Modern Life Is War - Fever hunting Il est réducteur de dire que le retour aux affaires de Modern Life Is War n'était même plus espéré. Une carrière météoritique, une trajectoire idéale à ses débuts au sein du milieu hardcore-punk, puis une sortie de route un peu regrettable (changements de line-up, de label), avant une fin sans doute aussi redoutée qu'inévitable. Mais surtout, en connaissant le rejet du groupe pour les tendances, un come-back juste pour donner quelques concerts et empocher des cachets était plus qu'improbable. Alors fatalement, voir les natifs de l'Iowa revenir aux affaires après 4 années de silence impliquait en filigrane un nouvel album. Tout comme son retour au sein de l'écurie Deathwish Inc., LA référence du genre en la matière (mais pas que).

Les premiers riffs ouvrant le bien nommé Fever hunting font état d'une excellente santé créative. "Old fears new frontiers" puis "Health, wealth and peace" envoient d'entrée un groove solide titiller les enceintes, des vocalises farouchement hardcore punk enflammer l'audience et ce feeling tout en hargne contaminatrice, parachever le travail. Le constat est sans appel : dans la manière qu'ils ont d'expédier leur fougue retrouvée comme de laisser leurs guitares cracher les décibels ("Media cunt", l'éponyme "Fever hunting"), les Modern Life Is War sonnent plus que jamais comme un groupe "made in Deathwish Inc.", le refuge des plus fines lames du genre (Converge, Birds in Row, Loma Prieta, Oathbreaker, Touché Amoré...). Surtout, les Américains se révèlent capables de se dépasser, de sublimer leur art splanchnique de la corrosion sonore, du fight-club sensoriel pour enfanter d'un "Blind are breeding" magistral, d'un "Brothers in arms forever" à fleur de peau.

Une émotion brute. Viscérale. Le déchirement qui met l'âme en lambeaux, l'exaltation d'un désespoir latent mais conscient ("Chasing my tail"), le groupe aligne les pépites hardcore punk'nroll, dépose de petites bombes à fragmentations dans son escarcelle ("Dark water") et fait des ravages dans les tripes de son auditeur ("Currency"). Il y a dans ce Fever hunting, une douleur qui vient happer l'auditeur, une blessure ouverte qui s'exprime par tous les moyens : de l'urgence punk sauvage ("Cracked sidewalk surfer") jusqu'à l'introspection au tempo plus ralenti mais non moins portée sur l'intensité émotionnelle. Le feu sous la glace, la fièvre au corps hardcore (l'inspirée conclusion qu'est "Find a way"), Modern Life Is War s'offre un retour plus que réussi avec ce Fever hunting imparable et sans fausse note. Parce que parfois aussi les reformations ont du bon. Grande classe...