Kehlvin - The orchard of forking paths Ah ça on pourra dire qu'ils auront pris leur temps les petits suisses de Kehlvin, qui quatre années après l'EP Holy cancer, reviennent sous les feux de la rampe du Hard avec un nouvel album long-format, comme d'habitude sorti chez un Division Records que l'on ne présente plus en ces pages (ASIDEFROMADAY, Dirge, Impure Wilhelmina, Unfold, YOG...). En même temps, du côté de ces gens-là, on n'aime pas se précipiter pour faire les choses, mais plutôt laisser maturer les idées, poser l'agrégat sonore brut au beau milieu du studio avant de le polir, de le travailler encore et encore jusqu'à obtenir le résultat attendu. Car rien n'est ici laissé au hasard.

Et "This is mere noise", le morceau inaugural de The orchard of forking paths imprime d'entrée sa marque au fer rouge. Le groupe délivrant un noisecore trempé dans un bain d'acide sulfurique et ensuite soigneusement barbouillé en plein visage de l'auditeur. Haineux, chaotique et en même temps mesuré dans ses fulgurances, le premier titre prend bien soin de faire passer son message sans pour autant jouer la carte du parpaing hardcore que l'on prend bêtement en pleine face. Non, le propos est ici tout aussi écorché mais plus équilibré, plus insidieux aussi et surtout construit de manière à ne pas dévoiler toutes ses cartes après seulement quelques minutes. Passages aux confluents du post-rock et d'un post-hardcore/screamo aussi puissant que subversif, une écriture toute en subtilité corrosive et brutalité habilement dissimulée, Kehlvin a définitivement tout compris.

En témoignent l'intense et bestial "Troy Von Balthazar" qui ravage à peu près tout ce qu'il rencontre sur son passage. Les suisses mettent alors l'auditeur sous une chape de plomb, en conflit intérieur entre les séquences les plus oppressives et les moments de calme relatif que réservent chaque morceaux de l'album. On pense notamment à "The metaphysical trout" et ses atmosphères décharnées lestées de quelques kilotonnes de riffs bien charnus ou à "Grady Robinson" et ses quelques cinq minutes de vagues déferlantes qui s'enfoncent encore et encore dans notre cortex cérébral, dans un véritable cyclone post-noise hardcore (rock aussi parfois) de l'enfer. Aliénant mais pas autant que ne l'est quelques instants plus tard "Melon fucker" et son titre assez absurde que vient vaporiser un véritable tsunami postcore. Dantesque et enfiévré jusqu'à la moelle, dompté par une rage incandescente qui s'exprime de la plus virulente des manières, voici certainement LE climax de The orchard of forking paths. Un album qui est loin d'en avoir terminé avec nous et qui vient donc piétiner nos membranes auditives (et le reste) avec "Whip this" avant de nous écrabouiller avec la légèreté satinée d'une division de Panzers partie envahir la Pologne (l'attaque éclair de "Why I am not"). Et l'on ne parle même pas du morceau-titre de l'album.

Quasi indécent...