When I see the sun always shines on TV "Rien ne sert d'être vivant, s'il faut qu'on travaille" disait André Breton dans Nadja (1928)... Les Nadja pensent apparemment l'inverse. Et ces deux-là, pour les suivre, faut s'accrocher. Entre les albums, les participations aux compils, les splits (dont le dernier en date, avec A Storm of Light, n'est dispo que depuis quelques semaines), Nadja continue d'empiler les sorties à un rythme qui frise de très près la frénésie boulimique. Et quid d'un album de reprises ? Il n'y avait qu'à demander, Leah et Aidan s'y collent et nous servent aussitôt dit ce When I see the sun always shines on TV qui annonce du lourd... du très lourd. Et pour cause, Codeine, My Bloody Valentine, Elliott Smith, The Cure et les dieux Slayer, forcément, avec une telle affiche, ce disque ne peut que braquer l'attention sur le duo canadien. Et à lire la tracklist, on se prend à rêver. Une ouverture avec le "Only shallow" de My Bloody Valentine, ou le shoegaze passé en mode "Nadja" et une saturation qui emplit la pièce pour enfermer l'auditeur dans une prison sonique, le noyant sous un déluge électrique pour s'emparer de son esprit. Et le pire dans tous cas, c'est qu'il en redemande. Un coup d'essai ? Un coup de maître que le groupe s'appliquera à reproduire ici avec une régularité qui frise la science-fiction. Le suivant à passer sous le mixeur canadien n'est autre que Codeine. Formation culte mais un peu trop méconnue de ce côté de l'Atlantique, éminent spécialiste d'une musique souvent qualifiée de "slowcore". Veut dire quoi "slowcore" ? Et bien en gros, que ça exploite une mélancolie d'une profondeur abyssale, que c'est lent, raffiné, en clair : possédé par une tristesse insondable... Et récupéré par Nadja ? C'est juste brillant, languissant, pesant... et brillant (bis). Avec son sens aigu des tempi léthargiques, le couple enchaîne sans se presser avec les Swans. Pourquoi se presser après tout lorsque l'on est certain de son coup en reprenant avec classe une valeur sûre. On se prend à attendre le clash, la sortie de route, la faute de goût de la part de ce qui ne peut pas décemment s'offrir un grand chelem comme ça, sans ciller... Et bien ce n'est pas vraiment avec la reprise du "Dead skin mask" de Slayer que l'on va être servi. 10 minutes et des poussières enfermés dans une gangue de plomb avec les dieux du metal, Nadja a tout compris. Lourd, vénimeux, sauvage... En un mot : dantesque. Grésillement bruitiste, basse amples, le groupe se réapproprie ceux dont il a décidé de reprendre les morceaux et le fait avec son style si particulier, sa griffe inimitable bien connue des amateurs du genre. Entre noise, drone et doom, le tout avec une petite touche métallique qui bétonne l'ensemble, on assiste à la démonstration de force et de maîtrise d'un groupe capable d'aérer sa musique sur une cover d'Elliott Smith ("Needle in the hay") comme d'enfoncer les conduits auditifs sur le "The sun always shines on TV" de A-ah. Un petit dernier avec du The Cure pour conclure ? C'est possible et c'est absolument magistral.