Kruger - 333 333 comme le nombre d'exemplaires disponibles de ce mini-EP signé Kruger et sorti en édition vinyl 10'', extrêmement limitée donc, par le biais du toujours irréprochable Pelagic Records, ce label dirigé par Robin Staps (architecte de The Ocean) dont on ne compte même plus les sorties de grande classe (Abraham, Coilguns, Nebra, The Old Wind, The Shaking Sensations...). Question chiffres on va continuer en disant : 2. Pour le nombre de titres composant cet effort esthétiquement étudié pour s'accorder avec le menu proposé. Entrée/plat/dessert en une paire de titres seulement. Mais du lourd qui fait saliver... avant de finir par 20, soit le volume imposé à partir duquel, la musique des Hélvètes prend définitivement tout son sens premier. MIAM.

"Herbivores" la joue vegan, c'est à la mode et ce n'est pas pour autant que les Suisses ne se la donnent pas virils. Au contraire, à force de se priver sur les protéines, le groupe semble en manque et ça se ressent tout de suite sur l'humeur.... féroce d'un titre qui, s'il commence en douceur instrumentalement parlant, ne se prive pas de le lacérer la suite de quelques vocalises bien charnues. C'est ça aussi de frustrer des bûcherons suisses, après, faut pas s'étonner de se faire aboyer dessus en cuisine. Hargneux jusqu'au bout des riffs, chantre d'une densité hardcore rock qui lézarde les cloisons auditives en même temps qu'elle serpente le long de l'échine avec une légèreté étonnante, presque (paradoxe ultime) étouffante, Kruger livre ici un premier titre qui conforte son statut de patron de sa catégorie. Façon speed-dating et en moins de sept minutes montre (suisse forcément) en main.

"The wild brunch" ramène la bassine de barbaque façon The walking dead et passe au plat de résistance. Finit les conneries végétariennes, on va causer cuisine de bonhommes. Le truc bien saignant que tu découpes au hachoir et qui inspire un léger rictus écoeuré aux âmes sensibles. Les gaziers s'en cognent... et cognent sur les enceintes avec toute la douceur dont ils sont capables. C'est à dire pas beaucoup. Du coup, les riffs dévorent goulûment la platine, alors que le chant se fait plus clair et mélodique... mais pas tout le temps. Les Suisses ont faim on l'a bien compris et ce n'est pas la verdure locale qui pouvait apaiser leur appétit, alors ils attaquent l'assiette tête la première et y vont avec les doigts parce que les convenances et les belles manières, ça va bien cinq minutes. Le résultat est "auditivement" de très haute volée, explosant aux quatre coins de la pièce et éparpillant les miettes façon sport, Kruger rentre dans le lard façon carpaccio et steak tartare, pour faire ce que l'on attendait tous d'eux : offrir une belle dose de gras maison sur un plateau d'argent. Bon appétit.