machine head : supercharger Machine Head continue avec Supercharger l'évolution qu'il avait entamé avec The burning red. Passage plus construit, plus original, mais en contrepartie, on perd quelquefois en puissance et en rage, voire éventuellement de spontanéité. Certes, mais Machine Head reste Machine Head, avec des riffs acérés, une basse nazillarde, une batterie plombée et un chant toujours plus détonnant. La machine se met en marche avec "Declaration", petite intro, la déclaration de guerre de Machine Head, sirènes au loin, la suite promet d'être fatale. En effet "Bulldozer" prend la relève, cascade de larsens et de plombages de toms, légere respiration, montée, point d'orgue, c'est parti, on avance lentement, la guitare et la batterie de front, coups de marteaux à gauche, à droite. Premier couplet avec une toute petite guitare, en gimmick incertain, une basse qui se cherche, une voix qui attire l'attention, accélération énergique, grosse guitare qui assène, et on recommence. L'accélération atteint un deuxième plancher d'intensité, terrible puissance de feu, Machine Head est bien de retour, -Bulldozer crushes all-. Un petit passge feutré clôt l'épisode, saturation excessive, monté du tom basse, on se croirait dans The more things change.... Guitare tonitruante, montante et descendante, riff difficile à apprivoiser, dansant sur une batterie groovy, chant en retrait, chuchotements implacables, qui s'élève limite niveau pop, puis s'énerve avec délectation sur cette guitare si décalée. "White-knuckle blackout!", montée en charge, des cris de plus en plus présents, puis stop, guitare, batterie, bruits de machines, de tuyaux, montée hip-hop, on rajoute les instruments un par un, histoire de dévaster tout sur son passage. Le relief est imposant, semble un peu préformaté, mais reste assez dévastateur malgré la courte durée du morceau. "Crashing around you" commence comme une bombe, savant équilibre de silences, de grosses guitares, et d'un chant tenu, -I am your nightmares, true scares-, passage relativement mélodique sur une symbiose de saturation. La suite développe ce qui a été annoncé au début, une basse à bout de souffle merveilleusement adapté en adjonction, plus réfléchi, plus efficace, Robb flynn prend ses aises, -When you fell darkness, Hopeless-, puis s'énerve, se contient, le cocktail détonnant qui pointe son nez ne va pas plaire à tout le monde, travaillé, mélodique, une voix très en avant qui fait mouche, mais là encore ça dure moins de 4 minutes. Plus hardcore dans l'esprit, très speed, personne de s'en plaindra, "Kick you when you're down" mélange les deux extrêmes de Machine Head, les guitares speed et plombés des origines, et l'évolution impressionnante du chant, au répertoire beaucoup plus vaste et aux intonnations parfois décalées. Des petites harmoniques pour achever les derniers réticents, et enchaîner sur le passage d'anthologie : guitares plombés au maximum, une batterie qui soutient Dur comme fer, un Robb Flynn qui jubile -You have to trust in yourself-, rien à redire. Enervement à peine contenu, ça part dans tous les sens, batterie, chant, guitares, tout le monde est de la partie, et là ils remettent ça, annonce plus calme et enchaînement toujours aussi puissant -You must believe in yourself-... Intro atmosphérique, réfléchie, lente et capricieuse, qui se déroule doucement, gagne quelques accords, puis assez brutalement part sur un riff primal, gros accords plaqués suivi de quelques harmoniques, -Welcome in my friends- la voix de Robb se fait très douce, très poignante, impressionant, très douce et chaleureuse, rien à redire tellement c'est excellent, mais Machine Head reste Machine Head, le refrain est encore plus fort, refrain simpliste et puissant, toutes guitares dehors, un barrage de guitares à l'œuvre. Un pont mortifiant, guitares qui s'élèvent, "Only the names" cache bien des surprises, et dépasse (enfin) les 4 minutes pour le plus grand bonheur des oreilles. Supercharger regorge de bonnes idées, de passage originaux, bien que certains soient sous-exploités, surtout par leur apparition éphémère au sein de structures déjà établies.
