Split Nadja | Fear Falls Burning Entités parmi les plus prolifiques de petit monde des musiques expérimentales, Nadja et Fear Falls Burning ont, à l'image d'un Merzbow ou d'un Justin K.Broadrick (ex-Godflesh, Jesu, Final, J2), un rythme de sorties particulièrement élevé et donc compliqué à suivre à moins de ne cibler que cette scène musicale. A raison d'un album, EP ou split par trimestre en moyenne, les canadiens Aidan Baker et Leah Buckareff d'une part, le belge Dirk Serries d'autre part ont grandement contribué au développement d'une scène musicale certes, underground, mais foisonnante. La logique artistique supposant un rapprochement évident, il n'était pas surprenant qu'après une première collaboration en 2006 (We have departed the circle blissfully), les deux entités remettent le couvert près d'un an plus tard (via Conspiracy Records) à l'occasion de ce split éponyme composé de 4 morceaux pour une grosse heure de musique.
Entre le premier (Nadja) qui écrase ses compositions d'une saturation monolithique sans appel et le deuxième (FFB) qui se pose en contre-emploi pour édifier des structures musicales plus atmosphériques, ce split est la synergie évidente entre lourdeur incommensurable et délicatesse subtile. Une oeuvre bicéphale où quand l'un s'enfonce dans les abysses, l'autre lui répond par des envolées lumineuses. De crescendo telluriques et rampants assourdissant l'atmosphère en douces plages de plénitude narcoleptique, le climat musical de cet opus est celui de l'ambivalence entre espoir et résignation (ou l'inverse), constat très actuel d'un monde au bord de la rupture... Mais au-delà de cette simple dualité musicale, Nadja et Fear Falls Burning propose ici une oeuvre en quatre chapitres, du reste sans titre, qui transcendent au passage leurs propres univers artistiques respectifs. Drone électrifié, ambient industriel, doom brumeux, les sous-genres fusionnent, libérant ici une musique à l'aura unique, fruit de l'association quasi naturelle de deux entités musicales antagonistes et paradoxalement complémentaires. Les amateurs du genre devraient apprécier...