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Biographie > y'a pas de lézard

Lizzard est un trio qui s'est formé à Limoges en 2006, amateurs de musique plutôt sombre et lourde, ce ne sont alors que trois musiciens qui décident de se lancer dans l'aventure du groupe. Mathieu au chant et à la guitare, Katy à la batterie et William à la basse composent et enregistrent un paquet de titres qu'ils regroupent dans un album démo intitulé La criée. Encouragé par les retours, ils enchaînent en 2008 avec un premier EP de grande qualité (Venus) enregistré avec Rhys Fulber (Paradise Lost, Fear Factory...). Ils donnent des concerts avec Loudblast, Gojira, Punish Yourself puis franchissent l'Atlantique pour retravailler avec Fulber sur leur premier vrai album en octobre 2011. Le combo rejoint l'écurie Klonosphere et sort Out of reach un an plus tard.

Lizzard / Chronique LP > Eroded

Lizzard - Eroded Si tu pensais que Shift marquait l'apogée de Lizzard, c'est raté. Sans faire injure à leurs précédents albums, celui-ci est encore mieux. Encore plus précis (ils sont allés en Allemagne pour mettre leur producteur dans les meilleures conditions), encore plus fouillé, encore plus ensorcelant, Eroded surpasse donc tout ce qu'ils ont fait jusque-là, pas étonnant que Pelagic Records leur ait proposé un deal, ce label n'est pas du genre à se tromper quand il signe un groupe...

Plongeons en douceur avec "Corrosive" au cœur de ces paysages érodés, c'est une guitare claire qui nous prend la main, une nappe synthétique accompagne notre progression, le brouillard se lève, l'air se charge d''électricité et les premiers vrais coups pleuvent avec "Blowdown". Au poids de ces mesures, le chant, transperçant et poignant, vient amener un contraste qui laisse passer un frisson et provoque une certaine piloérection. Sûr de son coup, Lizzard envoie alors un riff tournoyant (tu sais, cet effet de boucle dont Gojira raffole), offrant ainsi une autre dimension à un titre qui était déjà énorme. Osant tous les mariages, les Français (c'est parfois bon de le rappeler...) poursuivent leur œuvre d'amalgame entre sons purs et distordus, attaques métalliques et mélodies rock, tension nerveuse et sérénité, sans jamais tomber dans aucun excès (même quand ça part très fort comme sur "Flood"), s'autorisant juste de rester calme le temps de quelques plages ("Eroded", les interludes "Usque ad terram" et "Inertia" à l'atmosphère très Toolienne). Et bien que certains passages très massifs occupent sacrément l'espace, on se dit parfois qu'ils pourraient aller encore plus loin et saturer le chant ("Avalanche") mais ils ont fait le choix de garder sa lumière, comme pour nous guider dans les méandres de leurs réflexions musicales.

L'ascension de Lizzard n'était donc pas terminée, comme Klone, ils continuent de se perfectionner et ont conquis l'Europe, ne reste désormais qu'à aller titiller les A Perfect Circle et Chevelle sur leurs terres. Ou si l'extension du territoire n'est pas à l'ordre du jour, conserver un tel niveau d'écriture suffirait déjà largement à notre bonheur...

Lizzard / Chronique LP > Shift

LizZard - Shift Quand on œuvre dans un registre comme celui de Lizzard, la qualité d'enregistrement et le son qui arrive dans tes oreilles revêt une certaine importance, il faut qu'il soit agréable, précis tout en gardant de la force et du tranchant. Faire venir Peter Junge à Bordeaux pour produire ce nouvel album était un pari puisque s'il a travaillé avec Jarboe, les Melvins, Paul McCartney ou Norah Jones, le groupe osait quitter sa zone de confort en bossant avec un anglais pour puiser le meilleur de Katy et William et passer un nouveau palier. Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est une réussite car le son est vraiment superbe, à la fois délicat et puissant, c'est du haut niveau. Le mastering de Maor Appelbaum (Faith No More, Sepultura, Treponem Pal, Therion, Mayhem...) et l'artwork de Jérôme Oudot Trëz complètent une fiche technique sans faille. Rester à savoir si Shift allait pouvoir nous emmener au moins aussi loin que Out of reach et Majestic.

L'entrée en matière a beau être adoucie par l'introduction "Seed", elle reste brutale tant "Singularity" nous tombe dessus comme une pluie de grêles métalliques. À l'arrière-plan, une guitare cherche à arrondir des angles acérés par la rythmique et des riffs assez lourds sur le devant d'une scène également occupée par un chant aux multiples déclinaisons claires qui impressionne rapidement par son aisance à se mêler à toutes ses ambiances. Avec parfois un petit côté Aaron Lewis (Staind) pour nous toucher encore plus au cœur, Mathieu déploie tous ses talents pour nous emmener dans l'univers Lizzard, un monde où les mélodies dynamiques ("Gemini", " Bloom", "Min(e)d") croisent des sonorités plus graves, abrasives et torturées ("Open view", "Leaving the dream"). Et même sans sa voix, on est scotché par l'atmosphère qui ne choisit pas entre rock et métal, laissant juste s'exprimer les instruments ("Shift"). Le point culminant de cette débauche d'idées, de douceurs, de coups portés avec précision ne se dévoile qu'à la toute fin de l'album, pour moi, c'est l'ultime "Passing by" qui mérite le plus d'attention. À la fois dépouillé, clair et enchanteur, le morceau prend son temps pour se développer sans forcément suivre une logique destructrice, les Limougeauds finissant tout en retenue.

