Lamb Of God Lamb Of God Comme pour Sacrament, vous n'avez pas fait appel à un producteur "métal"...
Non, pas du tout. Il s'appelle Josh Wilbur. On avait déjà travaillé avec lui avant, il a mixé des titres live et était avec nous en studio pour Sacrament. On savait qu'il était compétent et que son caractère correspondait bien à celui du groupe. Donc quand on a commencé à en discuter entre nous, il nous a dit : "vous avez déjà écrit quelques morceaux, je pourrais venir faire de la pré-production sur cinq titres, à mes frais, et si vous voulez qu'on continue après, super. Sinon, tant pis". C'est exactement ce qu'il a fait et ça s'est super bien passé.

Pourquoi toujours travailler avec des producteurs qui sont étrangers au style de Lamb Of God ?
Si on fait appel à un producteur de métal, on sonnera comme tout le monde. Et c'est quelque chose qu'on refuse. Donc ça aide pour définir un son précis, et ne pas faire comme tout le monde.
C'est aussi pour garder un certain contrôle sur le résultat ?
Non, parce que n'importe quel producteur qui travaille avec nous... Disons juste qu'on n'est pas un groupe avec qui c'est facile de travailler (rires). On est vraiment têtus et c'est uniquement depuis qu'on a commencé à travailler avec Machine (depuis Ashes of the wake, ndlr) qu'on laisse quelqu'un nous aider à écrire. Jamais on aurait laissé un producteur faire ça, son opinion ne comptait pas.
D'ailleurs on est un groupe qui contrôlait son label, et je fais référence à Sony et Epic. On est nouveaux chez Roadrunner et Dieu merci ils y connaissent quelque chose en métal. Ils nous respectent en tant qu'artistes et n'interviennent pas dans notre travail.

Sacrament a pu être considéré à sa sortie comme un coup de chance. Est-ce que Wrath est d'une certaine manière la preuve que non, vous pouvez encore faire mieux ?
Chacun des albums enregistrés va plus loin que le précédent. On fait du mieux que l'on peut, en apprenant de nos erreurs. Depuis nos débuts en 1994, notre but a été de faire toujours mieux que ce qui avait été fait précédemment. Mais ça devient plus dur à mesure que nos albums se bonifient. Si on prend tous nos albums, chronologiquement, on peut entendre là où on s'est améliorés. Meilleure production, meilleure interprétation, meilleure écriture... Donc je dirais que ce n'est pas uniquement entre Sacrament et Wrath mais que toute notre discographie est construite comme ça.

Lamb Of God - Wrath Wrath a été classé n° 2 du Billboard 200 à sa sortie. Joli coup !
Oui, même si l'industrie de la musique a complètement changé. C'est génial, certes, mais je sais pas si on aurait fait un aussi bon début si les gens achetaient autant d'albums qu'avant Internet. Je sais pas si on aurait été aussi haut. Je pense qu'on aurait toujours vendu plus de cd qu'avant, tout en étant un succès commercial. Mais n°2 avant c'était là haut et maintenant c'est tout en bas (mime).

Est-ce Lamb Of God est un pilier de la scène "métal" aujourd'hui ?
Je crois pas que je puisse encore le nier. On en est un.
Ça fait quoi ?
Ça fait bizarre (rires). On est juste des potes qui buvaient de la bière et qui se sont dit un jour "Hey on devrait faire du métal. Tu tu tu tu (air bass). Oh on devrait jouer dans cette fête, ça va être génial !" On a toujours fait ça pour s'éclater. Boire de la bière en permanence et à faire de la musique.

Lamb Of God fait quasiment l'unanimité. Pourquoi ?
A mon avis c'est dû au fait qu'on est des mecs sympas, qu'on est partis en tournée avec tous les groupes qu'on connaît et d'autres, dont personne n'a entendu parler. On essaie pas d'emmerder les gens, on est juste là pour faire de la musique et s'éclater. Certaines têtes d'affiches disent : "vous devez vendre vos t-shirt au même prix que nous, et nous on les vend à 45$". On ne fait pas ça. Il n'y a pas de rivalité entre les groupes, ou alors une compétition qui est plutôt amicale. Mais il y a des groupes qui vendent plus que nous... (il montre un CD de Killswitch Engage).
Ah oui d'ailleurs leur chanteur vient de quitter la tournée du groupe en Amérique du Sud. Une idée sur ce qui a pu se passer ?
Il peut y a voir des tonnes de raisons, même d'ordre physique avec lui-même. On a tourné avec des groupes qui ont dû arrêter. J'irai pas dans les détails, mais certaines fois on parle de sérieux problèmes familiaux où la personne est la seule qui peut être écoutée chez lui. Avec un flingue sur la tempe, pratiquement. Des trucs comme ça, ça arrive. Il n'y a pas de congé maladie dans ce milieu, tu ne peux pas appeler et dire "ouh là je ne me sens pas très bien", ce genre de comédie. Si quelqu'un disparaît comme ça, c'est que quelque chose de vraiment sérieux est en train de se passer.

