Meshuggah - Koloss A l'heure de choisir un nom pour leur septième album (en vingt-trois années de carrière), les suédois de Meshuggah ont opté pour l'évidence, du genre qui caractériserait le groupe en un seul mot. On dira que ça compense au moins un choix graphique pas franchement heureux question artwork. Mais en même temps, le groupe n'est pas spécialement réputé pour son look visuel mais plutôt pour autre chose. Que l'on ne décrit plus vraiment à l'heure qu'il est et que l'on prend plutôt directement dans les écoutilles. Du très gros son matérialisé par une production en béton armé et des compositions à la technicité de pointe. Limite révolutionnaire. Normal.

On ne va pas se cacher, rayon prod', ce Koloss est absolument titanesque. Et là encore, le mot est faible. Les titres s'enchaînent sans coup férir, le groupe soumet l'auditeur à un feu nourri et d'"I am Colossus" à "Do not look down" en passant par "The demon's name is surveillance", l'entreprise de démolition suédoise fait de jolis dégâts dans la tuyauterie. Techniquement implacable, irréprochable d'un strict point de vue créatif, Meshuggah est plus en forme que jamais, quasiment au sommet de son art et conçoit des compos maîtrisant toujours aussi brillamment l'art de la polyrythmie tout en se réservant quelques moments de joyeux concassage ès riffs bien saignants, dopés par un groove absolument monstrueux ("Marrow").

Lourds, puissants, sauvages ("Behind the sun"), les Suédois dévorent goulument la platine CD avec un "The hurt that finds you first" castrateur et libèrent des torrents discontinus de riffs véritablement déments. Un déluge de mitraille et de décibels consciencieusement pulvérisés dans les enceintes, les vikings ont encore faim et lâchent alors "Break those bones whose sinews gave it motion" dans les conduits : un modèle de virtuosité technique et de puissance déflagratrice dans la plus pure tradition de ce que les natifs d'Umeå, leur ville natale, savent propulser dans les enceintes depuis plus de deux décennies ("Swarm", "Demiurge"). Tout en hargne brute et maîtrise asphyxiante histoire de faire de ce Koloss là une machine de guerre sans concession ni demi-mesure qui trouve son épilogue tout en douceur avec "The last vigil".

Les dieux sont de retour. Kolossal.