Tarzan est de retour, ça fait sourire, mais la suite est bien exploitée, grosse guitare qui remue, -I was that kid sittin' over in the corner-, "American High" alterne les bons plans, pour certains très délirants, couplet et demi-teintes, scraps, sratchs de guitares, quand Ahrue se prend pour une platine, Robb suit son meilleur hip-hop. Echaînement avec cette symbiose guitare-voix, bien plombés qui a déjà fait recette précédemment, avec en plus des deads notes qui porte bien leur nom en contrepoint, épiçant la batterie. Respiration, guitare feutrée, -Now I'm in a band and you're kissing my ...-, dit tout en douceur et il prend toute sa puissance, son ampleur, la suite est un énervement en règle mené de main de maîtres. Brouillage sonore, grisouillis radiophoniques, guitare qui chauffe ses bends, larsène presque, se réverbe, s'éteint, "Nausea" est plaquée derrière sans transition aucune. Pick scraps de guitares, répétition en boucles d'une guitare en réverb, pêches de guitares bien senties, Robb flynn s'essaye à un style original, un peu hip-hop, un peu ragga-muffin, en tous les cas, très chaleureux et rond. Le refrain s'énerve encore plus, jusqu'à l'exultation de Mr. Flynn -You'd leave me there to bleed-, les passage sont classiques mais bien travaillés. Après la Génération X, la "Blank generation" fait des ravages, dans les cœurs comme dans les têtes. Intro douce et acide, qui claque légèrement sour la langue sur un fond presque vide, qui se rempli doucement presqu'avec réticence, un chant très émotif, -[...] tought the world was joy-, qui s'énerve sur le refrain, guitares à l'appui, -A toast to the end of our blank generation-, guitares hurlantes, notes aïgues sur le temps faible, qui appuyent là ou ça fait mal. Reprise un peu plus étoffée, toujours à fleur de peau, puis s'efface presque, pour resurgir encore plus vigoureusement, pleine de lucidité, passage crucial, guitares étouffées, cymbales lancinantes, -Instead of playing doctor, we play shot each other and die-, et d'autes réjouissances tout aussi vrai et inquiétantes, énervement, montée en rage, -There's still a hole inside of us that may not ever get filled-, les guitares s'énervent tout autant, constat d'échec où lucidité inquiétante, -Our blank generation-... Basse en souffrance, saturée, qui farfouille dans les tréfonds, "Trephination" et son melting-pot musical. Guitares tour à tour glissantes, piquantes, planantes, appuyées par une rythmique tendance hardcore énervé, passage en trombe, en silence, influences variées, feutre, tenue, jeu sur la stéréo. Contrepoint de "The burning red", mais avec des refrains très haut en décibels, "Deafening silence" est beaucoup plus chargée en sens -See the scars deep inside-, et ne laisse pas insensible. Morceau éponyme, "Supercharger", commence bruyamment, guitare hurlante, puis batterie réduite à la grosse caisse, et une basse bien posée 1,2,3, puis tout s'enflamme, en charge. Chant énervé, emporté, -Supercharger electrifies-, les guitares se mèlent, se croisent sans jamais se géner, puissance et efficacité, sont les maîtres mots de ce morceau, couplet avec une guitare en contrepoint, à la mode indus, le refrain est d'une densité électrique.
Album très dense à la fois musicalement et sur le fond, Supercharger necessite pas mal d'écoutes avant de se laisser apprivoiser, de se livrer à la dissection. Robb Flynn innove, s'essaye, teste de nombreuses possibilités au niveau du chant, le tout enrobé par un Ahrue qui endosse pleinement son statut, et balance des petits gimmicks terrifiants. Album électrique, chargé négativement, on accroche où pas, mais Machine Head à réussi là, un coup de maître.