The march - Crawl space Auteurs deux ans et demi plutôt d'un excellent Dead ends and blind spots, les Lillois de The March avaient clairement un bel avenir devant eux, sauf que "avaient" oui, puisqu'ils ont décidé d'arrêter les frais, non sans avoir au préalable enregistré un deuxième effort, histoire d'à la fois faire enrager les inconditionnels de la première heure et d'en même temps laisser un joli témoignage discographique posthume concluant cette (trop courte) "carrière" avec classe. Crawl space, c'est son nom voit donc le jour en digital et pour les amateurs de beaux objets dans un digipack "arigato" handmade et limité à une centaine d'exemplaires seulement. On appelle ça un collector.

Et on appelle ça d'autant plus un "collector" que si le contenant est plus qu'honorable, le contenu l'est au moins tout autant. En témoigne l'inaugural "Carried away", véritable ouragan post-core/screamo/ambient en forme de déflagration émotionnelle aux fulgurances lézardant le ciel de longues minutes durant, avant que le final ne vienne ramener la calme après la tempête. Un apaisement général qui ne dure pas et qui se retrouve à voler en éclat lorsque survient le tsunami "Nate Williams". Une pesanteur sludge/post-hardcore écrasante, des riffs qui s'enfoncent littéralement dans la chair, une rythmique aussi sèche que martiale, dans le registre de la violence éruptive, The March frappe fort. Mais quand il s'agit de jouer la carte de l'élégance raffinée, c'est tout aussi excellent et cela témoigne surtout du talent d'un groupe capable de faire à peu près tout ce qu'il veut sur des compos-fleuves aux structures parfaitement maîtrisées.

Si "Two nights" réduit quelque peu la voilure ("à peine" plus de 6 minutes 30 quand les deux premières titres flirtaient ou dépassaient les huit minutes à chaque fois), ce n'est certainement pas pour en diminuer l'impact. La crudité apparente d'une production qui sait parfaitement donner le change, à savoir jouer le coup façon DIY mais avec une efficacité très nette et redoutable, fait le reste... et "Blood stained" parachève le travail, fracassant les enceintes, éparpillant les miettes avec l'énergie du désespoir, cette rage épidermique que le groupe dans ses ultimes morceaux comme s'il avait su avant l'heure que son histoire était déjà terminée. Avec donc le souci de boucler la boucle en distillant son mélange de post-screamo/hardcore corrodant et d'ambient/post-rock joliment feutré, avant de s'offrir un dernier tour de piste bien ravageur sur "The dyed wall". Toujours avec la même classe pour ne pas changer.

NB : la bestiole est en écoute + téléchargement libre ci-dessous. Qu'est-ce que tu attends encore ?