Lethvm - Winterreise Comme un nuage maussade traversant le ciel dégagé,
lorsque sur la cime des sapins une brise légère souffle :
Ainsi, je suis mon chemin toujours plus avant en traînant les pieds,
au milieu de la clarté et du bonheur de la vie, solitaire et sans ami.
Si seulement l'air n'était pas si calme ! Si seulement le monde n'était pas si lumineux !
Pendant que les orages faisaient encore rage, je n'étais pas si malheureux.


Voilà une traduction d'un passage du voyage d'hiver, recueil de poèmes de l'allemand Wilhelm Müller qui date des années 1820 et qui ont inspiré Schubert pour son Winterreise. Même inspiration et donc même titre deux ans plus tard pour Lethvm qui nous emmène dans une neige particulièrement sombre... Le froid, la folie, la mort, le groupe belge survole ces sentiments, les investit parfois, joue avec la focale pour nous immerger dans le spectacle ou nous laisser à distance pour en profiter. Je ne sais pas moi-même s'il vaut mieux s'abandonner (à nos risques et périls) dans leur musique et se faire cabosser, ronger, taillader, ou rester à l'écart pour mieux l'observer et la voir nous faire hérisser les poils, nouer l'estomac, éroder le cerveau. Si l'univers est teinté d'outrenoir, la lumière arrive régulièrement à se frayer un chemin, par des breaks éthérés, par un chant clair assez présent, par certaines guitares non saturées ou par l'ouverture sur le paradis que propose Elena (chanteuse d'Eosine) invitée sur "Mournful".

Ainsi Winterreise est un album plein de contrastes où Lethvm donne de la beauté aux déchirements, utilise tous ses talents pour sublimer un texte et des sentiments, transformant l'errance et le désespoir en les rendant éblouissant.

Mon cœur reconnaît dans le ciel
Sa propre image
Ce n'est que l'hiver.
L'hiver glacial et sauvage !