moanaa - torches En cette fin d'année 2019, Moanaa ne livre qu'un EP (3 titres mais presque une demi-heure de musique tout de même) mais réaffirme son talent et peut prétendre à rivaliser avec ses voisins surdoués (Cult of Luna ou Vola pour n'en citer que deux). Il suffit d'avoir leur digipak en mains pour comprendre que ces gars-là ne plaisantent pas avec leur musique. Jeu de reflets avec des inserts plastiques sur le carton qui protège le véritable objet, décliné avec la même idée qu'il faut avoir les sens en éveil (toucher et vue avant l'ouïe), les couleurs comme les photos donnent le ton : gris, inquiétant et peut-être un peu glauque.

Quelques secondes d'étirement et "Inflexion" lâche déjà ses premiers gros riffs distordus, la rythmique s'excite, le chant sort de sa grotte mais les guitares s'adoucissent créant une atmosphère étrange, pas tout à fait obscure ni vraiment lumineuse et quand la voix s'éclaircit, les guitares s'alourdissent. Et si les textes disparaissent, c'est la deuxième guitare qui prend le relais pour servir de torche et faire briller l'ensemble. Ce premier titre a quelque chose de monumental mais n'est pas une surprise contrairement au deuxième. A la première écoute, j'ai eu la sensation confortable d'être en terrain conquis, la douceur initiale du chant (celui de Jakub Radomski, membre de Keira Is You et ingénieur du son) et les délicates notes de guitare m'ont enrobé d'une couche de coton avant que celle-ci ne soit déchirée par la nature post-hard-core des Polonais. Pourtant amateur de Placebo, je n'avais pas reconnu "Without you I'm nothing", car oui, Moanaa s'est attaqué à la reprise d'une tube pop rock cultissime et l'a suffisamment transformé pour en faire un morceau à eux puisque passée l'introduction, il devient peu évident de faire le lien avec le hit de 1998. Avec ses plus de 12 minutes au compteur, "Red" prend le temps de s'installer, après une séquence en mode nappe de brouillard, il se met à pleuvoir des accords répétitifs qui nous enferment mentalement, les tentatives d'évasion sont compromises par un chant agressif, seule une guitare arrive à tracer un chemin hors de la tempête qui s'arrête brutalement, c'est quasi un autre morceau qui commence ensuite, plus doux mais toujours torturé, Moanaa nous laisse épuisé.

Que l'on soit bien clair, l'absence de distribution en France ne doit pas être une excuse pour ne pas écouter Torches, internet te permet de découvrir et de supporter (comprends acheter un disque, un TShirt...) les artistes de n'importe où ! Et même si notre discothèque est déjà remplie d'excellents groupes post-hardcore, il ne faudrait pas se priver de les y ajouter.