Norma Jean : Redeemer En cette veille de grande messe populaire autour de la béatification de Karol Wojtyla aka Jean-Paul II, quoi de plus normal que de s'offrir un petit flashback sur Redeemer, album culte de la carrière de Norma Jean, depuis près de quinze ans formation leader, outre-Atlantique, de la vague metalcore dit "chrétien" ? Cela dit, on peut gloser quinze plombes sur l'état d'esprit assez conservateur du groupe, ça n'a au fait aucune espèce d'intérêt. Ce qui nous concerne par contre, ce sont donc les onze torpilles métalliques que le groupe envoie dans les conduits avec une efficacité hors du commun. On commence par le fuselé et atomique "The end of all things will be televised", on termine par un thermonucléaire "No passenger, no parasite" chargé de vitrifier le studio et entre les deux, neuf autres grenades à fragmentations qui ébrèchent les membranes les plus exercées... ça calme.

Guitares qui font saigner les tympans, une rage brute qui transpire sur les amplis par le biais de vocaux qui lâchent tout dans les micros, section rythmique qui martyrise les fûts en imprimant un tempo infernal, "A grand scene for color film" n'est que le deuxième titre présent au tracklisting de Redeemer et déjà, l'auditeur lambda rend les armes. La puissance de feu d'un croiseur et une précision chirurgicale avec visée laser, Norma Jean, frappe fort, mais précis. Et n'en met jamais une miette à côté de l'autel. Tant pis pour les tympans transformés en cratères, "Blueprints for future homes" puis "A small spark vs. a great forest" s'enfoncent tour à tour dans les brèches et marteau-pilonne à tout va, exsudant encore un peu plus cette fureur acharnée qui caractérisait déjà le tout premier titre de l'album, en sus d'une maîtrise formelle de tous les instants. Détonnant.

Les titres se suivent, les riffs s'entrechoquent, la violence se fait toujours plus abrupte et limpide, les américains empilent les parpaings, l'auditeur encaisse. Foncièrement metalcore, monolithique et animal, Redeemer n'est pourtant pas que cela, insufflant quelques doses de rock'n'roll ou de grunge à un ensemble incroyablement bien charpenté, qui, sur des titres de la trempe d'un "Like swimming circles" ou d'un "Cemetery like stage" permet au groupe de se présenter comme le nouveau spécialiste ès-équarrissage auditif de la scène metal/hardcore nord-américaine. Les décibels concassent, l'auditeur trépasse, Norma Jean tartine les enceintes avec un "Amnesty please" parfaitement dantesque, affine son swing hardcore et balance la tripaille dans les tuyaux. Un dernier shot avec "Songs sound much sadder" et on termine là avec la démonstration de force d'un groupe qui n'a jamais fait mieux depuis. En même temps, là il y avait quand même du sacré niveau... de quoi se dire qu'on ne prend pas tous les jours une raclée pareille...et à ce petit jeu-là, Norma Jean est véritablement divin. La baffe metalcore ultime qui donne envie d'aller à la messe le dimanche. Amen.