Depuis son premier clip pour "Ondulé" en 1995, Mathieu Boogaerts irradie une fraîcheur qui fait un bien fou dans la morosité ambiante. Chaque disque est une respiration, et Grand piano ne fait pas exception, ou plutôt, il redéfinit l'exception.
Mathieu Boogaerts fait partie de ces artistes qui jalonnent des existences et nous accompagnent, comme des amis dans les étapes bonnes ou mauvaises de l'apprentissage de la vie. Sa chanson "Las Vegas" m'émeut encore à chaque étape. Dans les photos promos qui accompagnent la sortie du disque, c'est une chemise... lui qui est l'éternel ado en t-shirt a mis la chemise pour cet album... oui, mais une chemise jaune de la couleur arborée sur la pochette de Super ... Un oxymore comme titre ? Évidemment. C'est du Boogaerts pur jus. Grand piano son neuvième album, est à la fois ample et délicat, massif et aérien, nourri d'arrangements luxuriants et d'une voix toujours aussi fragile et désarmante. Mathieu Boogaerts se dévoile en piano-voix. Il se déplace sur le terrain d'un Vincent Delerm.
Plus "Grand", oui : on entend une richesse orchestrale rare dans son univers. Batterie, basse électrique et synthétique, guitares électriques et acoustiques, accordéon, cuivres, bois, chœurs - un festival d'instruments porté par une équipe de rêve où brillent notamment Vincent Mougel, Fabrice Moreau, Rémi Sciuto, et les voix d'Emma Broughton (Blumi) et Kate Stables (This Is The Kit). Mais "Piano", toujours : dans le ton, dans l'intime, dans la manière de susurrer l'essentiel. On retrouve cette écriture millimétrée, ces mots simples qui glissent comme des confidences. Chaque morceau, dans sa structure comme dans son interprétation, cherche la forme juste, souvent inattendue, toujours personnelle. On sent que l'album a été écrit dans le mouvement, de Londres à Istanbul, d'Amsterdam aux Landes, mais il conserve cette unité propre aux œuvres qui n'ont pas peur de chercher. Le mixage de Renaud Letang, toujours aussi précis, donne à chaque instrument sa place, sans jamais trahir le souffle fragile des chansons. Et puis, il y a cette pochette signée M/M (Paris) : nature morte ou vie suspendue, elle accompagne l'album comme un objet poétique à part entière.
Grand piano est-il son meilleur disque ? Il le dit lui-même. Et on est tenté de le croire. J'aurai plaisir à le voir défendre ces chansons sur scène dans le cadre des Francofolies de La Rochelle, où nul doute que ce Grand piano résonnera avec justesse, douceur... et grandeur.
Publié dans le Mag #66


