Neurosis - Sovereign En attendant un nouvel album des patrons de la catégorie "poids-lourds post-hardcore metal de la mort", Neurot Recordings livre une réédition de Sovereign, sans doute le disque le moins estimé de la discographie du groupe, pour diverses raisons dont la plus évidente est qu'il s'agit là d'un EP compilant les chutes de studio du phénoménal Times of Grace. Là forcément, tous B-sides qu'ils soient, si ces morceaux n'ont pas été retenus sur le tracklisting final de l'album, c'est peut-être pas pour rien. Soit. Mais en même temps, c'est quand même là aussi qu'on peut se dire qu'un disque mineur de Neurosis sera toujours deux ou trois classes au dessus des neuf-dixièmes de la production actuelle moyenne. Et ouais.

"Prayer" et sa rythmique tribale obsédante ouvre l'EP : les californiens ne chargent pas trop le morceau et livre ici un titre inaugural aux atmosphères décharnées, porté par un sentiment de désolation et de résignation prégnant. Sans en faire trop, sans chercher à assommer l'auditeur, Neurosis travaille sur l'émotion brute, délaissant les artifices et surtout cette dose de plomb qui lui permet habituellement d'écraser les amplis sous des kilotonnes de magma post-hardcore inextricable. Pour ça, il faudra attendre la suite et un "An offering" qui débute pourtant sous les mêmes auspices avant de progressivement lester l'ensemble de quelques plans qui justifient à eux-seuls la réputation du groupe. Un fidèle lecteur et contributeur occasionnel disait de leur set de Dour 2011 que l'on avait l'impression "de se prendre une planète dans la gueule tellement leur son était massif", tout est dit à deux ou trois détails près dans cette simple phrase.

Un interlude instrumental basé sur un exercice de style rythmique parfaitement exécuté ("Flood") histoire de préparer le terrain en "douceur" et voici que Neurosis libère la bête : soit morceau-titre de son Sovereign et ses quelques treize minutes seize secondes d'une démonstration de maestria post-hardcore métallique tétanisante et destructrice. Les éléments se déchainent, l'ordinaire se désagrège et laisse place à quelque chose de toujours aussi peu commun même si on est familier de la discographie du groupe. Et les américains de s'appuyer en plus sur un son assez monstrueux puisque remasterisé pour l'occasion (de cette réédition s'entend...). Un bon point, que vient contrebalancer la présence au tracklisting de "Misgiven", lequel ne figurait pas sur l'édition originelle. Et force est d'admettre que là, on comprend pourquoi tant le morceau n'apporte rien. Pire, il a même tendance à bien vriller les tympans et nous donner envie d'abréger l'écoute de ce Sovereign avant son terme. Pour le reste, on l'a dit, même un Neurosis qui ne force pas son talent reste hautement recommandable...