The March - Dead ends and blind spots A peine quelques instants passés à se plonger dans l'univers de The March que déjà, on se laisse imperceptiblement submerger par l'onde sonore d'une déflagration que l'on est sur le point de prendre en pleine face... Inexorable et fatalement attendue, celle-ci prend forme sur "Find some rest", titre inaugural de Dead ends and blind spots, où, après une longue introduction, les Lillois laissent les éléments se déchaîner pour ne plus jamais relâcher leur emprise. Et si le groupe joue avec les accélérations progressives de notre tensiomètre interne sur le premier titre de l'EP, il en va tout autre pour la suite. Eclairs screamo et désintégration hardcore, moments de calme et crises de nerfs épidermiques sont ainsi au programme d'un "The yellow leaf has fallen" qui ne perd pas de temps pour prendre d'assaut nos tympans. Et au petit jeu du "on fait reposer la bête avant de la laisser attaquer de nouveau", les nordistes s'en sortent particulièrement bien. Plus encore lorsqu'ils prennent le parti de brouiller les pistes en appuyant autant sur l'aspect métallique cru de leur musique que sur son versant rock au groove pesant. Moins hardcore que l'on aurait pu le supposer, plus nuancé dans son approche screamo/metal, le groupe voit sa musique en clair/obscur. S'il la laisse régulièrement être envahie par une noirceur rampante et presque palpable, il semble dans le même temps trouver une certaine satisfaction à se maintenir sur une ligne de démarcation invisible et extrêmement fine, celle-ci lui offrant le loisir de flirter avec les ténèbres pour finalement esquisser un demi-pas en arrière au dernier moment et terminer sa route devant l'entrée de la demeure d'Hadès ("Ancient seed"). Sans jamais pénétrer le royaume des Enfers, The March poursuit sa errance solitaire à travers les ombres, exorcisant peu à peu ses démons en affirmant un peu plus sa griffe musicale, chimérique et bordée d'esquisses mélodiques aux charmes vénéneux ("Monsters we've created"), ce, avant de refermer son premier effort discographique dans un ultime souffle de vie ("A last breath"). Celui d'un rock post-chaotique qui trouve son absolution dans l'expression d'une douleur éruptive et virulente, sa catharsis dans la manifestation sonique de tourments que Dead ends and blind spots met à vif avant d'en cautériser les plaies béantes... du moins pour le moment.