Lento - Icon Avec son crossover hautement addictif de doom-metal et de postcore instrumental, Lento envoie littéralement du très lourd. 10 titres, même pas 38 minutes de musique et pourtant une claque monumentale assénée par un groupe complètement habité par son art. Et pourtant Icon démarre gentiment, pianissimo, par un "Then" éthéré et languissant qui semble toutefois se tendre sur la fin. On le subodorait déjà, lorsque les guitares prennent le pouvoir, les italiens montent en pression et livrent avec un "Hymn" une première salve de gros riffs lestés de plomb appuyée par une section rythmique éléphantesque. Les enceintes commencent alors à fumer, les murs vibrent, le voisinage subit. Joie.

On pousse sur la disto, la saturation électrique emplit l'atmosphère et "Limb" accomplit sentencieusement son oeuvre. Heavy, dense, implacable, les Lento auraient pu se contenter de poser les parpaings sur la platine, au lieu de cela, ils jouent la carte de la finesse, certes relative, en livrant insidieusement des titres plus subtils qu'il n'y paraît au premier abord. Voilà pour la "légèreté". Question lourdeur, "Hymen" vient assommer la concurrence à coups de riffing tellurique et de rythmiques infernales, une puissance de feu colossale, un brontosaure sous LSD lâché une cristallerie de luxe, Lento fait parler les décibels... Trois minutes et quelques cinquante-cinq d'équarrissage postcore/doom de l'enfer.

Quatre titres et Icon se pose déjà comme un album fondateur, sorte de croisement idéal entre les premiers albums de Cult of Luna, les travaux des cultissimes mais discrets Mare ou ceux des bûcherons d'Omega Massif, ses géniteurs se lançant dans une brutale fête du "Sleep" à coups de "Still" pénétrant ou de "Least" sauvage et addictif. Des variations dans les les tempi, des guitares qui concassent les tympans, seul "Throne" desserre son étreinte, le temps d'une minute trente d'apaisement panoramique, sinon les italiens mettent tout ce qu'ils ont dans les tripes pour expédier des torpilles sonores aux quatre coins du studio, notamment le morceau-titre de l'album, cet "Icon" dément et complètement jouissif pour qui adhère au propos du groupe. Jamais avare en surprise, alors que l'on s'attend à un énième tsunami sonore Lento nous sert sur un plateau un "Admission" aussi aérien que déstabilisant, conclusion pour le moins osée d'un album par ailleurs absolument dantesque.