Superbe, forcément superbe, ce Shift permet à Lizzard de se dépasser, les comparaisons trop évidentes (Tool, A Perfect Circle, Chevelle...) sont mises au placard, Lizzard ne ressemble plus qu'à lui-même. Avec la signature sur le label allemand Metalville et la distribution Rough Trade, une bonne partie de l'Europe va devoir situer la Haute-Vienne sur la carte du métal alternatif trippant.

Lizzard / Chronique LP > Majestic

Lizzard - Majestic Lizzard ne bénéficie plus de l'effet de surprise, Out of reach ayant marqué les esprits il y a deux ans, le groupe se devait d'assurer une suite de haute volée. En intitulant leur album Majestic, les Limougeauds semblent sûrs de leur fait. Il faut dire qu'ils ont confié les prises à Cédric Soubrand (Erlen Meyer), le mixage à Sylvain Biguet (Robot Orchestra, Klone, Twage...) et le mastering à Bob Katz (spécialiste du son qui bosse beaucoup dans le jazz mais à qui Scott Kelly a fait appel pour Songs of Townes Van Zandt et qui a bossé pour Tang), une brochette qui a de quoi rassurer quant à la qualité de la production finale. Et en effet, le son est impeccable, autant dans les parties claires que distordues, c'est un joli travail, mais il ne serait rien sans les compositions écrites par le trio...

Toujours torturées, elles semblent moins partir en vrille comme si le groupe avait voulu simplifier le propos, l'approche sonne aussi plus métal que rock, Lizzard se positionne ainsi quelque part entre Tool (pour certaines constructions) et Chevelle (pour la dynamique, le son et ces ambiances claires/obscures), sans oublier un bon groupe de post-rock (pourquoi pas Explosions in the Sky) car il traîne toujours un putain de bon titre instrumental sur la galette ("Just a breath"). Ceci dit, les idées foisonnent toujours autant et les schémas de montage des titres doivent être aussi simples que ceux de meubles suédois... Mais à l'instar de ces derniers, le rendu a de la gueule et ne choquera personne, Lizzard ne joue pas aux métalleux intellos cherchant toujours à raconter une histoire, installer une ambiance, à nous faire entrer dans leur monde. Cette ouverture qui laisse entrer la lumière pour éclairer une partie obscure n'est pas là non plus par hasard, si on ajoute la photo du groupe en contre-jour, on n'est pas loin de pouvoir réinterpréter le platonicien mythe de la caverne...

Allégorique, la musique de Lizzard se prête à toutes les digressions et peut nous emporter très loin tout en restant près d'elle car une fois accroché, il est difficile de s'en détacher.

Lizzard / Chronique LP > Out of reach

LizZard - Out of reach Lizzard est un de ces formations qui font de la très bonne musique bien qu'il soit difficile de les classer, de les ranger, les apparenter et donc de les réduire à la comparaison avec d'autres. Un groupe qui semble puiser ses influences dans les années 90, aussi bien du côté du métal soyeux que d'un rock plus rugueux. Un groupe qui profite de la technique actuelle pour apporter énormément de raffinements à ses titres par le choix du son, quelques habiles petits habillages et des effets soignés.

Le résultat est un subtil amalgame d'ambiances qui lorgnent aussi bien vers les écorchures grunge métal à renfort de grosse basse et de solo ("Disintegrity" et quelques passages hurlés qui me rappellent Chris Cornell époque Soundgarden torturé) que vers une douceur mélodique capable de dérailler pour défourailler ("Across the line" dont les intonations me renvoient à Jared Leto et au 30 Seconds To Mars de la bonne époque). Partir en vrille semble être le péché mignon architectural de Lizzard qui apprécie particulièrement lentement bâtir des compositions pour les faire imploser et nous ensevelir sous des torrents riffs musculeux (l'éponyme "Out of reach" ou "The orbiter" et son final aux rythmiques et sonorités très Tooliennes).

Après le chaos, le ciel se dégage forcément et avec deux pistes instrumentales (l'épuré "Skyline" ou le plus grinçant "Backslide"), le trio s'aère quelque peu les esprits avant de replonger dans son rock métal dense et tortueux. Avec Out of reach, Lizzard atteint non seulement notre corps mais également notre coeur, leur musique organique nous touchant au plus profond comme en surface, ils semblent être des compagnons de jeu parfaits pour Klone au sein de leur Klonosphere...