javier (chant) : Ouais, on est de véritables opportunistes ! (rires) Je ne pense pas qu'on va rentrer dans une routine "enregistrement-tournée-enregistrement-tournée" pour la simple et bonne raison que nous avons tous des métiers à côté, on travaille pour vivre. Nostromo est une belle passion qui nous permet de tourner dans de bonnes conditions mais on ne fera pas 200 dates par an.
Lad (basse) : Pour l'instant, non, c'est certain. Peut-être un jour, s'il nous arrive un truc incroyable. Mais ne nous mettons pas trop la pression, car c'est facile de vite s'essouffler. Comme dit Jaja, on a un job à côté, on a la chance d'être tous des travailleurs indépendants, ça c'est cool pour trouver des créneaux libres pour sortir de notre routine, mais l'idée c'est clairement de durer. On n'est pas prêt pour faire 200 dates par an, pour faire ce saut. Là, ça va, on en a fait une cinquantaine par an, c'est pas énorme mais c'est pas rien non plus, ça nous a permis de retrouver une cohésion et de bonnes sensations. Même si c'est comme le vélo, cela ne s'oublie pas, mais ça prend quand même du temps pour retrouver l'équilibre, les automatismes, l'énergie qu'on avait entre nous, il faut de la scène pour retrouver tout ça, et de vérifier que tout fonctionne entre nous mais aussi avec le public. Nostromo fonctionne à l'adrénaline, c'est comme ça que ça marche.
Javier (chant) : Comme disait Lad, faut se remettre dans le bain. Chaque membre du groupe a eu sa propre remise en jambe. Jéjé n'a jamais arrêté, c'est naturel, il y a toujours des riffs dans ses mains, moi j'avais continué avec le rythme que j'avais avec Elizabeth, Lad, lui c'est que de la basse, donc il s'en fout, mais pour Maik, faut qu'il se remette physiquement dans le truc, c'est pas évident, faut bosser, c'est clair.

À la première époque du groupe jusqu'à votre séparation, il n'y avait pas ou peu de réseaux sociaux, la communication était différente et le buzz sur votre retour s'est fait avec Facebook je crois. Est-ce que vous pensez que Nostromo aurait pu prendre un autre virage à l'époque avec Facebook notamment en matière de renommée ou pour ouvrir le groupe sur de belles perspectives d'avenir ?
Lad (basse) : Oui, je pense. L'information circule plus vite avec des outils comme Facebook.
Javier (chant) : On va pas se le cacher, c'est grâce à Facebook si on est en train de te parler actuellement.
Lad (basse) : La visibilité est juste phénoménale maintenant. À l'époque, il y avait Myspace mais c'est arrivé plus ou moins vers la fin du groupe. Bien évidemment, nous communiquions par fax. Après, les réseaux sociaux, c'est dur aussi car tu as une multitude de groupes dessus, c'est plus la compétition des chiffres, des likes. C'est tout le contraire de notre fonctionnement, on marchait par réseaux à l'époque, pour jouer, enregistrer, etc. Si Nostromo commençait aujourd'hui, je ne suis pas certain que ça marcherait.
Javier (chant) : On a beau avoir créé un buzz sans le vouloir sur Facebook, on est pour autant complément ridicule sur ce réseau, on a pas beaucoup de likes.
Lad (basse) : Mais c'est normal aussi, on en a pas acheté ! (rires) Et puis, encore une fois, on a rien à vendre, pas d'actu, pas de disque.
Javier (chant) : Ouais, puis les réseaux sociaux faussent aussi, t'as des groupes qui ont plein de likes mais qui ne font rien du tout, même pas de tournée.

Heureusement qu'il y avait les webzines à l'époque, hein ?
Lad (basse) : Oui, et puis heureusement aussi que nous sommes sponsorisés par Jacquie et Michel (rires)
Javier (chant) : Ça nous arrivait de lire des webzines.
Lad (basse) : J'étais plus fanzine, moi

Nostromo à la Maro 2017 - 3 Est-ce que vous reconnaissez l'héritage Nostromo chez certains groupes depuis votre split en 2004 jusqu'à aujourd'hui ?
Les deux : Absolument pas !
Lad (basse) : Il faut déjà être capable de jouer du Nostromo (rires)
Javier (chant) : Je vois pas trop, peut-être Promethee ?
Lad (basse) : Non, eux nous citent plutôt comme une référence. Toute façon, on ressemble déjà à des groupes. L'œuf ou la poule ? On saura jamais.

Vous avez mis en stand-by les groupes que vous aviez montés pendant que Nostromo hibernait ?
Javier (chant) : On ne les a pas mis officiellement en stand-by, mais par la force des choses, il y a bien fallu qu'on stoppe. Elizabeth était déjà en stand-by car le guitariste et le batteur ont monté un projet pop-punk et un label. Mumakil aussi c'est en pause pour X raisons, mais je crois qu'un album est en préparation. Et toi Lad, t'es en stand-by avec toi-même, c'est ça ? (rires)
Lad (basse) : J'ai monté mon studio de mastering, je ne fais que ça, c'est mon métier, et puis je suis en train de monter un studio d'enregistrement.

Dernière question qui est une requête auprès de vos amis de Knut : Vous ne pourriez pas leur dire qu'ils se réforment aussi et de venir faire une tournée avec vous, ce serait super ! Vous avez des nouvelles ?
Javier (chant) : Hey mais il y a tellement de monde qui nous demandent des nouvelles. À Reims, y'a un mec qui m'a demandé le contact de Didier et de Roderic pour qu'ils se reforment.
Lad (basse) : Je crois que ça va être compliqué là.
Javier (chant) : Très très compliqué car géographiquement ils sont désormais éloignés, à droite, à gauche, mais sait-on jamais.