Vous avez décliné l'offre de Metallica alors qu'ils vous proposaient de partir avec eux en tournée, et ça à cause de l'enregistrement de l'album. Comment vous avez géré ça ?
Ça craint qu'on ait eu cette opportunité à ce moment-là. On avait déjà planifié l'enregistrement et voilà qu'on t'appelle et on te dit "tu voudrais pas faire ça plutôt ?". On a fait ce qu'on avait à faire. Dire "non" à Metallica était peut-être pas la meilleur chose à faire (rires), mais tout s'est finalement arrangé et on est partis avec eux en tournée pendant quatre mois. C'était pas une décision facile. Mais une fois qu'elle a été prise, c'était facile de se concentrer sur ce qu'il y avait à faire. On avait besoin d'avoir un album écrit, répété, enregistré, et sorti. Il y a cet aspect business aussi. C'est un peu comme une suite de dominos. Au milieu tu reçois un appel et t'es là : "raahhh, merde, je serai prêt dans, allez, quatre mois".

Chris Adler a insisté sur le fait que tourner avec Metallica c'était l'occasion d'apprendre énormément de choses.
Chaque tournée nous a appris quelque chose, depuis le début jusqu'à aujourd'hui. Ce qu'on a appris des mecs de Metallica c'est que, qu'importe où ils en sont et ce qu'ils ont accompli, ils ont la grande classe. Ce sont des mecs avec les pieds sur terre, qui prennent un peu de temps de leur journée pour venir voir leurs premières parties et dire "eh salut tout va bien ? ça vous dit d'aller boire un verre plus tard ? Parce que je pense qu'on va aller au restaurant après le concert ce soir. Voilà l'adresse, venez quand vous voulez". Ils sont incroyablement simples et accessibles. C'est dingue. Donc ce ne sont pas des trucs particuliers qu'on apprend, mais c'est simplement regarder comment ils s'organisent, comment ils gèrent leur vie de tous les jours.

Gojira a partagé la scène avec vous une nouvelle fois. Les deux groupes sont liés, d'une certaine manière.
Chris a beaucoup fait pour que Gojira attire l'attention des labels américains. J'imagine que les groupes de métal en France ne bénéficient pas de beaucoup d'exposition médiatique. Ils doivent probablement construire quelque chose à l'étranger et émerger là-bas avant de pouvoir s'affirmer en France. Et c'est là que Chris a véritablement activé la machine. On les a amenés avec nous en tournée, on a joué dans des grandes salles où ils ont pu se confronter à un public large. On a fait ça en sachant que Gojira est un groupe exceptionnel, qu'ils vont réussir, d'autant qu'ils sont là pour la même chose que nous : jouer une musique véritablement unique et s'éclater.
Est-ce que Lamb Of God est responsable du succès actuel de Gojira ?
Non, pas du tout. L'unique chose que l'on a fait était de leur donner l'opportunité de s'exprimer.

Lamb Of God - John Campbell Lamb Of God - John Campbell Lamb Of God est un groupe assez malchanceux en tournée. Est-ce que ça s'améliore avec le temps ?
Pas tellement (rires). Qui sait ce qui va arriver ensuite ! Enormément de choses sont perdues dans les avions. Tout d'un coup t'es en Italie et t'as même pas une basse sur laquelle jouer. Ce genre de truc arrive tout le temps. Peu importe si on est en Europe ou ailleurs. La seule chose que l'on peut faire est de se préparer à toutes les éventualités. Avoir des ressources est vraiment utile dans ce métier.

Est-ce dur d'être un musicien professionnel aujourd'hui ?
C'est difficile. Mais c'est dur aussi de se lever le matin, de se taper des embouteillages pour aller au travail et faire un job pourri où tu sais même pas pourquoi tu es là, retourner dans ta voiture et encore te taper des embouteillages pour rentrer chez toi. C'est pas une vie facile, mais c'est un métier fantastique. Les opportunités que l'on a sont incroyables. On fait énormément de sacrifices, on est loin de nos familles et de nos amis. Mais cette année on va aller dans des nouveaux pays comme la Chine, la Malaisie, Singapour..., donc ce sera dur d'un côté mais au final c'est vraiment cool. Et en plus quand je fais bien mon métier, les gens crient, applaudissent et me montrent leurs seins, c'est génial (rires).

Est-ce que ta vie d'artiste est plus facile depuis le succès commercial de Sacrament, et maintenant Wrath ?
En fait les ventes d'albums ne signifient pas qu'un artiste soit payé. Le label avance de l'argent, c'est une façon gentille de dire "un prêt", pour enregistrer. Un pourcentage de chaque CD vendu revient pour rembourser le prêt. Donc tout ce que le succès commercial de Lamb Of God signifie, c'est que l'argent est remboursé (rires). Ce que je fais pour vivre, c'est-à-dire partir en tournée et vendre du merchandising, c'est avec ça que l'on vit. Et je ne vais pas cacher le fait que je m'en sors plutôt bien.

Le magazine britannique Metal Hammer a lancé une campagne pour que le métal soit reconnu comme une religion officielle au recensement de 2011. Ton avis ?
C'est la chose la plus stupide que j'ai jamais entendue. Mais peut-être que t'interroges la mauvaise personne parce que je pense que la religion est la source de tous les maux, et que les religions devraient être illégales. C'est complètement insensé. Il y a des gens qui meurent de faim dans le monde. Ne gâchez pas votre temps à faire du métal une religion et faites quelque chose qui aidera quelqu'un.