Moanaa - Embers Si l'EP Torches était à la fois de grande classe et glauque, que dire de l'ensemble de l'artwork de cet Embers ? Au moins aussi classe dans les matériaux et la construction du digipak, l'image phare est celle d'un oiseau dans un cercueil, mais on trouve également des dents, des formes étranges, un enfant siamois coupé en deux en mode planche anatomique et des croquis old school où l'œil tient une place importante, le tout dans un nuancier de marron. L'objet entre les mains, on sait que le meilleur groupe de post-hardcore polonais n'a pas changé sa guitare d'épaule, on se doute même de la tonalité de l'ensemble, le combo n'a laissé que très peu de place aux mouvements éthérés et clairs, mis à part le début de "Triad", "Inflexion" (découvert sur Torches) et son extension "Expire" (quel régal), Embers a plutôt une lourde tendance à nous tabasser la gueule.

Chant lourd, riffs graves et puissants, rythmes assez élevés, y'a toujours un truc pour nous défoncer. Car quand la guitare s'éclaircit et que les rugissements se taisent, le tempo devient infernal (grosse démonstration que cette accélération sur "Nothing") et même si c'est un des principes de base du genre (faire cohabiter des opposés), Moanaa est passé maître en la matière, ne se contentant plus de juxtaposer des ambiances mais réussissant à entremêler les sensations et se permettant de faire des relances complètement folles alors qu'on pensait avoir atteint le climax du morceau. J'ai beau avoir écouté l'album en boucle durant plusieurs jours (oui, il n'était pas encore chroniqué lors du maquettage du mag'), je me laisse encore surprendre par des atmosphères ou des détails (par exemple cette petite gratte délicate en arrière-plan sur "Lie").

Compositions éclatantes, production impeccable (le mix et le mastering sont signés Haldor Grunberg qui a bossé avec Behemoth, J.D. Overdrive, Azarath...), artwork somptueux (va voir les créations de Dogma Noir, le tatoueur responsable des dessins), Moanaa confirme sorties après sorties qu'il faut compter sur eux pour représenter le post-hard-core, et s'ils sont peut-être très bien chez Deformeathing Productions, je ne serais pas étonné de les retrouver chez Pelagic Records un de ces jours...