Membrane - Burn your bridges Rester sous la pluie, brûler les ponts, choses fragiles... Non, le nouvel album de Membrane ne traite pas du Brexit mais bien de luttes personnelles ("Battlefield"), de souffrances, de relations complexes, de naïveté perdue, de tentatives infructueuses pour améliorer les choses et donc d'une forme de désespoir... Un état d'esprit particulièrement bien mis en image avec cet artwork lugubre et répétitif comme autant de riffs sombres assénés derrière la nuque.

Membrane garde donc son attrait pour le spleen, les distorsions graves et les ambiances glauques, les travaux annexes (une reprise de The Cure avec Revok sur un split) et le changement de bassiste (un autre Nicolas est arrivé en 2018, celui déjà présent chez Korrigan's Celtic Rock et Jäger Blaster) n'ont pas ralenti leur rythme, certainement que la vieille connaissance Fred (bassiste de Generic et ex-Second Rate) venu prêter main forte sur quelques morceaux avec une guitare ("Windblown", "Fragile things", "At long last") n'y est pas pour rien. Il est sur la liste des invités au même titre qu'Axelle aka Ona (voix féminine de Moon) qui transmet sa peur sur "Stand in the rain", clame le contraire sur "Battlefield" et fait écho à quelques phrases sur le lancinant "Burn your bridges" où elle aurait peut-être pu prendre davantage de place. Ces ajouts, pas si anecdotiques que cela, donnent de la profondeur à Membrane et ouvrent davantage le spectre sonore audible par nos oreilles. Ils permettent d'élargir leur Post Hard très Core qui sait se faire oppressant ("Fragile things"), écorcheur ("At long last") ou dévastateur quand le rythme s'accélère ("Childhood innocence"). Fidèles à leur identité, ils sèment leur grain si particulier, cette douce odeur de noise qu'ont réussi à restituer Mathieu Kabi du Indie Ear Studio (où sont passés The Rebel Assholes, Two Tone Club, 58 Shots...) et Jack Shirley (qui masterise et a un gros CV où sont mentionnés Amenra, Oathbreaker, Deafheaven, Grand Detour...).

De par l'imagerie, les thèmes abordés et la musique, c'est un Membrane en pleine forme qu'on retrouve avec Burn your bridges même si cette bonne santé passe ici nécessairement par des douleurs, un camaïeu de noirs et de gris, des éraflures et le sentiment qu'on ne va pas forcément en sortir indemne... Comme les Anglais.